Ce Jour-là

Philippicos

Empereur byzantin de 711 à 713

Anúncio

Philippicos (ou Philippicus, parfois Philippique ; en grec : Φιλιππικός) est brièvement empereur et usurpateur byzantin du 11 décembre 711 au 3 juin 713. De son vrai nom Bardanès ou Vardanis (Βαρδάνης, arménien Վարդան), il est d'une famille arménienne de haut rang au service de ses prédécesseurs.

Général sous Justinien II, affichant des prétentions impériales, il est exilé, d'abord sous Tibère III puis lors du second règne de Justinien. C'est lors de ce nouvel exil qu'il est placé à la tête d'une sédition partie de la possession éloignée de Cherson, en Crimée byzantine. De là, il parvient à prendre Constantinople et à mettre à mort son prédécesseur.

Son court règne de dix-sept mois ravive les controverses christologiques dans un contexte d'atermoiements croissants de la posture des empereurs sur les questions théologiques. Au-delà, il ne parvient guère à contrecarrer les périls extérieurs qui menacent son Empire, avec l'intensification des raids des Omeyyades en Anatolie et la pression des Bulgares en Thrace.

Au printemps 713, une révolte militaire met fin à son règne fragile mais c'est un civil qui profite des troubles pour s'emparer du pouvoir, en la personne d'Anastase II.

Le règne de Philippicos intervient à une période de relative pauvreté des sources textuelles. Théophane le Confesseur est le principal auteur à couvrir cette époque, même s'il écrit bien après la mort de Philippicos. Sa chronique et celle bien postérieure de Michel le Syrien le présentent comme un homme cultivé et éloquent. Théophane souligne même le contraste entre l'intelligence de ses discours et l'indignité de son comportement, le jugeant notamment coupable d'adultère et d'hérésie. Les sources lui sont généralement hostiles en raison de son adhésion au monothélisme, une doctrine jugée hérétique par ses contemporains et plus encore par les érudits ultérieurs. Nicéphore Ier de Constantinople lui consacre quelques passages dans son Breviarium, partageant vraisemblablement le même matériau de base que Théophane, désormais perdu mais sûrement écrit par un contemporain de Philippicos. Au regard des avis tranchés de Nicéphore et surtout de Théophane à l'encontre de Philippicos, cette source disparue lui serait hostile.

En revanche, Judith Herrin a mis en exergue une autre source : le Parastaseis syntomoi chronikai, un texte anonyme qui s'attarde sur diverses constructions et statues de Constantinople mais qui éclaire parfois certains pans de l'histoire byzantine. Recueil de textes divers, vraisemblablement composés au VIIIe siècle voire sous Philippicos pour certaines parties, il est particulièrement favorable à l'empereur, décrit comme bon, presque naïf. Il aurait été manipulé pour promouvoir le monothélisme, comme une manière de le disculper de son hérésie. Selon une hypothèse tracée par Benjamin Anderson, cette magnanimité s'expliquerait par l'origine sociale des auteurs de ce texte, issus de la vieille aristocratie combattue par Justinien II, que Philippicos renverse, devenant ainsi un allié de cette classe sociale.

Comme souvent dans l'histoire byzantine, des perspectives extérieures à l'Empire peuvent être convoquées, comme Michel le Syrien, auteur syriaque du XIIe siècle dont l'avis sur Phlippicos est plutôt pondéré ou Movsès Kaghankatvatsi qui écrit depuis un point de vue arménien et permet d'appréhender plus précisément les relations entre l'Empire et les peuples du Caucase à cette époque. Quant aux affaires occidentales, notamment les relations avec la papauté, elles peuvent être éclairées par le Liber Pontificalis.

Il est souvent considéré par les historiens modernes comme un Arménien sur la base de son prénom d'emprunt Bardanès (une forme hellénisée de « Vardan »). Celui-ci pousse d'ailleurs le généalogiste Christian Settipani à rattacher Bardanès à la famille Mamikonian à travers son père Nicéphore, patrice en 668, l'année de sa mort, fils de Bardanios, consul et de sa femme, une fille inconnue de Valentin, et petit-fils d'Artabasde et de sa femme — fille du général Philippicos et de sa femme Gordia —, issue d'une colonie arménienne à Pergame, ce dernier[Qui ?] peut-être le fils de Vardan III Mamikonian. Toutefois, selon l'historienne de l'Arménie médiévale, Nina Garsoïan, la thèse de la descendance de Bardanès et d'autres nobles arméno-byzantins des Mamikonian aussi « attrayante qu'elle soit […] ne peut être prouvée, faute de sources ». Par ailleurs, Wolfram Brandes réfute aussi la thèse d'une origine de Pergame. Il estime qu'il s'agit d'une mauvaise interprétation d'un écrit d'Agathon le Diacre, dans lequel il faut plutôt lire que Nicéphore, le père de Philippicos, est d'origine persarménienne, donc des provinces arméniennes traditionnellement du ressort de la Perse. Quoi qu'il en soit, Philippicos semble le premier exemple d'un notable arménien qui parvient à s'élever jusqu'au sommet de la hiérarchie impériale byzantine.

Prétentions impériales et révolte

Si les origines et les premières années de Philippicos sont largement méconnues, Théophane rapporte une prédiction que lui aurait faite un ermite du monastère de Kallistratos, vraisemblablement lors du premier règne de Justinien II. Il lui aurait garanti une destinée impériale, de même qu'il l'aurait incité à revenir sur le sixième concile. À deux reprises, en 695 lors de la révolte de Léonce puis en 698 lors de celle de Tibère III Apsimar, il s'étonne que d'autres accèdent à la pourpre avant lui, mais l'ermite l'aurait poussé à la patience. Toutefois, Philippicos aurait évoqué à d'autres cette ambition impériale, à tel point que Tibère III en a des échos et préfère l'exiler à Céphalonie, non sans l'avoir fait fouetter et tonsurer. Il est d'ailleurs possible qu'il ait subi un jugement vers 703, mentionné sans date précise par le Parastaseis. C'est seulement au retour de Justinien en 705 qu'il revient d'exil.

Bardanès apparaît dans les sources plus explicitement en 710, au moment de la révolte de Cherson, possession impériale en Crimée. L'enchaînement des événements est assez complexe puisque Justinien essaie d'abord de chasser les Khazars qui ont occupé la ville. La flotte qui se rend dans la région est dirigée par Mauros et Étienne Asmiktos mais comprend d'autres officiers dont Bardanès, peut-être pour y être exilé, et le spathaire Hélias. Les chroniqueurs qui lui sont hostiles se plaisent à rapporter une féroce entreprise de répression à l'égard de la ville, qui est laissée sous le gouvernement d'Hélias. Il est plus probable que l'empereur ait cherché à châtier ceux de l'élite locale qui ont pu coopérer avec les Khazars. Or, dès que la flotte impériale repart, visiblement sans Bardanès, certains habitants ainsi qu'Hélias se tournent à nouveau vers les Khazars, obligeant Justinien à renvoyer une flotte, dirigée par le patrice Georges et l'éparque Jean, mais ceux-ci tombent dans un piège et sont exécutés. Il est probable que la ville s'attende à nouveau à être attaquée et préfère alors entrer en sédition ouverte. Elle se tourne vers Bardanès comme candidat à l'Empire, probablement en septembre 711. Selon Mikaël Nichanian, un tel choix s'explique par le statut d'opposant politique de Bardanès, son origine proche des milieux aristocratiques et une possible expérience militaire assez solide.

Pendant l'été, Justinien II envoie une nouvelle flotte sous le commandement du patrice Mauros. Celle-ci, en arrivant, aurait provoqué la fuite de Bardanès chez les Khazars. Dans le même temps, les Arabes attaquant sur la frontière orientale, Justinien quitte lui-même la capitale à la tête d'une armée qui atteint Sinope. Mais à Chersonèse Bardanès s'entend avec le khagan des Khazars, et Mauros se retrouve dans l'incapacité évidente de se rendre maître de la ville, laquelle obtient des Khazars qu'ils laissent partir Bardanès, semble-t-il contre une importante somme d'argent. Craignant de retourner affronter la colère de Justinien II, Mauros change de camp, et lui et sa troupe proclament aussi Bardanès empereur sous le nom de Philippicos, un patronyme grec jugé plus digne d'un prétendant à l'Empire. Probablement en octobre, la flotte fait voile pour Constantinople.

Anúncio

Bientôt sur l'application World in Stories

Audio, téléchargement hors ligne, sans publicité et plus.

Découvrir Premium
Philippicos | World in Stories