Ce Jour-là

Pierre Hadot

Philosophe, historien et philologue français, spécialiste de l'Antiquité

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Pierre Hadot, né à Paris le 21 février 1922 et mort à Orsay (Essonne) le 25 avril 2010 est un philosophe, historien et philologue français, spécialiste de l'Antiquité, de la période hellénistique et en particulier du néoplatonisme et de Plotin. Pierre Hadot est l’auteur d'une œuvre développée notamment autour de la notion d'exercice spirituel et de la philosophie comme manière de vivre.

Pierre Hadot passe son enfance à Reims. Sa mère, catholique pratiquante, souhaite que ses trois fils deviennent prêtres. Il fait ses études primaires à l’école des Frères des écoles chrétiennes (rue de Contrai) puis entre en 1937 au Grand Séminaire de Reims. En 1939, il passe le baccalauréat de philosophie, sa dissertation ayant pour sujet le commentaire de cette phrase de Bergson : « La philosophie n’est pas une construction de système, mais la résolution une fois prise de regarder naïvement en soi et autour de soi. ».

Il est ordonné prêtre à l'automne 1944 à Reims, à l'âge de 22 ans, et enseigne la philosophie entre 1944 et 1945 au Grand Séminaire de Reims et dans un pensionnat de jeunes filles tout en poursuivant une licence de Philosophie à Paris.

En 1950, Pierre Hadot est déçu d'abord par l'encyclique Humani generis du 12 août 1950 et par la proclamation du Dogme de l’Assomption, le 1er novembre 1950. S'ajoute à cela un problème sentimental : il quitte le sacerdoce en 1952, avant d'épouser en 1953 sa première femme, dont il divorcera 11 ans après.

De 1949 à 1964, il est élève de l'École pratique des hautes études. Il est d'abord stagiaire, puis attaché et enfin chargé de recherches au CNRS. Il rencontre aussi à cette période l'historien Jean-Pierre Vernant et l'anthropologue Louis Dumont. Il obtient son diplôme de l'École pratique des hautes études en 1960.

Il est ensuite, de 1964 à 1985, directeur d'études à l'EPHE, Ve section (Direction d'études : d'abord « Patristique latine », puis « Théologie et Mystiques de l'époque hellénistique et romaine ».

En 1966, il épouse à Berlin Ilsetraut Marten, devenue Ilsetraut Hadot, érudite allemande, philologue classique et historienne de la philosophie.

En 1968, il soutient sa thèse de doctorat d’État à la Sorbonne, intitulée « Porphyre et Victorinus », accompagnée d’une thèse complémentaire publiée en 1972.

En 1982, il est élu professeur au Collège de France, sur une initiative de Michel Foucault. Il est titulaire de la chaire Histoire de la pensée hellénistique et romaine et y enseigne jusqu'en 1990. Il devient professeur honoraire au Collège de France en 1991.

Spécialiste de Plotin et du stoïcisme, en particulier de Marc Aurèle, ainsi que du néoplatonisme oriental et latin, il est un de ceux qui ont insisté sur le fait que la philosophie antique était d'abord une manière de vivre, un exercice spirituel : en somme une pratique et pas une théorie, un pur champ universitaire comme elle l'est de nos jours. Il est également l'un des premiers à avoir introduit la pensée de Wittgenstein en France. Il est influencé par Louis Lavelle.

Il explique le problème récurrent de l'exégèse antique (à savoir les contradictions, les anomalies et les analogies dans les écrits des auteurs) en renouvelant la vision que nous avions de l'univers spirituel où évoluaient les hommes de l'Antiquité et celle de leur pratique, particulière, mais adaptée à leur quotidien, de la philosophie. Selon lui, les philosophes de l'Antiquité ne cherchaient pas un système de compréhension du monde, pas tant à informer leurs disciples, ni à développer des discours spéculatifs, conceptuels sans autres soucis, comme cela a pu être le cas dans la philosophie moderne. Car, pour Pierre Hadot, la philosophie antique était avant tout une pratique de l'existence, un exercice spirituel et une manière de vivre et de mourir. Ainsi, la transmission, qui se fit par l'oral davantage que par l'écrit, s'appuie sur les réponses aux problématiques spécifiques des disciples dans un contexte particulier plus que sur le développement d'une thèse. Elle vise la mise en œuvre plus que la théorie (sans jamais éliminer celle-ci, puisqu'il ne peut y avoir de pratique sans discours philosophique). Rendre cette pratique de l'existence spirituelle et transformatrice est ce qui explique les nombreuses contradictions qu'on peut trouver dans les écrits de l'Antiquité car ils répondent à des demandes et à des besoins particuliers, concrets et souvent pratiques.

Directeur à l'École pratique des hautes études de 1964 à 1986 et professeur au Collège de France depuis 1982, son influence est croissante dans la pensée contemporaine. Et parmi les penseurs qui lui sont redevables, on peut citer notamment Michel Foucault (influencé par son livre sur les exercices spirituels, qu'il a présenté au Collège de France, Michel Foucault développe dans les deux derniers volumes de son Histoire de la sexualité, surtout Le souci de soi, et dans l'Herméneutique du sujet, des thèmes proches de ceux de Pierre Hadot, même si celui-ci s'est expliqué plusieurs fois quant aux convergences et divergences avec lui), André Comte-Sponville (notamment dans son Esprit de l'athéisme - Introduction à une spiritualité sans Dieu), Michel Onfray (grand admirateur de l'œuvre de Hadot, on pourra notamment en voir la mention dans le premier tome de sa Contre Histoire de la philosophie : les sagesses antiques), Rémi Brague (La Sagesse du Monde), Luc Ferry (Qu'est ce qu'une vie réussie ?), Jacqueline Russ[réf. nécessaire].

Wayne J. Hankey, professeur à l'Université Dallhousie de Halifax, fait une tentative pour restituer les enjeux des recherches sur le néoplatonisme en France dans « Cent ans de néoplatonisme en France ». Ce texte situe Pierre Hadot au sein des néoplatoniciens français, dans lesquels il rassemble des figures comme Émile Bréhier, André-Jean Festugière, Paul Henry, Jean Trouillard, Joseph Combès, Jean Pépin, Stanislas Breton, Maurice de Gandillac, Philippe Hoffmann.

Parallèlement à l'établissement des textes et à leur édition (notamment la nouvelle édition en cours des Ennéades de Plotin, ou du texte du Manuel d'Épictète au travers de l'œuvre d'Arrien), cet ensemble de travaux conduisent à renouveler le débat sur le cursus éducatif des élites (les arts libéraux), comme le fait justement Ilsetraut Hadot, ou à renouveler l'interrogation sur la manière dont les philosophes de la dernière Antiquité ont pu s'opposer au christianisme. On se demandera, par exemple, pourquoi la réflexion néoplatonicienne ne produira pas de philosophie politique à la hauteur d'un Platon ou d'un Aristote.

Œuvres majeures sur la philosophie antique

Dans l'introduction du livre de Pierre Hadot La Philosophie comme manière de vivre. Entretiens avec Jeannie Carlier et Arnold I. Davidson (2001), Jeannie Carlier mentionne les « trois grands livres d’érudition sur la philosophie antique » :

Exercices spirituels et philosophie antique, Paris, Études augustiniennes, 1981

La Citadelle intérieure, Paris, Fayard, 1992

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