Pierre Paul Rubens (prononcé [ʁybɛ̃s], ou [ʁybɛns] à la belge) — ou Petrus Paulus Rubens, ou Peter Paul Rubens en néerlandais, et Pietro Paolo Rubens à partir de 1608 — est un peintre anversois de l'école baroque flamande, né le 28 juin 1577 à Siegen (principauté de Nassau-Dillenbourg) et mort le 30 mai 1640 à Anvers.
Aidé par un atelier important, Rubens produit une œuvre considérable dans des genres divers. Il accepte de peindre plusieurs portraits mais, « d'instinct plus porté aux grands travaux qu'aux petites curiosités » comme il l'écrivait lui-même, il prête peu d'attention aux détails, qu'il ne peint pas en profondeur et dessine de quelques traits. En effet, il va travailler à un rythme extrêmement productif, réalisant 1 403 peintures selon le catalogue de Michel Jaffé. Il réalise surtout de grands projets religieux, des peintures mythologiques et d'importantes séries de peintures historiques. Prisé des Grands pour l'érudition et le charme de sa conversation, il joue également un rôle diplomatique important à son époque et jouit d'une position sociale sans égale chez les artistes de son temps.
Enfance de Cologne et Anvers (1577-1600)
Pierre Paul Rubens naît à Siegen en Westphalie, dans le Saint-Empire romain germanique, le sixième enfant de Jan Rubens (1530-1587) et Maria Pypelinckx (1537-1608). Sa famille paternelle réside depuis longtemps à Anvers, où elle est implantée depuis 1350. Des archives montrent qu'un certain Arnold Rubens achète « une maison avec cour» dans la Gasthuisstraat à Anvers en 1396. La famille Rubens appartient à la classe bourgeoise aisée et ses membres sont connus pour exploiter des épiceries et des pharmacies. Jan Rubens étudie le droit et vit de 1556 à 1562 dans les principales villes d'Italie afin d'approfondir ses études. Il obtient le titre de docteur en droit ecclésiastique et civil à l'université La Sapienza de Rome. À son retour à Anvers, il devient avocat et occupe le poste d'échevin à Anvers de 1562 à 1568. En 1561 Jan Rubens épouse Maria Pypelincks, issue d'une famille influente originaire de Kuringen, près de Hasselt.
La famille Rubens, composée de deux garçons et deux filles (Jan Baptist (1562-1600), Blandina (1564-1606), Clara (1565-1580) et Hendrik (1567-1583)), quitte Anvers en 1568 pour échapper à la persécution par le duc d'Albe des protestants dans les Pays-Bas espagnols durant la Guerre de Quatre-Vingts Ans. Jan Rubens est soupçonné de sympathie calviniste. Jan Rubens devient le conseiller légal de Anne de Saxe, seconde épouse de Guillaume d'Orange. Initialement, Anne de Saxe vit à Cologne. Elle déménage plus tard à Siegen, à environ 90 kilomètres de Cologne. Jan Rubens lui rend visite là-bas tandis que sa famille reste à Cologne. Lui et Anne de Saxe ont une liaison, qui aboutit à une grossesse en 1571 et révèle leur adultère. Rubens est emprisonné au château de Dillenburg et risque l'exécution pour sa transgression. La fille des adultères, Christine de Dietz (que Guillaume ne reconnaîtra pas), naît le 22 août 1571.
Après les supplications répétées de sa femme et le versement d'une caution de 6 000 thalers, Jan Rubens est autorisé à quitter la prison après deux ans. Les conditions de sa libération sont l'interdiction d'exercer la profession d'avocat et l'obligation de s'installer à Siegen, où ses déplacements sont soumis à surveillance. En conséquence, le reste de la famille, qui a rejoint Jan à Siegen, connaît des difficultés financières. Au cours de cette période, deux fils naissent : Philip en 1574, suivi en 1577 par Peter Paul qui, bien que probablement né à Siegen, serait baptisé à Cologne. Anne de Saxe meurt en 1577.
L'interdiction de voyager imposée à Jan Rubens est levée en 1578 à condition qu'il ne s'installe pas dans les possessions du prince d'Orange ni dans les domaines héréditaires des Pays-Bas et qu'il conserve la caution de 6 000 thalers à titre de garantie. Il est autorisé à quitter son lieu d'exil à Siegen et à déménager la famille Rubens à Cologne.. Ayant abjuré le protestantisme pour le catholicisme, Jan Rubens a probablement fait baptiser son fils dans la foi catholique avant sa mort en 1587. En 1589, deux ans après la mort de son père, Maria et ses trois enfants Pierre Paul, Blandine (1564-1606) et Philippe (1574-1611) rentrent à Anvers. Sa marraine est Christine d'Épinoy, comtesse de Lallaing et épouse du gouverneur de Tournai, où il entre comme page après ses études dans l'École Latine de Rumoldus Verdonck où il apprend le latin et le grec. C'est chez sa marraine que Rubens commence à copier les tableaux présents chez elle notamment des Véronèse, en abandonnant ses espoirs de robe d'avocat et d'armes.
Beaucoup de ses tableaux représentent des sujets religieux et Rubens est d'ailleurs devenu plus tard l'une des principales voix du style pictural de la Contre-Réforme catholique.
À Anvers, il reçoit une éducation humaniste, étudiant le latin et la littérature classique. À l'âge de 14 ans, il est placé en apprentissage de 1589 à 1598, d'abord chez le peintre Tobias Verhaecht, puis chez quelques peintres éminents de son époque, entre autres Adam van Noort et Otto van Veen. Une grande partie de sa formation initiale est consacrée à copier les œuvres d'artistes anciens, telles que des xylographies de Holbein le Jeune et des gravures de Marcantonio Raimondi d'après Raphaël. Lorsqu'il eut achevé sa formation, il entra en 1598 à la guilde de Saint-Luc comme maître indépendant.
Sur les conseils de ces peintres éminents, Rubens part pour l'Italie de 1600 à 1608 pour étudier les œuvres de la Renaissance. Il séjourne notamment à Gênes, Mantoue, Venise et Rome où il assimile les divers styles et copie les œuvres de Raphaël, du Caravage, et surtout du Titien dont il retient la fougue du coloris. Il s'installe ensuite dans la ville de Mantoue, sous la protection du cardinal Montalto au service du duc Vincent de Gonzague chez qui il devient peintre de cour. Grâce au soutien financier du duc, Rubens peut voyager à Rome en passant par Florence en 1601. Là, il étudie l'art classique grec et romain et il réalise des copies de grands maîtres italiens. Il est particulièrement influencé par la sculpture hellénistique Le Groupe du Laocoon, mais aussi par les œuvres d'art de Michel-Ange, Raphaël et Léonard de Vinci. Il est également influencé par les peintures plus modernes et naturalistes du Caravage dont il copie d'ailleurs plus tard le tableau La Mise au tombeau tout en recommandant à son protecteur, le duc de Gonzague, d'acheter une autre œuvre de cet artiste, La Mort de la Vierge, aujourd'hui conservée au Louvre. Il intervient pour inciter l'acquisition de La Madone du rosaire pour l'église dominicaine d'Anvers, et qui est aujourd'hui au musée d'Histoire de l'art de Vienne. Durant son premier séjour à Rome, Rubens réalise son premier chef-d'œuvre, Sainte Hélène à la Vraie Croix pour la basilique Sainte-Croix-de-Jérusalem.
En 1603, Rubens voyage en Espagne pour une mission diplomatique, apportant avec lui des cadeaux du duc de Gonzague à la Cour du roi Philippe III d'Espagne. Durant son séjour, il étudie l'impressionnante collection d'œuvres de Raphaël et du Titien que Philippe II avait rassemblée. Il réalise également un portrait équestre du duc de Lerme qui illustre bien l'influence des œuvres du Titien. Ce voyage est le premier des nombreux voyages qu'il effectua durant sa carrière et pendant lesquels il mêle l'art et la diplomatie.
Il retourne en Italie en 1604, où il reste pendant les quatre années suivantes, d'abord à Mantoue, puis à Gênes et à Rome où il s'illustre dans la peinture religieuse, des scènes mythologiques et de portraits. À Gênes, Rubens peint de nombreux portraits tels que le Portrait de Brigida Spinola Doria conservé à la National Gallery de Washington, et le Portrait de Maria Serra Pallavicino, dans un style qui influence plus tard des artistes tels que Van Dyck, Reynolds et Gainsborough. Il rédige également un livre illustré sur les palais de la ville qui est publié en 1622 sous le nom de Palazzi di Genova. De 1606 à 1608, il demeure principalement à Rome et, pendant cette période, Rubens obtient, avec l'aide du cardinal Jacopo Serra (frère de la princesse Maria Pallavicini), sa plus importante commande à l'époque pour le maître-autel de la nouvelle église en vogue, la Chiesa Nuova également appelée Santa Maria in Vallicella.