La Picardie (prononcé [pi.kaʁ.ˈdi]) est une ancienne région administrative française, créée par décret du 2 juin 1960, regroupant les départements de l'Aisne, de l'Oise et de la Somme, dont le chef-lieu était Amiens.
Dans le cadre de la réforme territoriale de 2015, la région Picardie a fusionné avec la région Nord-Pas-de-Calais, le 1er janvier 2016. La nouvelle région ainsi formée s'appelle les Hauts-de-France, après avoir porté provisoirement le nom Nord-Pas-de-Calais-Picardie.
Le nom et la majeure partie du territoire de cette ancienne région administrative sont issus de la province de Picardie, une région culturelle au nord de Paris, correspondant au département de la Somme, de l'Oise (exempté le Vexin et le Multien) et de l'Aisne (exempté l'Orxois, l'Omois et le Tardenois). Une partie de cette région culturelle était en dehors de cette région administrative, dans le Nord, le Pas-de-Calais et la province de Hainaut. La langue régionale est le picard, une langue d'oïl.
Au sortir de la guerre de Cent Ans (1477-1482), est constitué le gouvernement militaire de Picardie qui correspond à la partie méridionale des Pays-Bas bourguignons redevenue française. Ce gouvernement, militaire puis civil (généralité d'Amiens) ne doit pas être confondu avec la notion de province qui est culturelle.
La généralité d'Amiens, regroupe divers territoires au nord de l'Île-de-France : comté de Boulogne en partie, comté de Ponthieu, comté d'Amiens, comté de Vermandois, comté de Guise (Thiérache) puis Calais après sa reconquête en 1558. La région d'Arras en fit partie pendant 125 ans, de même pour le Cambrésis, près de 131 ans.
A la veille de la Révolution, la généralité d'Amiens, formant le cœur de la Picardie, s'étend de la Manche orientale à la Champagne et de l'Île-de-France à l'Artois et au Hainaut.
L’étymologie du mot Picardie est géographique et historique. Le mot apparaît une première fois sous la plume de Nicolas de Bray dans sa Gestes de Louis VIII à propos de Philippe Hurepel devenu en 1216 par mariage comte de Boulogne puis en 1218 par apanage comte de Clermont, qualifié d'« honneur de la Picardie ». Ces deux villes en sont effectivement les portes nord et sud. Quelques années plus tard, en 1248, il réapparait sous la plume de Guillaume de Nangis.
Le terme devait être entré récemment dans l'usage et était dérivé du mot « picard », popularisé par la révolte des étudiants de 1229. C'est ainsi que Matthieu Paris qualifie en effet dans sa Chronica Maiora écrite vraisemblablement entre 1236 et 1248 les étudiants originaires de la région « voisine de la Flandre » dans son récit concernant cette année.
Le mot signifie en picard « piocheur », au sens de laboureur. Les Parisiens appelaient « piocheurs » tous les agriculteurs vivant au nord des zones forestières du Senlisis et du Valois (où les paysans étaient bûcherons), et dans le Nord on appelait « Picards » tous ceux qui ne parlaient pas le flamand : Arras, Boulogne, Calais, Tournai étaient des villes « picardes ».
À Paris, le néologisme fit florès parce qu'il associait en un jeu de mots la pique et une province réputée pour sa hardiesse militaire (sa milice s'était illustrée à Bouvines en 1214, quelques années avant l'apparition du mot). Il perdura dans ce sens les siècles suivants à cause du caractère montré par les Picards, du genre « tête de pioche », dans leur attachement aux libertés communales acquises par les villes drapières défendues par une milice bourgeoise.
Les étudiants des diocèses de Beauvais, Noyon, Amiens, Laon, Arras, Thérouanne, Cambrai, Tournai ainsi qu'une partie des diocèses de Liège et d'Utrecht formaient à Paris, Orléans et Boulogne la « Nation picarde ». Celle-ci représentait les domaines linguistiques picard et flamand.
La région Picardie regroupait administrativement trois départements : Aisne, Oise, Somme. Elle a pour régions limitrophes le Nord-Pas-de-Calais au nord, la Haute-Normandie à l'ouest, l'Île-de-France au sud et la Champagne-Ardenne à l'est. La préfecture est Amiens.
La Picardie s'étend aussi en Belgique aux villes de Tournai et Mouscron où l'on parle le picard tournaisien et non le ch'ti, ce dernier étant un des dialectes du picard à proprement parler.
Resserrement des limites à partir de la Renaissance
Les délimitations du gouvernement de Picardie du XVIIIe siècle ne correspondent pas à celles des trois départements composant l'ex Picardie administrative de 1960 (voir Anciennes provinces de France). Seuls la totalité de la Somme, le nord de l'Oise, le nord de l'Aisne (Vermandois, Thiérache) et la partie côtière du Pas-de-Calais, le Boulonnais, constituaient l'ancien gouvernement militaire puis civil à la fin du XVIIIe siècle, dit Gouvernement général de Picardie, mais certaines parties (ex : Laonnois, Noyonnais, Beauvaisis...) avaient peu à peu été détachées au profit du gouvernement d'Île-de-France. À cet ensemble s'ajoutaient quelques communes du département du Nord, certaines étant en bordure du département de la Somme de 1790, d'autres frontalières du département de l'Aisne de 1790.
En effet, la majorité de l'Oise (Beauvaisis, Valois, Vexin, ...) faisait partie du domaine royal du roi de France, c'est-à-dire l'Île-de-France. On y trouvait alors le Vexin français au sud-ouest (en opposition au Vexin normand), le Valois (au sud-est), le comté de Clermont (au centre), dans le nord-est de l'Oise et une fraction de l'Aisne relevait de l'évêché de Noyon. Dans l'Aisne, le Soissonnais et le Laonnois appartenaient aussi à la couronne (province d'Ile-de-France) tandis que l'extrême-sud (Brie) dépendait du comté de Champagne.
Le territoire du futur gouvernement de Picardie (constitué à la fin du XVe siècle) vit au IIIe siècle av. J.-C. s'imposer par les armes la domination des cités belges (cf. sanctuaire de Ribemont) sur les armoricains refoulés dans ce qui deviendra la Lyonnaise III puis la Normandie. Sur ce territoire, vivaient des peuples belges de premier plan pendant la guerre des Gaules (Morins, Ambiens, Suessions, Vermands, Rèmes). Le territoire des futurs Picardie, Artois, Flandre constituait ce qui est désigné par certains auteurs sous le nom de Belgium, cœur de la future province de la Gaule belgique (ou Belgique Seconde), étendue jusqu'à la Meuse, et noyau de l'alliance anti monarchiste avec les Eduens plus ou moins en rivalité pour la suprématie (cf. Diviciac) avec l'état des Suessions associés aux Rèmes, lesquels étaient peut être, compte tenu de l'ancienneté de leur implantation, non des Belges mais des Celtes. La seule cité des Bellovaques, le Beauvaisis, composait en effet au temps de César, si on se réfère à l'effectif militaire, un tiers de la population totale de la future province de Belgique.
À la fin de l'Empire ou au début du haut Moyen Âge, les territoires des futurs Picardie-Artois-Flandre font plus ou moins partie (les sources sont ténues) du duché de Dentelin dont le centre se trouvait dans l'actuelle région Nord-Pas-de-Calais.