Ce Jour-là

Pierre Leroux

Éditeur, philosophe et homme politique français

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Pierre Leroux, né Pierre-Henri Leroux le 6 avril 1797 à Paris et mort le 12 avril 1871 dans la même ville, est un éditeur, philosophe et homme politique français, théoricien du socialisme.

Ses parents tiennent un pauvre débit de boisson place des Vosges à Paris. Pierre fait néanmoins de solides études secondaires comme boursier de l'Empire au lycée de Rennes de 1809 à 1814. Il renonce à présenter le concours de l'École polytechnique en 1814, pour aider sa mère, devenue veuve, et ses trois frères. Il se fait franc-maçon puis se met en apprentissage chez un cousin imprimeur. Devenu ouvrier typographe et correcteur, dès ses débuts il trace les plans d’une machine à composer (1820) qui ne sera jamais fabriquée. Il s'engage dans le combat libéral sous la Restauration, d'abord au sein de la Charbonnerie, puis à la tête du journal Le Globe qu'il fonde en 1824 avec Paul-François Dubois. Il publie des articles remarqués, notamment sur l'économie politique, sur l'Orient, sur la littérature. Mais il comprend, après juillet 1830, que l'idéal de liberté doit être complété par l'association. Il adhère alors au mouvement saint-simonien qui se propose de réorganiser méthodiquement le travail sous la direction d'une élite industrielle et religieuse. Après une année (novembre 1830 - novembre 1831), Leroux claque la porte sur la question de la liberté.

Entre 1844 et 1848, il anime avec son frère une communauté dénommée « Les imprimeux » à Boussac dans la Creuse.

Il affirmera avoir été le premier à forger le néologisme de socialisme en tant qu'opposé de l'individualisme. « J’inventais il y a vingt ans, écrit-il en 1851, dans le premier volume de ses Œuvres complètes, le terme de socialisme pour l’opposer au terme d’individualisme. » En 1863, dans La grève de Samarez, il répète : « C’est moi, qui, le premier, me suis servi du mot de socialisme. C’était du néologisme alors, un néologisme nécessaire. Je forgeai ce mot par opposition à individualisme qui commençait à avoir cours. » Il s'en servait alors comme d'un terme péjoratif, pour désigner le danger d'une planification abusive de la société, il pense à la doctrine de Prosper Enfantin, à l'Inquisition, à la Terreur et prophétise les totalitarismes du XXe siècle.

Cependant on trouve le mot socialisme dès novembre 1831 dans le journal chrétien Le Semeur.

Plus tard, Pierre Leroux reprend à son compte le mot socialisme pour désigner l'idéal d'une société « qui ne sacrifiera aucun des termes de la devise liberté, égalité, fraternité ». Il critique symétriquement l'individualisme absolu et le socialisme absolu. Cet équilibre est au fondement de sa pensée. Il souhaite un socialisme républicain, c'est-à-dire qui fasse toute sa place à la liberté tout en prenant l'idéal d'égalité dans son sens le plus exigeant, le sens social[réf. nécessaire]. Comparant l'humanité à « un homme qui marche », il disqualifie tout plan social arrangé d'avance comme le saint-simonisme en a donné la première image.

C'est à Pierre Leroux que nous devons le sauvetage de la devise utilisée en 1794 par Robespierre et son adoption par la République en 1848, mais sa proposition de mettre « la fraternité au centre », pour signifier la tension irréductible entre les deux valeurs incontournables que sont la liberté et l'égalité, n'a pas été retenue. L'enjeu est de taille : fonder un socialisme républicain, ou une république sociale. De telles idées ont inspiré les mesures initiées par Louis Blanc en 1848, à la Commission du Luxembourg mais qui ont échoué sous les feux croisés de la bourgeoisie défendant férocement ses intérêts et des blanquistes.

La question morale et religieuse

Cette vision s'appuie sur une anthropologie qui repousse le dualisme, qu'il soit spiritualiste ou matérialiste, au profit d'une ontologie triadique : l'homme est triple, sensation, sentiment, connaissance. Dieu, qu'il appelle aussi Vie universelle, n'est donc pas à concevoir comme un être transcendant. Leroux critique sévèrement l'Église catholique pour son dualisme métaphysique autant que pour ses péchés historiques, son alliance avec les privilégiés que ce soient l'aristocratie de jadis ou la bourgeoisie actuelle. Cela ne l'empêche pas d'admirer l'Évangile. Le spectacle de la lutte de tous contre tous qui prévaut sous l'orléanisme le conduit à affirmer qu'aucune société ne peut vivre sans religion, et à prôner une religion républicaine ouverte à la morale de l'Évangile. Il réclame l'ouverture des cultures judéo-chrétienne et gréco-romaine aux ressources de l'Orient, Inde et Chine en particulier.

Pierre Leroux est initié à la franc-maçonnerie à Limoges, le 4 avril 1848, dans la loge « Les Artistes réunis » du Grand Orient de France. Sa vie durant, il fréquente différentes autres loges maçonniques, notamment en exil à Jersey et à Londres (à la loge des Philadelphes que fréquentent également ses amis Martin Nadaud et Alfred Talandier), puis à Grasse. Par ailleurs, les maris de ses deux filles sont aussi francs-maçons.

Mais il a été accusé d'antisémitisme pour avoir écrit en 1846 un article, « Les juifs, rois de l'époque », dans lequel il appelle « esprit juif », l'attachement insensé à l'argent.

L'œuvre de Leroux est immense, tant en volume que par la diversité de ses domaines, son élément le plus remarquable en est sans doute l'Encyclopédie nouvelle qu'il réalise avec la collaboration de Jean Reynaud. Ce monument est, selon Heinrich Heine, à la pensée socialiste et républicaine du XIXe siècle ce que l'Encyclopédie de Diderot fut à la pensée bourgeoise du XVIIIe siècle. Destiné à en faire partie, De l'humanité est publié à part. Les numéros de l'Encyclopédie nouvelle restent inexplorés des chercheurs français. Une équipe italienne de l'université de philosophie de Lecce a laissé d'importants travaux à ce sujet (voir bibliographie).

C'est en 1835 que Leroux fait la connaissance de George Sand. Selon Georges Lubin « elle ne jure plus que par lui ». Certains de ses romans, tels Consuelo et La comtesse de Rudolstadt (1843-44), ainsi que Le Meunier d'Angibault (1845), se ressentent de l'influence de Leroux. Une collaboration inédite s'est engagée entre le philosophe et la romancière, une amitié d'une quinzaine d'années.

Parmi les penseurs socialistes, remarque David Owen Evans (bibliographie), Leroux est « le seul critique littéraire, le seul philosophe et le seul démocrate ».

En 1843, Leroux obtient un brevet pour créer une imprimerie à Boussac (Creuse), que George Sand, « la voisine de Nohant », lui avait sans doute fait découvrir lors d'une excursion au site des Pierres Jaumâtres. Leroux s'installe à Boussac, fait venir sa famille et ses proches, puis, au fil des mois, des disciples séduits par ses théories et par le mode de vie de la communauté. On applique à l'agriculture le Circulus, une théorie écologiste avant la lettre, selon laquelle les êtres vivants se nourrissent des dépouilles et des déchets les uns des autres. Cette loi inspire toute la doctrine évolutionniste de Leroux, disciple de Lamarck et de Geoffroy Saint-Hilaire, qu'il s'agisse de l'évolution des espèces ou de celle des civilisations. En toutes choses, « les vivants se nourrissent des morts », ce qui condamne le volontarisme autant que le fixisme.

Leroux continue en parallèle son travail de typographe et d'animateur de revue ; après Le Globe, la Revue encyclopédique, la Revue indépendante, fondée en 1841, il crée La Revue sociale en octobre 1845.

En février 1848, Leroux proclame la République à Boussac. Nommé maire de la commune par le gouvernement provisoire, il est élu le 4 juin député de la Seine comme candidat des démocrates-socialistes à l'Assemblée constituante de 1848, le 6e sur 11 sièges de représentants optants ou démissionnaires à remplacer, avec 91 375 voix sur 248 392 votants et 414 317 inscrits et siège sur les bancs de la Montagne. Réélu lors des élections législatives du 13 mai 1849 représentant de la Seine à l'Assemblée législative, le 22e sur 28 avec 110 127 voix sur 281 140 votants et 378 043 inscrits, il s'oppose à la politique de Louis-Napoléon Bonaparte.

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