Pierre Mendès France, né le 11 janvier 1907 à Paris et mort le 18 octobre 1982 dans la même ville, est un homme d'État français, président du Conseil des ministres du 18 juin 1954 au 23 février 1955.
Il s'initie à la vie politique dès 1924 dans les mouvements étudiants d'opposition à l'extrême droite. Il rencontre Édouard Herriot, qui l'encourage à adhérer au Parti républicain, radical et radical-socialiste.
Aux élections législatives de 1932, il est élu de justesse député de l'Eure. En dépit de ses positions plus à gauche que la majorité du Parti radical, s'opposant parfois aux grandes figures du parti, il en reste membre. Après les évènements du 6 février 1934 et la chute du gouvernement Daladier, il s'oppose fermement à l’alliance des radicaux avec la droite, dont la Fédération républicaine de Louis Marin. En 1936, il participe à la coalition du Front populaire, puis devient en 1938 membre du second gouvernement de Léon Blum.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, après avoir été incarcéré par le régime de Vichy, il parvient à s'évader et à rejoindre la Résistance et s'engage dans les Forces aériennes françaises libres. Il est ensuite commissaire aux Finances de novembre 1943 à septembre 1944 puis ministre de l'Économie nationale dans le gouvernement provisoire du général de Gaulle de septembre 1944 à avril 1945. Son plan de rigueur est rejeté par le général, ce qui le conduit à la démission.
Après la défaite militaire de Diên Biên Phu, il est proposé à la présidence du Conseil par le président René Coty et obtient l'investiture de l'Assemblée nationale à une écrasante majorité dans l'urgence de la situation ; il cumule cette fonction avec celle de ministre des Affaires étrangères. S'il parvient à conclure la paix en Indochine, à préparer l'indépendance de la Tunisie et à amorcer celle du Maroc, il n'emporte pas l'adhésion sur la question très sensible de l'Algérie française. Il autorise en 1954 les premières mesures de répression en Algérie lors du déclenchement de la guerre d'indépendance. Ami de Shimon Peres, il initie également une coopération militaire étroite avec Israël, approuvant la vente d'armes, de tanks et d'avions au jeune État. Il pose en outre les bases du programme nucléaire militaire français ainsi que des premiers transferts de technologie nucléaire vers Israël. Renversé par l'Assemblée sur la question de l'Algérie française, il quitte la présidence du gouvernement en février 1955.
Ministre d'État sans portefeuille du gouvernement Mollet en 1956, il démissionne au bout de quelques mois en raison de son désaccord avec la politique du cabinet menée en Algérie.
Il vote contre l'investiture de Charles de Gaulle à la présidence du Conseil en 1958, puis abandonne tous ses mandats locaux à la suite de sa défaite aux élections législatives qui suivent. Après avoir été pressenti pour se présenter à l'élection présidentielle de 1965, il revient au Parlement en 1967, en se faisant élire député PSU de l'Isère. Ayant perdu son siège à l’Assemblée nationale l'année suivante, il forme un « ticket » avec Gaston Defferre, candidat à l'élection présidentielle de 1969, mais celui-ci ne recueille que 5 % des suffrages exprimés.
Pierre Mendès France est issu d'une vieille famille d'ascendance séfarade judéo-portugaise du nom de « Mendes de França », installée à Bordeaux, Rochefort, Louviers et Paris. Son premier ancêtre établi en France est Luís Mendes de França, arrivé du Portugal vers 1684 et établi à Bordeaux en provenance de La Rochelle.
Son père, Cerf-David Mendès France, fondateur d'une entreprise de confection textile, était rigoureusement areligieux. L'affaire Dreyfus avait été la grande bataille de sa vie, qu'il avait vécue « moins en juif solidaire qu'en démocrate indigné », démocrate de gauche bien qu'il n'ait jamais adhéré à aucun parti politique. Sur le sujet des études de son fils, sa position était claire : le parcours sera laïc, de l'école communale au doctorat en droit. La sœur de Pierre, Marcelle Grumbach, précise que leur mère était plus superstitieuse que croyante, et elle confirme que leur père était areligieux, raison pour laquelle c'est à Strasbourg, chez ses grands-parents maternels, que Pierre a fait sa bar-mitsvah.
Pierre Mendès France s'est rapidement éloigné des valeurs religieuses mais il a plusieurs fois exprimé son attachement au judaïsme. Évoquant son rapport à la religion en mars 1976 dans L'Arche, Pierre Mendès France se définit comme non religieux et non pratiquant et explique que, s'il se sait juif, « ce n'est ni un fait religieux ni un fait racial », mais « une sensation », « une sensibilité » « et donc une réalité ». Il ajoute : « Je sais que je suis juif. Mes enfants, qui n'ont pas la foi plus que moi savent qu'ils sont juifs. Je sens que les antisémites me considèrent comme juif, voilà les faits. ». De même, Pierre Birnbaum rapporte cette affirmation de Mendès France : « Je suis athée, républicain français mais je suis aussi très attaché au judaïsme. C'est comme ça… ».
Pierre Mendès France fréquente des écoles élémentaires du centre-ville de Paris, notamment dans le deuxième arrondissement. Il étudie au lycée Lakanal de Sceaux à partir de la sixième, avant de partir continuer ses études secondaires à Strasbourg chez sa grand-mère. Il revient à Paris à l'école primaire supérieure Turgot, où il reçoit une instruction dite moderne, c'est-à-dire sans latin. Il obtient de justesse le baccalauréat de classe de première. Il entre au lycée Louis-le-Grand, où il est reçu au baccalauréat à l'âge de quinze ans.
Il suit des études de droit à la faculté de droit de l'université de Paris et passe par l'École libre des sciences politiques. Lors de ce passage, il devient l'un des plus jeunes membres de la Conférence Olivaint.
Très intéressé par les questions économiques et financières, il soutient, en mars 1928, à l'âge de 21 ans, une thèse sur la « politique de redressement du franc menée par Raymond Poincaré », dans laquelle il salue l'efficacité « brute » de cette politique, mais en critique les conséquences économiques et sociales. Pour lui, « l'économie est une science vraie ; sa pratique concourt au développement harmonieux des sociétés […] on peut changer le monde, à condition d'en connaître les lois ».
Il devient en 1928, à vingt et un ans, le plus jeune avocat de France. Il adhère en 1928 à la franc-maçonnerie mais n'y a pas de réelle activité et ne se réinscrit pas après la guerre.
Le 26 décembre 1933 à Louviers, Pierre Mendès France épouse Liliane dite Lily Cicurel (1910-1967), sœur de Raymond Cicurel. Leur mariage en 1933 a été acté religieusement. Amie proche de la sœur de Pierre, Marcelle, Lily est une artiste peintre. Elle a notamment réalisé le portrait de son époux. Ce mariage la libère de l'autorité d'une mère dominatrice, juive d'origine égyptienne, dont le mari Moreno Cicurel a été assassiné au Caire.
De leur union naissent deux enfants :
Bernard Mendès France (1934-1991), administrateur à l'Institut national de la statistique et des études économiques, marié en premières noces en 1972 avec Patricia Giros (née en 1944) et, après son divorce prononcé en 1977, en secondes noces, en 1985, avec Mireille Fanon (née en 1948).
Michel Mendès France (1936-2018), mathématicien, marié en 1969 avec Joan Horsley, professeure d'anglais à l'École nationale de la magistrature, dont sont issus deux enfants : Tristan Mendès France (1970) et Margot Mendès France (1975).