Pierre Benoit, né le 16 juillet 1886 à Albi (Tarn) et mort le 3 mars 1962 à Ciboure (Pyrénées-Atlantiques), est un écrivain français, membre de l’Académie française, dont les romans d’aventures, au premier rang desquels L’Atlantide, ont connu un succès considérable dans la première moitié du XXe siècle.
Homme de droite, parfois qualifié de réactionnaire, Pierre Benoit reflète un aspect du monde intellectuel de l’entre-deux-guerres, qu’il a marqué par son œuvre romanesque. Mêlant l’aventure et un certain érotisme, il a créé un type nouveau d’héroïne troublante, qu’il qualifiait lui-même de « bacchante » ou d’« amazone », qui hypnotise les personnages masculins et les pousse au crime ou à leur perte comme Antinéa dans L'Atlantide ou Azire dans Le Désert de Gobi.
Les romans du grand voyageur qu’est Pierre Benoit ont souvent pour cadre des pays étrangers, voire exotiques pour les lecteurs de son époque : L'Atlantide (1919), l’Algérie ; Le Lac salé (1921), les États-Unis ; La Chaussée des géants (1922), l’Irlande ; La Châtelaine du Liban (1924), la Syrie ; Le Roi lépreux (1927), le Cambodge et Angkor…
Il est le fils de Marie-Joseph-Ferdinand-Gabriel Benoit (1852-1915) et Claire-Marie-Eugénie Fraisse; mariés à Dax le 11 août 1885. Gabriel Benoit, engagé en novembre 1870 et nommé sous-lieutenant dans un régiment d'infanterie, est promu lieutenant en 1876 puis capitaine en 1884. Il intègre ensuite le corps de l'intendance en 1888, comme adjoint à l'Intendance, puis est promu sous-intendant de 3e classe en 1891, de 2e classe en 1899 et enfin de 1re classe en 1907. Il était officier de la Légion d'honneur.
Pierre Benoit est né à Albi, où son père est alors en garnison. Bien qu'il n'y ait vécu que la première année de son existence, Benoit estimait avoir conservé un lien privilégié avec cette ville, et surtout avec sa cathédrale, en laquelle il voyait l'une des sources de son inspiration romanesque. C'est ainsi qu'il expliquera dans un texte de 1956 qu'« une parabole n'aura jamais cessé de hanter [son] imagination : celle des vierges folles et des vierges sages » :
« Elles étaient là, peintes au faîte de ma cathédrale, ce matin de juillet 1886 où l'on déposait le sel du sacrement de rédemption sur les lèvres de l'enfant dont les yeux n'étaient même pas encore ouverts à la lumière. S'il ne pouvait, lui, les contempler, elles l'avaient, elles, déjà entrevu. Elles savaient que le temps n'était plus loin où il ne vivrait plus que pour elles. Pour le meilleur et pour le pire, elles seraient, les unes et les autres, ses inséparables compagnes, les animatrices, faibles ou fortes, des intrigues qu'elles seraient par lui chargées de dénouer, à bon ou à moins bon escient. »
Il accompagne ensuite son père, affecté à partir de 1887 en Afrique du Nord (en Tunisie puis en Algérie, où il poursuit ses études au grand lycée d'Alger). En 1907, après avoir accompli son service militaire (en Algérie toujours), il se rend à Montpellier, où il prépare une double licence de lettres et de droit, puis à Sceaux, où il devient maître d'internat. C'est à cette époque qu'il découvre, en assistant à leurs conférences, Charles Maurras et Maurice Barrès, qui deviennent, et resteront, ses maîtres à penser.
Licencié ès lettres, il échoue de peu à l’agrégation en 1910 mais est reçu au concours du ministère de l'Instruction publique et des Beaux-Arts : il est nommé agent dans le sous-secrétariat aux Beaux-Arts, puis bibliothécaire au ministère de l’Instruction publique. Il publie à la même époque ses premiers poèmes, pour lesquels il obtient un prix de la Société des gens de lettres. Il sera en revanche moins heureux avec la publication du recueil Diadumène (1914) : en dix ans, il ne s'en écoulera que cinq exemplaires, vendus à un acheteur unique, le mécène André Germain, directeur de la revue poétique Le Double Bouquet.
Mobilisé au début de la Première Guerre mondiale, Benoit tombe gravement malade après la bataille de Charleroi : il passe plusieurs mois à l'hôpital, puis est démobilisé. Cette expérience du front aura toutefois été suffisamment traumatisante pour transformer en pacifiste convaincu le jeune homme qui, dans une lettre qu'il envoyait à sa mère en 1914, lui confiait son enthousiasme à l'idée de participer à une « guerre sainte. »
Il retrouve après l'armistice ses compagnons d'avant-guerre : Francis Carco, Roland Dorgelès et Pierre Mac Orlan, avec lesquels il fonde une association : « Le Bassin de Radoub » (Henri Béraud en fait également partie), qui se propose notamment de récompenser le plus mauvais livre de l'année. Le prix en est, pour l'auteur de l'ouvrage primé, un billet de train pour rejoindre sa terre natale accompagné d'une lettre où il lui est demandé de ne plus jamais en revenir. En 1919, l'ouvrage choisi, à l'unanimité, est une œuvre collective : le Traité de Versailles.
Par ailleurs, toujours maurrassien et donc proche des cercles politiques qui gravitent autour de L'Action française, Pierre Benoit apporte la même année son soutien au manifeste « Pour un parti de l'intelligence » de Henri Massis.
Premiers romans et premiers succès
À ce moment, Pierre Benoit n'est plus seulement le poète néo-romantique qu'il était avant la guerre : il a fait une entrée remarquée dans le monde des romanciers en vogue, avec Kœnigsmark (1918), dont le succès public est considérable, et qui manque de peu l'obtention du Prix Goncourt (il était soutenu par André Suarès et Léon Daudet). L'Atlantide, publié l'année suivante sur les conseils de Robert de La Vaissière, lecteur chez Albin Michel, est un succès de librairie plus fulgurant encore. L'écrivain catholique Louis Chaigne analysera en 1936 les raisons de l'engouement du public pour ce roman colonial par la conjoncture historique dans laquelle il a paru :
« L'Atlantide est le livre que beaucoup attendaient pour sortir du cauchemar des terribles années vécues dans la boue et sous les obus et pour s'appuyer avec douceur sur des jours plus sereins. »
Soutenu activement par Maurice Barrès, le livre de Pierre Benoit reçoit le Grand prix du roman de l'Académie française pour 1919.
De 1920 à sa mort, et au rythme d'environ un par an, Pierre Benoit publie une quarantaine de romans aux éditions Albin Michel, fidélité qui s'explique par son amitié envers l'éditeur. Il est ainsi le parrain du petit-fils d'Albin Michel, Francis Esmenard, actuel PDG de la maison d'édition. Pierre Benoit s'impose comme le maître du roman d'aventures, bien qu'il ne dédaigne pas d'aborder d'autres domaines romanesques, comme avec Mademoiselle de La Ferté, « la plus littéraire et la plus profonde de ses œuvres », et considérée pour cette raison comme son chef-d'œuvre.
Malgré le succès, Pierre Benoit s'ennuie à son poste de bibliothécaire au ministère de l'Instruction publique et multiplie les frasques : c'est ainsi qu'il organise une course de tortues au Palais-Royal, puis, en 1922, son faux enlèvement par des membres du Sinn Féin (en marge de la publication de La Chaussée des géants), qui, s'il amuse la presse, scandalise une partie de ses amis conservateurs, qui voyaient déjà d'un mauvais œil ses nombreuses aventures galantes.
C'est donc avec enthousiasme qu'il accepte en 1923 la proposition du quotidien Le Journal de se rendre en Turquie en qualité d'envoyé spécial, qui lui donne l'occasion de délaisser la fonction publique et de se libérer de sa compagne de l'époque (Fernande Leferrer). Traversant l'Anatolie en guerre, il va interviewer Mustafa Kémal à Ankara. Il se rend ensuite en Palestine et en Syrie, d'où il apprend avec émotion la mort de Barrès.