Ce Jour-là

Philippes

Site archéologique situé en Macédoine-Orientale-et-Thrace, ville fondée par Philippe II en 356 av. J.-C, Grèce

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Philippes (en grec ancien : Φίλιπποι / Phílippoi) est une ville antique fondée par le roi de Macédoine Philippe II en 356 av. J.-C., abandonnée au XIVe siècle après la conquête ottomane, aujourd'hui un site archéologique situé dans le nome de Kavala en Grèce.

Modeste fondation macédonienne, Philippes occupe une place notable dans l'Histoire en raison de deux événements majeurs : la bataille de Philippes en octobre 42 av. J.-C. et la prédication paulinienne en 49 ou 50. Les héritiers de Jules César en font une colonie romaine sur la via Egnatia, peuplée de vétérans italiens. Le passage de l'apôtre Paul — et son martyre à Philippes selon certains historiens grecs modernes — induisent durant l'Antiquité tardive l'édification de vastes basiliques, peut-être centres de pèlerinage. Durement touchée par un séisme au début du VIIe siècle, la cité se couvre de ruines. Elle subit par la suite d'éphémères occupations bulgare, latine et serbe, alternant avec des retours de la domination byzantine, jusqu'à la conquête ottomane au XIVe siècle, suivie de son abandon complet.

Redécouverte par des érudits au XIXe siècle, Philippes, rattachée à la Grèce en 1913, est progressivement fouillée par les archéologues de l'École française d'Athènes, puis par leurs homologues grecs, qui mettent au jour le théâtre, le forum monumental du IIe siècle et une série d'églises paléobyzantines.

L'Église de Grèce a fait de Philippes un lieu de commémoration paulinienne. En 2016, le site archéologique est le dix-huitième site grec inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO.

Restée une petite cité durant l'Antiquité et le Moyen Âge, Philippes est rarement citée dans les textes anciens, sauf pour deux moments historiques, la bataille de Philippes en 42 av. J.-C., et vers 50 ap. J.-C. la prédication de Paul de Tarse.

Elle est essentiellement connue par les fouilles archéologiques conduites depuis juin 1914 par l'École française d’Athènes, puis, à partir de la fin des années 1950, par l'université de Thessalonique et le service archéologique de la Grèce. Les explorations concernent une aire plus étendue que celle de Pompéi (63,5 hectares à Pompéi contre 67 hectares dont seulement 40 hectares environ étaient constructibles en raison du relief pentu, et à peine un cinquième est exploré par les archéologues). Le site est à l'abandon depuis treize siècles et a été épargné par les reconstructions modernes ce qui facilite les recherches, mais il empile les niveaux de diverses époques, puis est dévasté, ayant longtemps servi de carrière pour les villages voisins, ce qui complexifie la compréhension historique.

L'épigraphie est une autre source d'informations historiques sur Philippes. Patiemment alimenté par plus d'un siècle de relevés sur la cité et son territoire, le corpus épigraphique compte en 2014 près de 1500 inscriptions latines et grecques, en majorité de la période romaine. C'est en nombre le corpus le plus riche des colonies romaines de la partie orientale de l'Empire, rivalisant avec ceux des colonies de Corinthe et d'Antioche de Pisidie, villes pourtant plus importantes.

Origines macédoniennes et hellénistiques

Philippes est établie sur le site de la colonie thasienne de Crénidès, au pied d'une avancée du mont Lékani, un massif au sud des Rhodopes, en bordure nord du marais qui occupait dans l'Antiquité toute la plaine. Au sud de cette plaine s'élève le mont Pangée, et les collines du Symbolon barrent l'écoulement des eaux vers la mer. La cité est implantée sur une terrasse naturelle au pied d'une éminence isolée qui culmine à près de trois cents mètres d'altitude et domine la plaine. Cette colline de forme conique, et allongée selon une direction sud-est nord-ouest, est l'acropole de Philippes, formée d'une masse rocheuse grise de marbre blanc à la cassure, matériau exploité dès l'Antiquité par plusieurs carrières pour la construction de la cité et de ses fortifications.

Le philosophe Théophraste, élève d’Aristote, écrit au IIIe siècle av. J.-C. au livre V de son ouvrage Causes des plantes qu’« à Philippes autrefois l’air était lourd ; il l’est beaucoup moins depuis que le terroir a été asséché et est devenu tout entier cultivable. L’air est plus léger pour deux raisons conjointes : l’assèchement et la mise en culture. En effet, la friche est plus froide et l’air y est plus lourd. À cause de la végétation qui empêche la lumière du soleil de passer et l’air de circuler et parce qu’elle est pleine d’eau qui suinte et stagne. C’est ainsi autour de Crénidès quand les Thraces l’occupaient ; toute la plaine était couverte d’étangs et d’arbres ».

Appien décrit le site au Ier siècle av. J.-C. comme suit : « Philippes est une cité qui portait anciennement le nom de Datos, et avant celui-ci, le nom de Crénidès, à cause du grand nombre de sources d'eau vive (ϰρῆνας) qui sortent de l'éminence sur laquelle elle est élevée. […] Elle est située sur un tertre assez escarpé, et sa grandeur est exactement celle du sommet de ce tertre. Du côté du nord, elle est couverte par les bois […]. Du côté du midi est un marais qui règne jusqu'à la mer. À l'orient, elle a les gorges des Sapéens et des Corpiles. À l'occident, une plaine qui s'étend jusqu'à Murcinum et Drabiscum, et jusqu'au fleuve Strymon, sur un espace de trois cent cinquante stades, et sur un terrain fécond et d'un beau coup d'œil ».

Philippes est une fondation du roi de Macédoine, Philippe II, en 356 av. J.-C., sur le site de Crénidès. L'objectif de cette fondation était autant de prendre le contrôle des mines d’or et d'argent du mont Pangée que d'établir une garnison sur un point de passage stratégique : le site contrôle la route entre Amphipolis et Néapolis, un segment de la grande route royale qui traverse d'est en ouest la Macédoine et qui sera plus tard reconstruite par les Romains sous le nom de via Egnatia. Philippe II dote la nouvelle ville de fortifications importantes, qui barrent en partie le passage entre les marais et l'Orbèlos, et y envoie de nombreux colons. La découverte de nouvelles mines d'or aux environs de la ville, à Asyla, contribue à l'enrichissement du royaume de Philippe II qui y établit un atelier monétaire. Toutefois, selon l'étude de Victor Martin sur la durée d'exploitation de ces mines, elles furent rapidement épuisées, et la frappe monétaire ne semble pas aller au-delà de 344 av. J.-C., ramenant la richesse de la cité à son terroir agricole.

Philippes est une cité indépendante alliée du royaume de Macédoine. D'après les inscriptions datées de la période grecque, elle dispose de son propre calendrier aux noms de mois dérivés des Douze Dieux, différent du calendrier macédonien, elle a ses propres institutions politiques, avec entre autres un prêtre éponyme, un archonte assisté d'autres magistrats, sa salle du Conseil, son trésorier. Elle n'est intégrée à ce royaume que dans les dernières années de règne de Philippe V, ou sous son successeur Persée.

Les vestiges archéologiques de la ville datés de façon certaine de l'époque macédonienne et hellénistique sont rares, ce qui entretient l'incertitude sur l'allure exacte de la ville dans ses premiers siècles d'existence. La trame urbaine se devine par des marques ténues repérées par des sondages dispersés : des maisons aux fondations grecques, une marque de carrefour dédiée à Apollon indiquent des tracés de rues et suggèrent un lotissement initial de la fondation macédonienne en îlots rectangulaires, aux dimensions estimées à 27 × 82,9 mètres, perpendiculaires à la route qui traverse la cité . Les monuments qui, dans leur état initial, remontent à cette période sont l'enceinte, le théâtre, les fondations d'une maison sous le forum romain, un petit temple et surtout une tombe macédonienne, conservée entre l'église cathédrale et son baptistère, interprétée comme un hérôon hellénistique (temple consacré à un héros).

La ville reste malgré tout de taille modeste ; et lorsque les Romains détruisent définitivement le royaume de Macédoine en 167 av. J.-C. pour le diviser en quatre entités distinctes appelées mérides, c'est Amphipolis et non Philippes qui devient la capitale de la première méris.

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