Pierre Claude Pajol, né « Pajot » (3 février 1772 - Besançon † 20 mars 1844 - Paris), 1er comte Pajol et de l'Empire, est un général d'Empire et homme politique français. Il est l'une des grandes figures de la cavalerie légère de Napoléon Ier.
D'une famille de la bourgeoisie qui occupait une position importante dans la magistrature, et fils d'un avocat au barreau du parlement de Besançon, Pierre Claude Pajol étudie le droit à l'université de cette ville lorsque différents duels avec des officiers de la garnison l'obligent à s'éloigner. Il quitte Besançon pour faire son droit à Paris. Arrivé à la capitale le 15 avril 1789, il suit le torrent des idées nouvelles, et s'occupe beaucoup moins de ses études que des événements qui se préparaient alors.
Le renvoi de Necker jette la consternation dans Paris. Le 12 juillet le peuple parisien commence à sonner le tocsin, à prendre une cocarde tricolore, à courir aux armes : le jeune Pajol se mêle à ce mouvement. Nommé commandant d'une des sections de la compagnie formée dans le quartier Saint-Victor qu'il habite, il se rend avec elle sur la place Louis XV, où elle se joint à beaucoup d'autres corps du même genre, dont l'organisation a été improvisée, et aussi aux Gardes-françaises qui viennent de retourner leur veste en tirant sur la cavalerie du prince de Lambesc et en la chassant de la place.
Le lendemain on continue de sonner le tocsin et de s'armer. Pajol fait partie des volontaires qui se forment au Palais-Royal : comme il est d'une haute stature et montre beaucoup d'activité, on le nomme sergent d'une de ces compagnies qui se réunissent à celles de la Basoche et des Tailleurs et à une masse considérable de peuple et d'ouvriers. Toutes ces colonnes d'insurgés se rendent, avec Pajol, à l'hôtel des Invalides pour y voler des armes. On fouille les caves et l'on y trouve 30 000 fusils, avec lesquels le peuple parisien et la garde nationale s'arment. On vole aussi les canons qui sont sur l'esplanade des Invalides, et, les plaçant en tête, on marche le long des quais jusqu'à l'Hôtel de ville de Paris.
Dès l'aube, le 14 juillet, peuple parisien et garde nationale sont sous les armes, criant : « À la Bastille ! » pour y voler de la poudre. On les y conduit bientôt. Vers midi la garnison de cette forteresse ne cédant point aux revendications, le peuple parisien aidé de quelques gardes-français court au pont, en fait sauter les chaînes, enfonce les portes à l'aide du canon pris aux Invalides, se rend maître du fort et massacre le marquis de Launay, gouverneur de la prison-forteresse, et d'une partie de la garnison. Pajol combat durant toute cette journée à côté et sous les ordres de Hulin.
Après les journées des 5 et 6 octobre 1789, il est devenu impossible pour Pajol de continuer son droit. Il retourne donc dans sa famille en cette fin d'octobre 1789.
Officier de l'armée révolutionnaire
Pajol s'enrôle le 21 août 1791, dans le 1er bataillon de volontaires du Doubs, et il y devient sergent-major le 1er juin de la même année. Le comte de Narbonne, ministre de la Guerre en décembre 1791, ayant eu l'occasion lorsqu'il commandait en chef les gardes nationales de la Franche-Comté, d'apprécier les heureuses dispositions du jeune Pajol pour la carrière des armes, lui envoie le brevet de sous-lieutenant au 82e régiment d'infanterie, ci-devant régiment de Saintonge, le 12 janvier 1792.
Lieutenant le 27 mai de la même année, il combat le 20 septembre suivant à Valmy. Passé dans le corps de grenadiers, surnommé l'armée infernale, il pénètre dans Spire et reçoit à cette affaire une blessure à la main gauche le 30 septembre 1792, qui ne l'empêche pas de marcher sur Worms. Il sert alors à l'armée de Mayence. Custine, qui la commande, le charge d'éclairer l'aile gauche de l'armée : il part du camp d'Ebersheim dans la nuit du 13 octobre, avec 100 hommes, enlève chemin faisant Neustadt, Turckeim et Alsey, et arrive devant la place avant la cavalerie.
Pajol assiste donc au premier siège de Mayence. La place ayant capitulé le 21 du même mois, il continue de s'avancer en éclaireur jusqu'à Francfort, entre dans cette ville et concourt le 8 novembre au succès que le général Houchard obtient sur les Prussiens près de Limbourg. Il se distingue d'une manière non moins brillante le 6 janvier 1793, à la bataille d'Hochheim, ainsi que le 4 avril, pendant une sortie de la garnison de Mayence (second siège de Mayence). Quoiqu'il a le bras gauche fracturé dès le commencement de l'action, il continue son service.
Forcé de rentrer dans Mayence que les Prussiens investissent, il reçoit l'ordre le 8 avril de faire une sortie de nuit à la tête de deux compagnies et de s'emparer d'une des redoutes de Biebrich, défendue par 150 Hessois et trois pièces de canon. Grièvement blessé dans cette vigoureuse affaire par un biscaïen qui lui fracture le bras gauche, il n'en ramène pas moins dans la place les 150 Hessois prisonniers et les trois pièces de canon. Instruits de cette belle conduite, les membres de la Société des amis de la liberté et de l'égalité de Besançon lui adressent l'extrait suivant du registre de leurs délibérations :
« Il a été délibéré qu'on enverrait une députation de douze sociétaires au citoyen Pajol, lieutenant au 82e régiment, pour lui témoigner la satisfaction des vrais amis de la liberté et de l'égalité, sur l'intrépidité et le courage qu'il a montrés à Mayence, où il a été grièvement blessé, et qu'il lui serait envoyé une couronne civique. »
— Fait à Besançon, le 12 août 1793, an II de la République. Mathieu, président, Prudhon, secrétaire.
En 1793, au cours du siège de Mayence, il est de nouveau blessé. Prisonnier, il est libéré lors de la capitulation de la forteresse et revient se soigner à Besançon. Après sa guérison, Kléber, alors commandant en chef l'armée de Sambre-et-Meuse, admet le lieutenant Pajol à son état-major en qualité d'aide de camp le 1er prairial an II (janvier 1794). Il se lie alors d'amitié avec Ney qui est adjudant général dans le même état-major. Il justifie cette marque d'estime par la valeur qu'il déploie le 28 prairial (18 juin), au combat de Trazegnies (également appelé bataille de Marchiennes, dite « du brouillard ») ; le 8 messidor, à Fleurus, où il a un cheval tué sous lui ; le 13 messidor, à l'enlèvement des redoutes des postes du mont Palissel et du bois de Haré ; le 27 messidor, à la prise de vive force du poste de la Montagne de Fer, près de Louvain, puis à la bataille d'Esneux, au passage de la Roer et au siège de Maastricht. Kléber, pour le récompenser de ses bons services, l'envoie présenter à la Convention nationale les trophées de cette rapide campagne. La Convention accueille par de vives acclamations le discours et l'orateur, qui, admis aux honneurs de la séance, reçoit du président l'accolade fraternelle. Nommé capitaine au 6e d'infanterie légère le 28 pluviôse an III (1795), il rejoint Kléber.
Ce général, qui médite alors le passage du Rhin, l'envoie rassembler en Hollande des bateaux nécessaires à cette opération, laquelle a lieu les 19 fructidor et 20 fructidor (4-5 septembre 1795), à Ordingen et à Heck-el-Kamp. Pendant l'action, le capitaine Pajol et le général Lefebvre, commandant les grenadiers réunis pour cette entreprise, traversent le fleuve et repoussent les troupes qui garnissent la rive opposée, tandis que le reste de l'armée effectue son débarquement. Il a encore l'occasion de se signaler au passage de la Vupper, à celui de la Sieg et à la bataille d'Ukerath le 18 avril 1797. Le 4e jour complémentaire, il reçoit une balle au bas-ventre et perd un cheval au passage de la Lahn.
Passé à l'armée du Rhin sous Moreau, Pajol, qui a été fait chef de bataillon le 20 pluviôse an IV (9 février 1796), participe à la bataille d'Altenkirchen le 16 messidor, où il charge avec le général Richepanse une colonne ennemie à laquelle il fait éprouver une perte de 3 000 hommes et de 12 pièces de canon. Durant cette campagne il ne cesse de donner des preuves d'intrépidité, principalement au combat de Friedberg, devant Francfort, où son cheval est tué sous lui par un boulet ; le 17 fructidor, à la prise de Bamberg ; le 21 fructidor, à celle de Forchheim ; le 30 fructidor, à Salzbach et aux autres combats du Naab et de Schweinfurt. Il assiste à l'occupation de Francfort, puis de Wurtzbourg.