André Isaac, devenu officiellement Pierre Dac et André Pierre-Dac à partir du 17 février 1950, né le 15 août 1893 à Châlons-sur-Marne et mort le 9 février 1975 dans le 17e arrondissement de Paris, est un humoriste et comédien français. Il a également été, pendant la Seconde Guerre mondiale, une figure de la Résistance contre l'occupation de la France par l'Allemagne nazie grâce à ses interventions sur Radio Londres.
Créateur dans les années 1930 du journal humoristique L'Os à moelle, Pierre Dac est notamment l'inventeur du Schmilblick, un objet « rigoureusement intégral, qui ne sert absolument à rien et peut donc servir à tout ». Il popularise également l'expression « loufoque », formée à la façon du louchébem. Il est également inventeur du biglotron et de la recette de la confiture de nouilles.
Après la guerre, il constitue un fameux duo humoristique avec Francis Blanche, et conçoit et anime les populaires séries radiophoniques Malheur aux barbus, puis Signé Furax et enfin, Bons Baisers de partout.
Jeunesse, Première Guerre mondiale et début de carrière
Fils de Salomon Isaac (1856-1939), marchand boucher, et de Bertha Kahn (1857-1935), André Isaac naît le 15 août 1893 au 70, rue de la Marne à Châlons-sur-Marne. Il est issu d'une modeste famille juive d'Alsace, originaire d'Uttenheim (du côté paternel) et de Niederbronn-les-Bains (du côté maternel) et installée après la défaite de 1870 à Châlons-sur-Marne, où le père Salomon Isaac est marchand boucher et la mère, Bertha Kahn, femme au foyer. Le jeune André a trois ans lorsque la famille s'installe à Paris, où elle ouvre une boucherie dans le quartier de la Villette (la profession de son père aura une grande influence sur lui, car tout au long de sa carrière d'humoriste Pierre Dac s'inspirera du louchébem, l'argot des bouchers). André, bon élève et doué pour les farces, affiche des dons artistiques et ses parents l'inscrivent à des cours de violon tandis que son frère aîné, Marcel, se destine à reprendre la boucherie familiale. Le goût d'André pour les farces lui vaut d'être renvoyé du lycée en mai 1908 après qu'il a accroché un hareng saur à la queue de l'habit de son professeur de maths, ce qui marque en même temps la fin de ses études.
Selon Jacques Pessis, Pierre Dac serait un héros de la Première Guerre mondiale mobilisé au lendemain de ses vingt ans au régiment d'infanterie de Toul. Il serait revenu du front quatre ans plus tard avec deux blessures, la première lui ôtant la possibilité de devenir violoniste puisque, le 10 mai 1915, un éclat d'obus lui aurait raccourci le bras gauche de douze centimètres. Tout juste remis, apprenant la mort de son frère, il aurait décidé de repartir au combat et, en 1916, il se serait retrouvé nettoyeur de tranchées. Près de Verdun, un nouvel obus lui aurait brisé la cuisse. Cette fois, il aurait entamé une convalescence qui allait se poursuivre jusqu’au lendemain de l’Armistice. Il aurait alors été décoré et cité quatre fois à l’ordre de la nation.
Toutefois, Jacques Pessis lui-même produit aussi des documents qui vont à l'encontre de cette version : une carte écrite par le frère de Pierre Dac le 23 juin 1914 et transmise à l’hôpital militaire de Toul, une autre du 18 juillet 1914 adressée par son frère à l’hôpital militaire de Cosne (Nièvre), certificats de visite et de contre-visite le 25 août 1914 et certificat de convalescence d’un mois le 26 août avec prolongation jusqu’au 16 octobre (hospice mixte de Cosne). Les documents médicaux mentionnent une blessure par balle de fusil Lebel, arme française. Toutes les pièces produites sont tout à fait conformes à ce qui est écrit sur la fiche matricule de Pierre Dac qui liste une longue suite d’hospitalisations et de périodes de convalescence pendant presque toute la guerre, le point de départ étant un accident pendant un exercice de tir le 23 juin 1914 qui a été relaté dans la presse de l’époque. La partie réservée à cet effet sur sa fiche matricule n’indique aucune blessure de guerre, aucune citation ni aucune décoration.
Selon Pierre Dac, son frère Marcel, né à Châlons-sur-Marne le 27 septembre 1887, soldat au 12e régiment de chasseurs, aurait été tué à l'âge de 28 ans, le 8 octobre 1915, pendant la bataille de Champagne, fauché par un obus allemand. Selon les documents officiels, Marcel Isaac n'a pas été tué par un obus : il est mort d'une embolie, « maladie aggravée au service », déposé à l'hôpital de Bussy-le-Château. Il n'est donc pas « mort pour la France », bien qu'il soit mort alors qu'il était toujours enregistré en tant que militaire en activité. Pourtant, l'inscription « Mort pour la France » est bien gravée sur sa tombe et celle-ci, attestée par une photographie, était encore lisible en 2010.
Après la Première Guerre mondiale, Pierre Dac vit de petits métiers à Paris, coursier, chauffeur de taxi, homme-sandwich. Dans les années 1920, il est chansonnier dans divers cabarets, notamment La Muse rouge et La Vache enragée en 1922. Il rencontre en 1923 le chansonnier Roger Toziny qui le force à auditionner pour vaincre sa timidité et lui trouve son pseudonyme « Dac » en référence à ses dons de chansonnier d'actualités tout en rappelant la terminaison de son nom Isaac.
En 1925, il se produit à La grande fête inaugurale de la Chanson des Insurgés, à la salle de l'Utilité publique, boulevard Auguste-Blanqui à Paris. Cette fête est organisée par le journal L'Insurgé de l'anarchiste André Colomer.
Alors qu'il demeure avec ses parents 48 rue de Clignancourt à Paris 18e, et devenu artiste lyrique, il épouse à la mairie du 9e arrondissement de Paris, le 8 janvier 1929, Marie-Thérèse Jeanne Françoise Nicolas Lopez, dont il divorce le 5 novembre 1942. Pierre Dac se produit dans les années 1930 au Théâtre du Coucou, au Théâtre de 10 Francs, au Casino de Paris, aux Noctambules et à La Lune rousse de Montmartre, où il rencontre en 1934 la comédienne Dinah Gervyl (1909-1987) (de son vrai nom Raymonde Faure), sa future seconde épouse. René Sarvil lui écrit de nombreux textes qu'il débite d'une voix volontairement monocorde. En 1935, il crée une émission humoristique de radio, La Course au Trésor, et en anime une autre, La Société des Loufoques, qui remportent un grand succès.
Le 13 mai 1938, il fonde L'Os à moelle, organe officiel des loufoques, une publication humoristique hebdomadaire au nom inspiré par François Rabelais et par son père boucher (le mot loufoque vient de l'argot des bouchers, le louchébem, et signifie fou). Elle a pour collaborateurs le chansonnier Robert Rocca, les dessinateurs Jean Effel, Roland Moisan, etc. Dès son premier numéro, le journal annonce la constitution d'un « Ministère loufoque », dont les portefeuilles sont distribués « au Poker Dice ». Ses petites annonces — dont la plupart sont rédigées par Francis Blanche, qui débute — vendent de la pâte à noircir les tunnels, des porte-monnaie étanches pour argent liquide, des trous pour planter des arbres, etc. En raison de l'avancée allemande, l'hebdomadaire — dès l'origine très anti-hitlérien — cesse de paraître après 109 numéros, le 7 juin 1940. L'équipe du journal est contrainte de quitter Paris alors sur le point d'être occupé. Il reparaîtra épisodiquement en 1945-1946, puis vers 1965, avec de nouveaux talents, comme René Goscinny (Les aventures du facteur Rhésus) et Jean Yanne (Les romanciers savent plus causer français en écrivant).
Réfugié en 1940 au 42, boulevard de Strasbourg à Toulouse avec Fernand Lefèbvre, futur pilote de la France libre, Pierre Dac décide de rejoindre Londres en novembre 1941, mais il est arrêté lors de sa tentative de traversée des Pyrénées et incarcéré le 16 novembre 1941 à la prison Model de Barcelone pendant quatre mois où il écrit le poème Noël 1941 dans une prison de Barcelone. Il est ensuite remis aux autorités françaises de la zone libre, à sa demande, et il est transféré au centre pénitentiaire de Perpignan le 6 mars 1942, où il ne reste qu'un mois grâce à un jugement très bienveillant.
Au printemps 1943, Pierre Dac tente à nouveau sa chance en essayant de rejoindre en train le Portugal, via l'Espagne, sous une fausse identité canadienne. À nouveau arrêté le 18 mai, il est incarcéré à la prison de Valencia de Alcántara, dans le sud du pays. Un projet éventé d'évasion lui vaut un transfert le 4 juin à Cáceres, en Estrémadure.