Pierre Morency (Lauzon, 8 mai 1942 -) est un écrivain et poète québécois. Il est l'auteur d'une importante œuvre de poésie, de textes de prose, de pièces de théâtre, et de créations radiophoniques. Il est également ornithologue. Il est l'auteur des Histoires naturelles du Nouveau-Monde : L'Œil américain (1989), Lumière des oiseaux (1992) et La vie entière (1996). Il est une figure fondatrice du nature writing au Québec et au Canada.
Pierre Morency grandit à Lauzon, de l'autre côté du fleuve Saint-Laurent, face à Québec. Son père est creuseur de puits artésiens, comme il le raconte dans La Vie entière. Son grand-père maternel est capitaine de goélette en Gaspésie.
C'est par le théâtre que Pierre Morency arrive à l'écriture. Après son cours classique, il dirige une petite troupe de théâtre à Lévis et s'intéresse à la poésie. Ses premières expériences de poésie sont de lire ses poèmes sur scène. La poésie, dès le début, est liée chez Morency à sa performance orale.
En 1966, il obtient une licence en lettres de l'Université Laval. Il entame une grande amitié avec le chanteur Sylvain Lelièvre. Il rencontre Gilles Vigneault, qui publie ses premiers recueils de poèmes à la maison d'édition qu'il a fondée (Les Éditions de l'Arc).
C'est à cette époque qu'il découvre la nouvelle poésie québécoise avec le travail de Gaston Miron, Roland Giguère, Jean-Guy Pilon, Paul-Marie Lapointe, Fernand Ouellet, Gilles Hénault, Gilles Vigneault, et de Pierre Perrault (cinéma et radio).
Les premières années de sa production sont marquées par l'interaction de l'écriture avec l'oralité des émissions radiophoniques, de la lecture publique de ses textes et de la pratique théâtrale. « Être poète, c'est inventer, en dépit des ordres sociaux et de la loi générale du silence, l'homme que l'on est au fond, l'homme se façonnant par le chant nouveau et par un regard pur sur le réel. Toujours réinventer, toujours dépasser l'état actuel des connaissances abstraites par un travail forcené sur le concret et le concret est un rapport toujours neuf entre la réalité minérale, végétale, animale, sociale et l'homme ordinaire propulsé dans la nécessité de la vie. » Dès le début de sa carrière d'écrivain, Pierre Morency participe activement à la vie littéraire québécoise, et travaille à faire vivre la littérature dans la ville de Québec. Dans les années 60, les occasions pour les poètes de lire leurs propres textes sur scène sont rares, et Morency contribue à fonder différentes séries d'événements de lecture publique. À Québec, il cofonde les Soirées poétiques du Chantauteuil en 1969, et plus tard, à partir de 1978, les Soirées poétiques du Temporel. De 1976 à 1978, il est cofondateur et administrateur de la revue littéraire Estuaire.
Les fonds d'archives de Pierre Morency sont conservés au centre d’archives de Montréal de Bibliothèque et Archives nationales du Québec et à Bibliothèque et Archives Canada.
En 2004, il est nommé membre d'honneur de l'Union des écrivaines et écrivains québécois (UNEQ).
Pierre Morency est l'auteur d'une importante œuvre poétique, de textes hybrides entre la prose, la poésie, la biologie, le dessin, de créations radiophoniques, en plus d'avoir collaboré à des œuvres d'art visuel, de musique et de cinéma. Son travail traverse différents médias et les catégories de genre. « Même quand je fais du théâtre, je fais de la poésie. Nous ne sommes plus à l'époque de l'étanchéité des genres. Notre siècle a tué heureusement les genres littéraires. » Reconnu comme une des figures emblématiques du Nature Writing au Québec, son travail fait de l'étude de la nature une matière poétique. Toutefois, la « nature », chez Morency, est aussi à entendre comme la ville, comme le rapport de l'humain au vivant qui l'entoure. « Pour moi, la nature, elle est aussi la ville. La nature, ce n'est pas seulement les arbres et les champs. La nature, ce n'est pas seulement la campagne. »
Dans les années soixante-dix, Pierre Morency s'impose comme un des poètes importants de sa génération. Gilles Vigneault publie ses trois premiers recueils à la maison d'édition qu'il a fondée, les Éditions de l'Arc. Les quatre recueils suivants, incluant une rétrospective, paraissent aux Éditions de l'Hexagone.
En 1978, Le Magazine littéraire retient Pierre Morency pour un numéro intitulé « 68-78, dix ans de poésie », entre 101 poètes francophones, dont dix Québécois (Michel Beaulieu, Jacques Brault, Paul Chamberland, Claude Gauvreau, Geoffroy, Langevin, Gaston Miron, Pierre Morency, Fernand Ouellette et Denis Vanier.)
Histoires naturelles du Nouveau Monde (1989-1996)
Les Histoires naturelles du Nouveau Monde est un cycle de trois volumes : L’Œil américain (1989), traduit en anglais par Linda Gaboriau sous le titre The Eye is an Eagle (1992), Lumière des oiseaux (1992), et La Vie entière (1993). Cette trilogie, sous-titrée Carnets, répond au projet de l'auteur d'entreprendre la rédaction d'un « grand livre » sur la nature, projet qu'il entretient depuis les années 1970. « Lorsqu’elle vivait à Québec, non loin de chez Pierre Morency, Gabrielle Roy disait souvent au poète : "Vous allez l’écrire, Pierre, votre grand livre sur les oiseaux. Je le sais !" »
Dans la Note de l'auteur à la nouvelle édition de L'Œil américain en 2020, Pierre Morency raconte pour la première fois qu'il a entrepris la rédaction du cycle des Histoires naturelles à la suite de sa « presque mort » à quarante-deux ans, alors qu'une erreur médicale le met entre la vie et la mort pendant quelques jours. « Pendant des semaines, pendant des mois, je refaisais la force de mon sang et je retrouvai peu à peu ma mémoire. Je me revoyais, au cours de ces dernières années, immergé dans des recherches, des études, des observations, des voyages, des poèmes, mes carnets, mon travail de chroniqueur à la radio, les nombreuses émissions consacrées à l'agrément de la vie, de la vie avec la nature. » Les œuvres de la trilogie, qui étendent la reconnaissance de l'écrivain auprès du grand public, reçoivent plusieurs prix au Québec et en France, dont le Prix littéraire de l’Institut canadien pour Lumière des oiseaux. C'est à cette époque qu'il est reçu Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres de la République française, mars 1993.
En 2020, les Éditions du Boréal créent une collection consacrée au nature writing qui porte le nom de L'Œil américain, en hommage à ce texte emblématique de la tradition au Québec.
Le cycle des Histoires naturelles marque la volonté, dans le projet littéraire de Pierre Morency, d'inscrire la poésie dans la prose de la vie réelle. La fin des années 1990 voit la publication d'écrits de forme hybride, des récits où se mêlent la poésie, la prose, la forme narrative, ainsi que des illustrations réalisées par l'écrivain qui a, entre-temps, suivi des cours avec un professeur de calligraphie chinoise.
Avec Les paroles qui marchent dans la nuit (1994), la figure de Trom (anagramme inversé de « mort ») fait apparition, sorte d'alter ego poétique de l'auteur, qui fera retour dans des textes subséquents.
À l'heure du loup (2002), récit en prose où apparaissent les illustrations de l'auteur, suit le personnage de Trom comme un double de l'auteur. Or ce dédoublement n'est pas une simple projection autobiographique de Morency, mais plutôt une figure par laquelle ce dernier conçoit la sagesse de celui qui habite le langage.