Pierre Luc Charles Ciceri (parfois francisé en Cicéri, voire Cicery), né le 18 aout 1782 à Saint-Cloud et mort le 22 aout 1868 à Saint-Chéron, est un peintre et décorateur de théâtre français.
Ciceri est issu d’une famille milanaise établie dans la mercerie, venue s’installer en France à Saint-Cloud, où il est né. Son père se lance ensuite au Palais-Royal dans le commerce de lunettes. Le jeune homme fait d’abord de brillantes études musicales. À quatorze ans, il joue parfaitement du violon et il est engagé au théâtre d’ombres de Dominique Séraphin dont il assure à lui seul toute la partie musicale. Son ami Jean Elleviou, qui avait reconnu sa belle voix de ténor, le fait entrer au Conservatoire de musique. Il s’y perfectionnait depuis quelques d’années quand, une voiture l’ayant renversé et rendu infirme, il doit renoncer au chant.
En 1802, il étudie le dessin auprès de l’architecte François-Joseph Bélanger, puis, en 1806, il se passionne pour les décorations scéniques dans les ateliers de l’Opéra de Paris. Son talent et son goût artistiques le font nommer, en 1810, peintre-décorateur, puis en 1818, décorateur en chef de cet établissement où il reste trente-deux ans. À partir de 1822, il règne sur les décors à l’Opéra et acquiert une réputation européenne car il a révolutionné le genre. Il travaille aux côtés d'artistes qui contribuent au renouvellement de la scène, tel Alaux l'Aîné, qui créa, en 1821, un théâtre nouveau baptisé Panorama-Dramatique et qui était lui-même un peintre-décorateur, rencontré durant son apprentissage.
Sa collaboration avec Louis-Jacques Daguerre, élève d’Ignazio Degotti, est une chance pour Ciceri. Cet artiste plein d'imagination et d’ingéniosité apporte une créativité si décisive qu’on a pu écrire que Daguerre inventait et que Ciceri exécutait. Ils bénéficient des apports du diorama et du cyclorama. Ils étaient tous deux des inventions déjà en usage mais des curiosités indépendantes. C'est notamment l'opéra du Prophète de Meyerbeer et celui de Moïse et Pharaon de Rossini qui en bénéficient avec succès. La grande nouveauté est le gaz d’éclairage de Philippe Lebon avec sa « thermolampe » de 1785, qui remplace peu à peu dans les salles de spectacle les quinquets à huile. L'éclairage électrique n'est disponible au théâtre qu'à partir de 1846. Cet éclairage modulable et précis (spot sur un acteur ou éclairage d’une portion de scène) est une révolution : la salle était jusque-là éclairée par les lustres en même temps que la scène ; et les spectateurs, désormais plongés dans le noir, peuvent s’immobiliser et se concentrer sur ce qui se passe sur la scène et assistent à un spectacle d’autant plus fascinant. Des artistes avaient déjà tenté d’améliorer les décors et la machinerie des théâtres. Julien-Michel Gué est l’un des plus remarquables. Lithographe et lui-même décorateur, élève de David et second prix de Rome, il avait travaillé au Panorama-Dramatique et à la Gaîté. Il avait fait avant Daguerre des travaux sur la mécanique et l’optique et avait exposé, au Salon de 1819, mais sans application au théâtre, deux tableaux transparents qui avaient émerveillé.
On doit à Ciceri plus de 300 réalisations de décors. Il a travaillé pour de nombreux théâtres de province, de Paris, et de l’étranger. Les spectacles étaient onéreux mais leur succès était à la hauteur.
1810 : décoration du Grand Théâtre de Cassel, sur commande de Jérôme Bonaparte, roi de Westphalie.
1810 : décoration du Théâtre à l'italienne de Douai sur commande de la ville.
1811 : décoration pour l’anniversaire du roi, Jérôme Bonaparte.
1822 : Aladin, ou La lampe merveilleuse, de Nicolò, salle Le Peletier. Le Palais de lumière : installation du premier éclairage au gaz par Daguerre. Le spectacle, selon Gustave Chouquet, coûta la somme exorbitante de 170 000 francs.
1825 : La Belle au bois dormant (ballet), musique de Hérold, livret de Scribe, chorégraphie de Aumer. Un cyclorama sera utilisé pour l’arrivée du Prince en bateau, pour simuler des ondulations aquatiques.
1825 : décorations pour le sacre de Charles X, à Reims, secondé par Charles Nicolas Lafond.
1828 : La Muette de Portici, d’Auber, livret de Scribe et Germain Delavigne. Diorama : le Vésuve en éruption. L’héroïne se jetant dans la lave. Machinerie et décors inspirés de la mise en scène de Sanquirico dans Les derniers jours de Pompéi de Pacini.
1829 : Guillaume Tell, de Rossini, livret de Jouy et Bis. Où est représenté le lac des Quatre-Cantons pour lequel le maître décorateur par souci de réalisme ne craignait pas de se documenter au plus près : il visita la Suisse et ses décors alpins.
1831 : Robert le Diable, de Meyerbeer, livret de Scribe. Les ruines du couvent Sainte-Rosalie avec la danse macabre des nonnes sorties de leur tombeau. « Vérité prodigieuse ! » s’était exclamé Théophile Gautier. Ciceri avait en effet visité le cimetière de l’ancien couvent de Montfort-l'Amaury pour les décors de la pièce.
En 1833, son décor pour l'acte III de l'opéra Gustave III ou le Bal masqué d'Auber est refusé.
1835 : La Juive, de Halévy, livret de Scribe.
1841 : Giselle, d’Adam. Clairière avec les tombes, demeures des Wilis.
1845 : La Biche au bois, ou Le Royaume des Fées, d'Auguste Pilati, livret des frères Cogniard. « En quelques heures, toute la Création vous passe devant les yeux. » écrivait Théophile Gautier.