Pierre Nkurunziza, né le 18 décembre 1964 à Ngozi et mort le 8 juin 2020 à Karuzi, est un homme d'État burundais.
Il dirige le principal groupe armé de la rébellion hutu pendant la guerre civile burundaise. Membre du Conseil national pour la défense de la démocratie-Forces pour la défense de la démocratie (CNDD-FDD), il est élu président de la république du Burundi en 2005, puis est réélu en 2010 et 2015. Il meurt peu avant la fin de son troisième mandat et la passation du pouvoir à Évariste Ndayishimiye, son successeur élu.
Le père de Pierre Nkurunziza est hutu et sa mère tutsie.
Son père, Eustache Ngabisha, est commissaire d'arrondissement de la province de Ngozi où la famille s'est établie. En 1965, il est élu au parlement du royaume du Burundi dirigé par le roi Mwambutsa IV Bangiricenge. Il est tué en 1972, au moment des massacres des Hutu qui font près de 100 000 morts en quelques semaines. Pierre n'a que huit ans et grandit dans un quartier mixte où les deux communautés n'étaient pas encore séparées par les massacres des années 1990. Sportif, il est surnommé Black Panther en raison de son intérêt pour les mouvements d'émancipation des Noirs américains. Ne pouvant devenir officier en raison de la ségrégation contre les Hutus, il s'engage dans des études sportives et devient en 1991 professeur de gymnastique à l'université.
En 1995, recherché par des tueurs, il rejoint la rébellion des Forces de défense de la démocratie (FDD), créée deux ans plus tôt après l'assassinat de Melchior Ndadaye le 21 octobre 1993, le premier président hutu du pays. Après quelques mois de guérilla, il est grièvement blessé mais en réchappe.
Nkurunziza est condamné à mort en 1996 (1997 ou 1998) par la justice burundaise pour sa responsabilité dans la pose de mines anti-char ayant fait des dizaines de morts dans la capitale Bujumbura en 1995.
Il s'élève dans la hiérarchie et avec le soutien d'Hussein Radjabu, prend la tête des FDD en 2001, après avoir été désigné secrétaire général adjoint en 1998. Le CNDD-FDD connaît une scission en 2001.
Nkurunziza et les FDD refusent de participer aux négociations qui aboutissent à l'accord de paix d'Arusha de 2000 entre partis politique burundais et qui marque le début de la fin de la guerre civile burundaise.
En décembre 2002, Nkurunziza signe à Arusha un accord de cessez-le-feu avec le président Buyoya mais les FDD continuent les combats contre l'armée régulière.
À l'initiative des chefs d'État de la région, le président burundais Domitien Ndayizeye et Nkurunziza, négocient et signent un accord de paix, dit accord de Prétoria, en novembre 2003 sur la base d'une répartition du pouvoir politique, militaire et économique sur une base ethnique. Les FDD se transforment en parti politique : le Conseil national pour la défense de la démocratie-Forces pour la défense de la démocratie (CNDD-FDD), Nkurunziza est provisoirement amnistié et devient ministre d'État, ministre de la bonne gouvernance et de l’inspection générale de l'État.
Le CNDD-FDD remporte de manière démocratique les élections législatives du 4 juillet 2005. Lors de l'élection présidentielle du 19 août 2005, l'Assemblée nationale et le Sénat réunis en congrès élisent Nkurunziza président pour un mandat de cinq ans rééligible une seule fois. Il prête serment le 26 août. 162 parlementaires votent pour Nkurunziza, neuf contre et deux s'abstiennent. Ce scrutin constitue l'étape finale du processus de paix.
Durant son premier mandat, il mène des réformes dans les secteurs de l'éducation et de la santé. Au même moment, il s'émancipe du groupe d'officiers qui détient le pouvoir réel, tandis que le parti au pouvoir s'ancre localement, notamment dans les zones rurales.
Un congrès extraordinaire du Conseil national pour la défense de la démocratie/Forces de défense de la démocratie (CNDD-FDD) désigne le 24 avril 2010, Nkurunziza comme candidat du CNDD-FDD pour briguer un second mandat à la tête du pays à l'élection présidentielle du 28 juin 2010.
Les principaux partis de l'opposition burundaise, divisés, refusent de participer à l'élection présidentielle du 28 juin 2010 et dénoncent des fraudes lors des élections municipales de mai (le CNDD-FDD a remporté de façon écrasante à la surprise générale les municipales avec 64 % des voix et le déroulement de l'élection est jugé correct en regard des standards internationaux par les observateurs de l'Union européenne). La campagne est émaillée d'incidents, plusieurs membres de l'opposition sont arrêtés. Pierre Nkurunziza est réélu président en 2010 avec plus de 91 % des voix, étant le seul candidat de l'élection. Dans la foulée, les libertés sont restreintes.
Le 21 mars 2014, le Parlement rejette une révision de la Constitution permettant à Nkurunziza de briguer un troisième mandat.
En juin 2014, Nkurunziza interdit le jogging par crainte qu'il soit utilisé comme couverture pour des activités subversives.
Crise de 2015 et troisième mandat
Pierre Nkurunziza décide en 2015 de briguer un troisième mandat à la présidence de la République, ce qui est contraire à l'article 96 de la constitution du Burundi, promulguée en mars 2005. Sa candidature est néanmoins validée par une décision controversée de la Cour constitutionnelle. Le 25 avril 2015, il s'impose comme candidat à l'élection présidentielle du 26 juin 2015 du Conseil national pour la défense de la démocratie-Forces de défense de la démocratie (CNDD-FDD), provoquant une scission du parti, des heurts et les protestations de l'opposition.