Ce Jour-là

Pierre Gaveston

Favori d'Édouard II d'Angleterre

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Pierre Gaveston (ou Pieres de Gabaston, ou encore Gavaston ; en anglais : Piers Gaveston), né vers 1283 et mort le 19 juin 1312, est un chevalier gascon de la cour d'Angleterre, favori du roi Édouard II. Adolescent, il fait fort bonne impression au roi Édouard Ier et est assigné à la suite de son fils et héritier Édouard de Carnarvon. La partialité du prince envers Gaveston est si démesurée que le roi doit envoyer le favori en exil au début de l'année 1307. Gaveston est pourtant rappelé quelques mois plus tard, après la mort du roi et l'avènement du prince sous le nom d'Édouard II. Édouard lui confère le titre de comte de Cornouailles et le marie à sa nièce Marguerite de Clare, sœur du puissant comte de Gloucester.

Les faveurs uniques accordées à Gaveston par le roi provoquent la colère de plusieurs membres de la noblesse, et en 1308, le roi est contraint de l'envoyer une nouvelle fois en exil. Pendant son absence, Gaveston sert en tant que Lord lieutenant d'Irlande. Édouard parvient à négocier un accord avec l'opposition et le favori fait son retour dès l'année suivante. Son comportement envers les principaux barons d'Angleterre devient de plus en plus offensif et, par les Ordonnances de 1311, il est décidé que Gaveston serait exilé une troisième fois et qu'il subirait la punition des hors-la-loi s'il osait revenir. Lors de son retour en 1312, il est pourchassé et exécuté par un groupe de barons conduits par les comtes de Lancastre et de Warwick.

Il a été affirmé par les chroniqueurs médiévaux qu'Édouard et Pierre Gaveston étaient amants, une rumeur qui sera renforcée par des portraits de fiction, comme la pièce Édouard II de Christopher Marlowe au XVIe siècle. Cette allégation a reçu le soutien de certains historiens modernes, tandis que d'autres en ont douté. Selon Pierre Chaplais, la relation entre les deux hommes était celle d'une fraternité adoptive, et Gaveston avait plutôt le rôle d'un adjoint officieux auprès d'un roi quelque peu réticent à exercer ses devoirs officiels. D'autres historiens, comme J. S. Hamilton, ont indiqué que la sexualité des deux hommes n'était pas au cœur des griefs de la noblesse, mais plutôt l'accès exclusif de Gaveston au patronage royal.

Pierre Gaveston (dans les documents anglais du XIVe siècle, il est le plus souvent nommé « Pieres de Gavaston ») est né en Gascogne, d'Arnaud de Gabaston et de Claramonde de Marsan, au sein d'une famille noble issue du petit village de Gabaston, dans le Béarn. La sœur de Claramonde, Miramonde, ayant épousé un Pierre Caillau (ou Cailhau), de Bordeaux, il est possible que Pierre Gaveston ait tiré son prénom de cet oncle, puisque aucun Pierre n'apparaît dans les prénoms en usage à l'intérieur de la famille de Gabaston. Arnaud et Claramonde ont plusieurs enfants, parmi lesquels Arnaud-Guillaume et Gérard, dont on ne sait quasiment rien, et au moins deux filles, qui se marient respectivement en 1286 et 1291 : à l'évidence, elles sont plus âgées que Pierre. Selon la Vita Edwardi Secundi, une des sœurs de Pierre, Amie, est aux côtés de son frère lors du siège de Scarborough en mai 1312 – la fille illégitime de Gaveston portera d'ailleurs le nom de sa tante –, ce qui prouve les liens étroits qu'entretient Pierre avec elle. La date de naissance de Pierre est elle-même inconnue. Cependant, le roi Édouard Ier d'Angleterre l'ayant investi, à la demande de son fils le prince héritier Édouard de Carnarvon (le futur Édouard II), de la tutelle des domaines de Roger Mortimer de Wigmore en juillet 1304 après le décès de son père (alors que le jeune Roger a 17 ans et est encore mineur), Pierre doit au moins avoir 21 ans à cette date. Aussi doit-il être né au plus tard à l'été 1283, au plus tôt en 1281, étant qualifié de « coetanei » (contemporain) d'Édouard de Carnarvon, né lui-même en avril 1284.

Le grand-père paternel de Gaveston a pour nom Garsie ou Garcia. Son père Arnaud, mentionné pour la première fois en 1269, est un baron en vue du Béarn, par son mariage en 1272 avec Claramonde de Marsan, cohéritière avec son frère Fortaner de Lescun de leur père, grand propriétaire terrien, Arnaud-Guillaume de Marsan. La Gascogne est alors possession des rois d'Angleterre, ducs d'Aquitaine par héritage de la reine Aliénor, épouse du roi Henri II. Les ducs d'Aquitaine sont par conséquent vassaux des rois de France. Pierre Gaveston est-il alors Français ? Anglais ? Cette question n'a aucun sens : dans la pyramide médiévale, il est avant tout Gascon. C'est à travers les possessions de sa femme qu'Arnaud de Gabaston devient vassal du roi d'Angleterre. Son service auprès d'Édouard Ier s'étend sur une large période, depuis les guerres galloises de 1282–1283, auxquelles il participe avec un contingent non négligeable. Quelque temps avant le 4 février 1287, Claramonde meurt, et Arnaud de Gabaston doit le reste de sa vie lutter contre les prétentions de ses rivaux, familiaux ou voisins, sur l'héritage de son épouse. Cette situation le rend financièrement dépendant du roi Édouard, et l'attache continuellement à son service. Aussi est-il utilisé par deux fois comme otage par le roi : en 1288 auprès de la cour d'Aragon, puis en 1294 auprès du roi de France, d'où il parvient à s'échapper pour l'Angleterre en 1297. Après un retour en Gascogne, il revient servir Édouard Ier en 1300, lors des premières guerres écossaises. Gabaston meurt dans le courant de mai 1302.

Bien que, selon une chronique, Pierre aurait accompagné son père en Angleterre en 1297, la première mention fiable le concernant se rapporte à sa présence en Gascogne plus tard la même année, où il est au service d'Édouard Ier. En 1300, il fait voile vers l'Angleterre avec son père et son frère aîné, Arnaud-Guillaume. C'est à cette époque qu'il devient membre de la suite du jeune prince Édouard de Carnarvon : le roi semble apparemment impressionné par la conduite et l'habileté martiale de Gaveston lors des tournois, et il désire qu'il serve de modèle à son propre fils. Pierre est l'un des dix pueri in custodia, gardiens royaux et compagnons d'Édouard. Étant le seul à apparaître sans maître à ses côtés, il semble que Pierre est le plus âgé. En août 1303, Pierre est qualifié, à l'intérieur de la maison du prince de Galles, de « socius » (compagnon), et non de « scutifer » (écuyer) – apparemment a-t-il déjà trouvé la faveur de son prince. Le prince Édouard de Carnarvon (devenu prince de Galles en 1301) ne tarde pas à montrer la plus grande amitié pour Pierre Gaveston, réputé pour son esprit tout à la fois vif, mordant, et joyeux, mais aussi pour ses insolences. Édouard couvre son compagnon d'honneurs et de présents, allant jusqu'à déclarer publiquement qu'il aime Gaveston comme un frère. Dans le même temps, Gaveston devient proche de Roger Mortimer, à l'occasion de la tutelle qu'il exerce sur ses biens, sur ordre du roi – un honneur insigne qui, au vu de l'importance des propriétés de la famille Mortimer, aurait dû échoir à un seigneur de haute naissance, et qui en dit long sur la considération dont Gaveston jouit à la cour du roi Édouard Ier.

Mais Gaveston, quelles que soient ses qualités d'administrateur et de soldat, reste un noble de rang médiocre, dont le souverain n'attend pas qu'il prétende à une autre place. C'est pourquoi le roi commence à voir d'un mauvais œil la trop grande intimité qui se fait jour entre son fils et le jeune chevalier gascon. Le roi peut enfin prendre la mesure de cette amitié pour la première fois à l'été 1305. Sur l'avis du trésorier du royaume, Walter Langton (en), le roi ordonne la réduction du train de la maison du prince, qui touche deux proches amis du prince, Pierre Gaveston et Gilbert de Clare. Une brouille de plusieurs mois éclate entre le père et son fils. Le 4 août 1305, le prince de Galles écrit à sa sœur Élisabeth pour lui demander de persuader leur jeune belle-mère, Marguerite de France, d'intercéder auprès du roi. Dans le même temps, le jeune Édouard écrit également directement à la reine et se plaint dans sa lettre de la douleur d'être privé de ses amis. Il faut attendre plusieurs mois avant que le roi laisse retomber sa colère contre son fils, et accède à son désir. Le 26 mai 1306, quatre jours après que le prince Édouard et 266 autres nobles aient été adoubés par le roi lors d'une cérémonie grandiose tenue à Westminster, Gaveston est également adoubé et réintègre la retenue du prince de Galles.

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