Photios ou Photius Ier de Constantinople (en grec Φώτιος / Phốtios ; en latin Photius), né vers 820, mort le 6 février 891 (ou 897), érudit et homme d'État byzantin, fut patriarche de Constantinople de décembre 858 à novembre 867, puis du 26 octobre 877 au 29 septembre 886. L’Église orthodoxe le compte au moins depuis la fin du Xe siècle parmi les saints et les Pères de l'Église : le Synaxaire de Constantinople mentionne sa fête à la date du 6 février.
Les Latins l'ont longtemps décrit comme le principal responsable du schisme du IXe siècle (aussi appelé « schisme de Photius »). Les travaux de l'historien et ecclésiastique catholique François Dvornik ont sur ce point rendu justice au patriarche, qui se réconcilia avec le pape Jean VIII. Son activité de savant fait également de lui une des personnalités les plus marquantes de l'époque byzantine.
Il appartenait à une famille noble de la capitale, proche du palais : le patriarche Taraise (784-806) était son grand-oncle du côté paternel ; son père Serge avait la dignité de spathaire ; sa mère s'appelait Irène. Il avait quatre frères : Serge et Constantin devinrent tous deux protospathaires, et Serge épousa une sœur de l'impératrice Théodora ; Taraise (destinaire de la Bibliothèque) fut patrice ; le plus jeune s'appelait Théodore. Son père, défenseur du culte des images, fut destitué et exilé sous le règne de Théophile ; c'est sans doute le « Serge le Confesseur » dont parle le codex 67 de la Bibliothèque, auteur d'une Histoire qui racontait les huit premières années du règne de Michel II (820-828), et revenait ensuite sur celui de Constantin V (741-775).
Sa date de naissance n'est pas connue : elle est antérieure à 828, et certaines estimations la font remonter jusqu'en 810, mais la majorité des recoupements pointe autour de 820.
Photius fut certainement instruit à Constantinople et acquit très jeune une vaste culture : dans sa Vie d'Ignace (hostile à Photius), Nicétas de Paphlagonie dit qu'il connaissait toutes les disciplines, grammaire et métrique, rhétorique et philosophie, médecine et presque toutes les autres sciences profanes, et qu'il l'emportait sur tous les autres savants de son temps, rivalisant même avec les anciens. Photius ne mentionne aucun de ses maîtres : sans doute parce qu'il se considérait comme essentiellement autodidacte, et aussi parce qu'ils devaient tous être iconoclastes. Léon le Mathématicien en fit certainement partie.
Il prodigua très tôt un enseignement, comme en témoigne la Vie de Constantin le Philosophe : « Constantin étudia Homère et la géométrie, et, avec Léon et Photius, la dialectique et les autres disciplines philosophiques ». Dans la lettre-préface de la Bibliothèque (écrite sans doute en 855), il évoque des séances de lecture et de commentaire de textes qu'il organisait pour des disciples et amis (dont son frère Taraise), à partir d'anciens manuscrits découverts dans des bibliothèques de la capitale et qu'apparemment on ne lisait plus guère. Léon le Mathématicien, lui rendant hommage dans une épigramme, et reconnaissant sa dette, l'appelle « professeur d'un vieillard » (γεροντοδιδάσκαλος, mot emprunté à Platon). C'est dans ces années de jeunesse qu'il composa son Lexique.
Vers 850, il fut nommé prôtoasèkrètis, c'est-à-dire chef de la chancellerie impériale, avec le rang nobiliaire de protospathaire. Cette promotion était liée en partie au mariage de son frère Serge avec Irène, la plus jeune sœur de l'impératrice-régente Théodora et de Bardas. En 855, il fut désigné pour participer à une ambassade auprès du calife de Bagdad, Jafar al-Mutawakkil, qui avait pour but de négocier un échange de prisonniers. L'ambassade partit probablement peu avant le meurtre du premier ministre Théoctiste (20 novembre 855), l'échange eut lieu en février 856, et les diplomates étaient de retour en avril, le mois suivant la déchéance de Théodora, le pouvoir étant désormais exercé par Bardas.
Le patriarche Ignace, ancien moine rigoriste, et proche de Théodora, entra vite en conflit avec Bardas, à qui il reprochait son inconduite et à qui il finit par refuser la communion devant toute la cour, à Sainte-Sophie, le jour de l'Épiphanie de 857. Finalement arrêté et exilé sur l'île de Térébinthe, il se fit extorquer par la force une lettre de démission (23 novembre 858). Bardas le remplaça par Photius, qui était pourtant un laïc, et à qui on conféra tous les grades ecclésiastiques en six jours, ce qui était une procédure en contradiction avec le droit canonique (particulièrement le 10e canon du concile de Sardique).
Dans une lettre à Bardas, Photius se plaint d'avoir été forcé par lui à prendre la charge de patriarche. Dans sa lettre synodique au pape Nicolas Ier, il affirme qu'il aurait préféré rester avec ses livres et ses élèves. Cette dernière lettre atteignit Rome au début de l'année 860. Nicolas Ier répondit qu'il était satisfait de la profession de foi du nouveau patriarche, mais qu'il était troublé par les circonstances de son avènement ; en conséquence, il envoyait deux légats, Rodoald de Porto et Zacharie d'Agnani, pour examiner les conditions du retrait du patriarche Ignace.
Les légats pontificaux accomplirent leur mission à Constantinople au début de l'année 861. Au terme du concile Prime-second réuni à Constantinople d'avril à septembre 861, ils admirent la validité du remplacement d'Ignace par Photius. Ils retournèrent à Rome accompagnés du secrétaire d'État Léon porteur de messages de Photius et de Bardas. Mais pendant ce temps les partisans d'Ignace, toujours détenu sur l'île de Térébinthe, s'organisaient ; l'archimandrite Théognoste, envoyé à Rome pour y défendre sa cause, y arriva en 862. Finalement Nicolas Ier, désavouant ses légats, trancha en faveur d'Ignace et envoya une lettre à Constantinople exigeant qu'il soit rétabli, la consécration de Photius étant une intrusion illégale. Un concile tenu au Latran en 863 confirma cette prise de position, et d'autre part les légats Rodoald et Zacharie, accusés de s'être laissé corrompre, furent dégradés et excommuniés en 864. Mais l'empereur Michel III et Bardas répondirent au pape par une fin de non-recevoir catégorique et des menaces ; Photius fut confirmé dans sa charge, et les conditions de détention d'Ignace durcies.
À cette querelle s'ajouta la rivalité des deux Églises latine et grecque pour l'évangélisation des Slaves : en 862, Rastislav, prince de Grande-Moravie, vassal du roi franc Louis le Germanique dont il voulait s'émanciper, envoya une ambassade à Michel III pour demander des missionnaires byzantins ; Photius chargea Constantin et Méthode de la mission ; ceux-ci entrèrent en compétition avec le clergé franc déjà installé. En 864, les Byzantins obtinrent également la conversion au christianisme de Boris, khan des Bulgares, mais celui-ci voulait une Église autocéphale avec un patriarche propre, et devant le refus de Photius, il se tourna vers le pape en lui adressant une longue liste de questions sur la religion chrétienne (août 866). Nicolas Ier lui fit 106 réponses détaillées sur les points soulevés et lui envoya une équipe de missionnaires dirigée par les évêques Paul de Populanie et Formose de Porto. Boris prêta un serment de fidélité à la papauté.
À Constantinople, Michel III avait fait assassiner son oncle Bardas par son parakimomène Basile le Macédonien le 21 avril 866, et le gouvernement était très affaibli. Mais Photius réagit à la défection des Bulgares en convoquant un synode à l'été 867. Il y déclara la papauté et l'Église latine hérétiques sur plusieurs points, notamment : l'ajout du Filioque au Credo, l'exclusion des hommes mariés du sacerdoce, le jeûne du samedi, l'usage de pain azyme pour l'eucharistie. Il fit proclamer la déposition et l'excommunication du pape Nicolas Ier.
Mais le 23 septembre suivant, Basile le Macédonien fit assassiner Michel III et s'empara du pouvoir. Voulant s'appuyer sur les opposants à son prédécesseur, il dut montrer rapidement sa résolution de lâcher Photius. Le 26 octobre, fête de saint Démétrios, le patriarche critiqua durement en chaire les meurtres commis par Basile et lui refusa la communion. Quelques jours après, il fut arrêté et enfermé au monastère de la Sképè. L'amiral Hélias fut envoyé sur l'île de Térébinthe pour délivrer Ignace et le ramener entouré des plus grands honneurs au patriarcat. D'autre part, ne voyant pas d'avantage à poursuivre un schisme avec la papauté, d'autant plus qu'il recherchait l'alliance de l'empereur Louis II pour reprendre la Sicile et Bari aux Arabes, Basile dépêcha le spathaire Euthyme à Rome pour négocier avec le nouveau pape Adrien II les termes d'une réconciliation.