Ce Jour-là

Pierre Louis Moreau de Maupertuis

Philosophe, astronome et physicien français (1698-1759)

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Pierre Louis Moreau de Maupertuis, né le 17 juillet 1698 à Saint-Malo et mort le 27 juillet 1759 à Bâle, est un philosophe, mathématicien, physicien, astronome et naturaliste français.

Il contribua notamment à la diffusion des théories de Newton hors d'Angleterre, et à l'établissement du principe de moindre action. En 1935, l'Union astronomique internationale a donné le nom de Maupertuis à un cratère lunaire. L'astéroïde (3281) Maupertuis a également été nommé en son honneur. De plus, il a donné son nom à un lycée à Saint-Malo en 1960.

Un militaire devenu scientifique

Fils de René Moreau de Maupertuis (1664-1746) un corsaire et armateur malouin, directeur de la Compagnie des Indes et anobli par Louis XIV, Maupertuis est un génie selon son biographe La Beaumelle : « dès ses tendres années, il montra des étincelles de génie. Il bégayait encore , et faisait déja des questions philosophiques : il demandait pourquoi le vent éteignait les bougies et allumait le feu. »

Il se voit offrir à l'âge de vingt ans un régiment de cavalerie. Son père, dont il est très proche, lui ouvre les portes des mousquetaires gris, dont il devient lieutenant. Il préfère néanmoins abandonner cette carrière militaire pour se livrer à l'étude des mathématiques, orientation couronnée en 1723 par sa nomination comme membre de l’Académie des sciences. Il publie alors divers travaux de mécanique et d’astronomie ainsi que des « observations et expériences » sur des animaux encore mal connus à l’époque, comme les salamandres et les scorpions, affirmant ainsi très tôt des talents certains de biologiste.

Pierre Louis Moreau de Maupertuis est devenu membre associé de la Royal Society le 27 juin 1728.

En 1728, Maupertuis visite Londres, voyage qui marque un tournant décisif dans sa carrière. Élu membre associé de la Royal Society, il découvre les idées de Newton, en particulier l’attraction universelle, dont il va devenir un ardent propagandiste en France, ce que D’Alembert, dans le Discours préliminaire à l’Encyclopédie, ne manque pas ultérieurement de saluer :

« Le premier qui ait osé parmi nous se déclarer ouvertement newtonien, est l’auteur du Discours sur la figure des astres […]. Maupertuis a cru qu’on pouvait être bon citoyen sans adopter aveuglément la physique de son pays, et pour attaquer cette physique, il a eu besoin d’un courage dont on doit lui savoir gré. »

De fait, Maupertuis a quelque mérite à se tourner vers Newton car, à l’époque, c’est la théorie cartésienne des « tourbillons » qui tient lieu, en France, de doctrine acceptée pour expliquer le fonctionnement de l’univers : selon Descartes, les mouvements des planètes sont dus à leur entraînement par des « tourbillons d’une matière subtile occupant les espaces intersidéraux ». Or, lorsque Maupertuis revient en France, le débat entre partisans de Descartes et de Newton prend une dimension de plus en plus spectaculaire, en se cristallisant notamment autour de la question de la forme de la Terre : par des considérations théoriques, Newton a établi que la Terre a, du fait de l'attraction universelle, la forme d’un ellipsoïde de révolution, aplati aux pôles, s'opposant ainsi au cartésien Cassini qui affirme au contraire qu’elle est bombée au niveau des pôles. Maupertuis se positionne nettement du côté de la théorie newtonienne en publiant en 1732 un Discours sur les différentes figures des astres, mais la controverse demeure et on en arrive rapidement à la conclusion que seules des mesures directes peuvent trancher le débat.

Expédition en Laponie et triomphe face à Cassini

Sous l'impulsion du ministre Maurepas, deux expéditions sont organisées par l’Académie des sciences de Paris, avec comme objectif la mesure de la longueur d’un arc polaire et d’un arc équatorial, afin de déterminer la forme exacte de la Terre. L'une est menée en 1735 au Pérou par Godin, Bouguer et La Condamine, l'autre en Laponie, en 1736-1737. Dirigée par Maupertuis, accompagné notamment du mathématicien Alexis Clairaut et du Suédois Anders Celsius et l'interprète français-lapon Anders Hellant, cette dernière, par la mesure d’un degré d'arc de méridien entre Kittis et Torneå, confirme la théorie de Newton : la valeur de ce degré de méridien proche du pôle nord étant supérieure à celle d'un degré de méridien mesuré entre Amiens et Paris quelques décennies auparavant, on peut en conclure que la Terre est bien aplatie aux pôles. Dès lors, « ce résultat, habilement mis en scène par Maupertuis tant à l'Académie des sciences que dans les salons parisiens et dans ses publications, engendre en quelques années la déconfiture du parti cartésien ».

Maupertuis en est auréolé de gloire. Il devient membre de la quasi-totalité des sociétés scientifiques d’Europe. Voltaire lui rend, en vers, un vibrant hommage :

Vers cette époque, Maupertuis entretient une relation (enseignante et probablement amoureuse) suivie avec Émilie du Châtelet à qui il présente le leibnizien Samuel König, disciple de Jean Bernoulli, dont il avait été lui-même l'élève (c'est lui qui avait formé Maupertuis au calcul infinitésimal dans sa version leibnizienne).

L'admiration de Voltaire n'est pas pour rien dans l'invitation à se rendre à Berlin que reçoit Maupertuis en 1740 de la part de Frédéric II de Prusse, le despote éclairé l'invitant à présider l'Académie des sciences de Berlin. Il prend part en 1741 à la victoire prussienne de Mollwitz où il est fait prisonnier par les Autrichiens. À sa libération, il retourne pour peu de temps à Paris, où il est admis à l’Académie française, avant de rejoindre Berlin. Son caractère ombrageux le fait néanmoins se quereller avec Samuel König. Le mathématicien allemand conteste sa gloire d'avoir découvert le principe de moindre action et publie dans les Acta Eruditorum une lettre de Leibniz à Herman, dans laquelle Leibniz énonce ce principe ; l'authenticité de la lettre est contestée par Maupertuis et Euler. Maupertuis devient la cible des philosophes ; Voltaire, ulcéré de voir König traité de faussaire et désormais jaloux de l'amitié de Frédéric II pour Maupertuis, se brouille avec lui. Défendant Samuel König dans sa Diatribe du docteur Akakia, le philosophe de Ferney devient un de ses plus virulents ennemis. À la suite de Leonhard Euler, Frédéric II prend la défense de Maupertuis et condamne König, puis Voltaire, à quitter Berlin. Voltaire écrit à Mme Denis :

« On n'avait point encore vu de procès criminel dans une académie des sciences. C'est une vérité démontrée qu'il faut s'enfuir de ce pays-ci. »

Voltaire est arrêté à Francfort, et on brûle ses libelles sur la place publique, dont les plus sarcastiques comme l’impitoyable Micromégas. Maupertuis, pour sa part, sort anéanti de cette affaire.

Maupertuis publie en 1749 l’Essai de philosophie morale, où il défend le christianisme contre la doctrine païenne.

En 1751, il publie sous le pseudonyme du « Docteur Baumann » une Dissertatio inauguralis metaphysica de universali naturæ systemate (elle est traduite en français et comprise dans l'édition complète de ses Œuvres sous le nom de Système de la Nature). Maupertuis y développe l'hypothèse d'un panpsychisme universel (en opposition à la vision matérialiste et mécaniste) dans lequel les éléments, avec la perception et la conscience, s'arrangent et s'unissent en vertu d'un ordre immanent établi par Dieu (Œuvres, Lyon 1768, tom. II, p. 184). Cet ouvrage est sévèrement critiqué par Diderot, qui accuse Maupertuis de spinozisme. Il semble que cette accusation, démentie par l'auteur, soit injustifiée : les idées que Maupertuis développe dans son Système sont plus proches des pensées de Leibniz, de Newton et de Malebranche, et des découvertes biologiques de l'époque. D'autre part, en s'attaquant au mécanisme d'Épicure et Descartes, Maupertuis se range indirectement parmi les pourfendeurs de Spinoza et de son contemporain La Mettrie.

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