Pierre Jean Jouve est un poète, romancier et critique français né à Arras le 11 octobre 1887 et mort dans le 14e arrondissement de Paris le 8 janvier 1976.
Pierre Charles Jean Jouve a eu « plusieurs vies ». Il est né en 1887 à Arras. Avant 1914, il est un des écrivains de l'unanimisme, ce mouvement créé par Jules Romains. Il épouse avant 1914 Andrée Charpentier, enseignante et militante de mouvements féministes et pacifistes. Ils ont un fils. Pendant la Première Guerre mondiale, il devient infirmier volontaire dans un hôpital militaire à Poitiers. Mais, menacé de tuberculose, il est envoyé en Suisse en 1915, pour y être soigné. Il y devient un membre actif du mouvement pacifiste animé par Romain Rolland pendant la Première Guerre mondiale.
À partir de 1921, une profonde rupture a lieu grâce à sa rencontre avec la personne qui va devenir en 1925 sa seconde épouse, la psychanalyste Blanche Reverchon, traductrice de Sigmund Freud en 1923 et amie de Jacques Lacan (le divorce entre Andrée Charpentier et Pierre Jean Jouve est prononcé en 1924). Blanche Reverchon fait de lui l'un des premiers écrivains à affronter la psychanalyse et à montrer l'importance de l'inconscient dans la création artistique — et cela dès le milieu des années 1920. Cette période est également marquée par une recherche spirituelle et religieuse. Ceci le conduit en 1924 à renier toutes les œuvres créées précédemment. On peut citer parmi les œuvres nouvelles les recueils de poèmes : Les Noces (1925-1931), Sueur de Sang (1933-1935), Matière céleste (1937), et les romans : Le Monde désert (1927), Hécate (1928), Vagadu (1931), La Scène capitale (1935), et le plus connu Paulina 1880, paru en 1925.
Il a été aussi, dès 1938 et pendant son exil en Suisse, un important acteur de la résistance intellectuelle contre le nazisme, avec ses poèmes apocalyptiques de Gloire et de La Vierge de Paris. Avec quelques difficultés, il obtient en Suisse le statut de réfugié politique.
Jouve a été le compagnon de route de nombreux artistes, d'écrivains (Romain Rolland, Stefan Zweig, Joë Bousquet, Jean Paulhan, Henry Bauchau…), de peintres (André Masson, Balthus, Joseph Sima, Gaston Thiesson…), de philosophes (Jean Wahl, etc.), de psychanalystes (Jacques Lacan, etc.) et de musiciens (Michel Fano, etc.) : il a d'ailleurs beaucoup écrit sur l'art et la musique.
Cet écrivain souvent perçu comme un marginal hautain, refusant les embrigadements des « mouvements » a su toucher beaucoup d'écrivains et d'artistes dont certains peuvent être considérés comme ses disciples, par exemple les poètes Pierre Emmanuel, Salah Stétié ou Yves Bonnefoy.
Grand prix national des Lettres décerné par le ministère de la Culture en 1962
Grand prix de poésie de l'Académie française le 19 juin 1966
Commandeur de la Légion d'honneur (30 décembre 1965)
Pierre Jean Jouve, un panorama
Pierre Jean Jouve a renié toute son œuvre publiée avant 1925, année où il fait commencer sa vita nuova. On a donc peu commenté sa vie antérieure pour ne commenter que son œuvre postérieure à cette date, où il publie les poèmes de Mystérieuses Noces et le roman Paulina 1880 (quatre voix au prix Goncourt). C'est ce qu'il a fait lui-même dans En Miroir, son "Journal sans date" de 1954 où il ne décèle de sa vie que certaines grandes lignes soigneusement choisies. C'est aussi ce qui a été fait dans des ouvrages de référence, souvent écrits par des amis du poète, comme René Micha ou Robert Kopp. Cependant la biographie de Daniel Leuwers et les notes et commentaires de Jean Starobinski pour son édition de Œuvre, ont révélé des pans méconnus de sa vie et l'importance de sa première œuvre pour sa formation et son évolution. La récente biographie de Béatrice Bonhomme a apporté un nouvel éclairage sur la « crise » de Jouve entre 1921 et 1927. Cette crise a profondément marqué sa vie et orienté son écriture.
Pierre Jean Jouve est l'homme des ruptures, d'avec son père (puis d'avec son fils) ; d'avec sa première épouse Andrée, grande militante de mouvements féministes et pacifistes ; d'avec ses amis pacifistes (Romain Rolland, Georges Duhamel, Charles Vildrac, Frans Masereel) qui au moment de la rupture créaient la revue Europe (1923), toujours vivante ; d'avec ses amis artistes (même Joseph Sima en 1954) ; d’avec ses éditeurs, Jean Paulhan et Gaston Gallimard (en 1945). Et donc d'avec sa première œuvre.
On peut aussi considérer que la réédition de ses romans et de ses poèmes, avec peu de modifications mais beaucoup de coupures, que Jouve a effectuée de 1959 à 1968, est une nouvelle réécriture de sa vie et de son œuvre.
Pierre Jean Jouve a donc eu « plusieurs vies ». Jouve pourrait être considéré comme un des écrivains de l'unanimisme, ce mouvement créé par Jules Romains, ou de l'Abbaye de Créteil (Groupe de l'Abbaye). Ou comme un membre actif du mouvement pacifiste animé par Romain Rolland pendant la Première Guerre mondiale.
Grâce à sa seconde épouse, la psychanalyste Blanche Reverchon, traductrice de Freud (1923) et amie de Jacques Lacan, il fut l'un des premiers écrivains à affronter la psychanalyse et à montrer l'importance de l'inconscient dans la création artistique, et cela dès le milieu des années 1920, avec ses poèmes de Noces (1925-1931), de Sueur de Sang (1933-1935) et de Matière céleste (1937), ou avec des romans, Hécate (1928), Vagadu (1931) et La Scène capitale (1935). Il montra aussi l'enrichissement que la lecture des grands mystiques, Thérèse d'Avila, Catherine de Sienne, Jean de la Croix, François d'Assise, peut apporter à l'écriture poétique. À ces mystiques il associa étroitement des poètes précurseurs, Hölderlin, Gérard de Nerval, Charles Baudelaire, Stéphane Mallarmé.
Ce fut aussi, dès 1938 et pendant son exil en Suisse, un important acteur de la résistance intellectuelle contre le nazisme, avec ses poèmes apocalyptiques de Gloire et de La Vierge de Paris.
Parmi ses essais sur l'art et sur la musique, on notera pendant la guerre un important Don Juan de Mozart (1942, avec l'aide du musicien Fernand Drogoul) et ensuite un essai sur Wozzeck d'Alban Berg (écrit avec le compositeur Michel Fano, 1953).
Après guerre, son art rencontra ceux de Saint-John Perse et de Victor Segalen, et il émigra vers la sérénité de sa « Chine intérieure ».