Pierre Du Bosc, né à Bayeux le 21 février 1623 et mort à Rotterdam le 2 janvier 1692, est un prédicateur protestant.
Pierre Bayle juge qu'il est le « plus grand prédicateur de son temps ».
Il est le dernier et seul survivant de treize enfants ; son père est Guillaume Du Bosc, avocat au Parlement de Rouen, mort en 1653 et sa mère, Marie L’Hotelier, morte en 1663. Il commence ses études à l’académie de Montauban, la quitte au bout de dix-huit mois, et les continue à Saumur, pendant trois ans.
À vingt-trois ans, le colloque de Trévières, assemblé le 15 novembre 1645, le donne pour collègue au célèbre Bochart au temple de Caen. Il acquiert une réputation d’éloquence et devient un pasteur distingué de la Normandie. Le consistoire le choisit pour tout discours d’apparat à un grand personnage, son nom devient connu à Paris.
Dès 1658, le consistoire de Charenton envoie en Normandie le ministre Gaches et l’ancien Massanes ; ils essaient de convaincre le consistoire de Caen d'envoyer cet orateur de talent dans la capitale ; la demande, renouvelée plusieurs fois, appuyée par les plus illustres Protestants, est rejetée ; Du Bosc lui-même ne tient pas à partir.
Les Jésuites prennent ombrage de sa renommée et veulent l’éloigner de la Normandie. Ils obtiennent, en 1664, une lettre de cachet qui l’exile à Châlons. Il aurait parlé de l’autorité royale en termes irréfléchis, alors que, pour Du Bosc, le roi était l’image de Dieu sur terre.
Son exil dura environ six mois. Il le remplit d'une correspondance active et de travaux littéraires. Le plan des Jésuites échoua. Les protestants et beaucoup d’honnêtes gens ont pris sa défense. L’évêque de Châlons viendra manger à sa table deux fois par semaine. Montausier, Turenne, Ruvigny, le premier écuyer Béringhen obtinrent une nouvelle lettre de cachet le 15 décembre 1664.
Du Bosc ne manqua pas d’aller remercier les ministres d’État, dont le ministre Le Tellier.
Il est de retour à Caen le 8 novembre. Les Jésuites renouvelèrent plusieurs fois leurs accusations contre lui.
En 1668, les églises du royaume envoient à Paris des députés ; ils présentent au roi des remontrances au sujet de la fameuse Déclaration du 2 avril 1666 ; celles de Normandie élurent Du Bosc, comme chef de la députation. Il rédigea les observations à soumettre au Conseil.
Le bruit de la prochaine suppression des Chambres de l’édit de Paris et de Rouen se répandit. Les députés sollicitèrent une audience ; le roi ne reçut que le député général et Du Bosc ; ce dernier se surpassa. Son discours a été publié. Louis XIV promit d’y réfléchir ; passant ensuite dans la chambre de la reine, il déclara, en présence de la Cour, qu’il venait d’entendre l’homme le plus éloquent de son royaume.
L’édit de suppression fut rendu au mois de janvier 1669. Cet édit fut la première atteinte directe portée à l’édit de Nantes ; les Réformés le craignaient, comme un précédent à l’abolition de cet édit. Le Tellier leur demanda un mémoire ; les Protestants n’en présentèrent aucun, pour ne pas accepter un compromis sur la violation de l’édit de Nantes.
Concernant la Déclaration de 1666, après six mois de démarches, Du Bosc obtint la Déclaration du 1er février 1669 ; elle modifiait la première dans ses dispositions les plus vexatoires. Il retourna à Caen et fut appelé à présider le synode provincial.
Il revient à Paris dès le mois de juin. Il dressa la Requête générale qui fut présentée au roi par [Ruvigny] . Le roi en renvoya l’examen à son retour de Chambord ; Du Bosc repartit pour Caen.
Il revint une quatrième fois à Paris, au commencement de 1670, pour solliciter une réponse à la Requête générale. Il prêcha les 23 février et le 2 mars à Charenton, sur Apoc. III, 14-16 ; le lendemain, l’archevêque vint à Versailles l’accusant d’avoir parlé de la religion catholique en termes injurieux. Louis XIV refusa d’ajouter foi à cette dénonciation.
Pour forcer la réponse du Conseil, les Protestants firent imprimer la Requête générale. Dès qu’elle parut, Châteauneuf convoqua les députés des églises dans son cabinet, leur fit de vifs reproches et envoya deux d’entre eux, Le Verdier et Chabot, à la Bastille.
Les autres firent rédiger une seconde requête par Du Bosc ; Ruvigny fut chargé de présenter au roi. Le 7 mars 1673, elle fut rapportée au Conseil. Villeroy et Le Tellier furent nommés pour l’examiner ; ils firent traîner l’affaire en longueur ; Du Bosc dut faire plusieurs voyages à Paris.
Au cours de l’un d’eux, en 1676, Châteauneuf l’assura que le roi aurait une joie extraordinaire de sa conversion, qu’il n’avait qu’à demander, qu’on lui donnerait quelle charge il voudrait, qu’on avancerait ses enfants, etc. Du Bosc refusa et resta ministre de l’église de Caen.