Philippe de Valois, né en 1293 et mort le 22 août 1350 à Nogent-le-Roi est roi de France de 1328 à sa mort sous le nom de Philippe VI, dit « le Fortuné » ou « le Catholique », est le premier roi de la maison de Valois, issue de la branche cadette de dynastie capétienne fondée par son père Charles de Valois, frère cadet de Philippe IV le Bel.
Son accession au trône en 1328 découle d'un choix politique, à la suite de la mort bébé et sans frère de Jean Ier le Posthume en 1316, puis des oncles de ce dernier, Philippe V et Charles IV, tous deux sans progéniture masculine survivante, afin d'éviter que la couronne de France ne passe dans les mains de la maison Plantagenêt régnant sur l'Angleterre et le duché d'Aquitaine.
S'il accède à la tête de l'État le plus puissant d'Occident, Philippe VI manque de moyens financiers, ce qu'il tente de compenser par la manipulation de la monnaie et des impôts supplémentaires, lesquels ne sont acceptés qu'en période de guerre. Il doit assoir au plus vite sa légitimité. Il le fait en restaurant l'autorité royale en Flandre en y écrasant la rébellion lors de la bataille de Cassel, le 23 août 1328, au cours de laquelle furent tués et massacrés 16 000 artisans et paysans révoltés contre le comte de Flandre. Par une habile politique diplomatique et matrimoniale, il contribue à augmenter l'influence du royaume à l'est du royaume de France. Il rachète le Dauphiné pour le compte de son petit-fils, remarie son fils à une héritière potentielle de la Bourgogne et prend une option sur le comté de Provence.
En conflit avec Édouard III d'Angleterre, Philippe finit par obtenir de celui-ci l'hommage pour la Guyenne, mais leurs intrigues pour le contrôle des Flandres, l'alliance franco-écossaise et la nécessité de justifier les impôts supplémentaires conduiront à la guerre de Cent Ans.
Celle-ci commence de manière larvée, aucun des deux rois n'ayant suffisamment de ressources pour soutenir ses ambitions. La guerre se mène par alliés interposés, hormis en Guyenne où les forces françaises assiègent Bordeaux, mais doivent renoncer, faute de vivres. De la même manière, si la flotte française est en grande partie détruite à la bataille de L'Écluse en 1340, Édouard III ne peut concrétiser cette victoire sur terre, et l'alliance germano-anglaise qu'il a organisée se disloque, faute de pouvoir tenir ses promesses pécuniaires.
Après la mort du duc Jean III de Bretagne, en avril 1341, un conflit successoral oppose Jean de Montfort à Charles de Blois pour la succession de Bretagne. Philippe VI arbitre en faveur de son neveu, Charles de Blois. Jean de Montfort s'allie aux Anglais, qui débarquent à Brest en 1342 et qui occuperont l'ouest de la Bretagne jusqu'en 1397.
Toutefois, le véritable tournant du conflit a lieu en juin 1344, quand Édouard III obtient du Parlement anglais des ressources fiscales importantes pour deux ans. Philippe ne peut répondre qu'en recourant à des mutations monétaires, qui entraînent des dévaluations très impopulaires car elles déstabilisent l'économie. Fort de ses ressources financières, Édouard III est capable d'attaquer en force sur au moins deux fronts. Il regagne du terrain en Aquitaine et surtout inflige une défaite écrasante à Philippe à la bataille de Crécy le 26 août 1346. Ce dernier n'a plus les moyens d'empêcher le roi d'Angleterre de prendre Calais, après onze mois de siège, le 3 août 1347.
Philippe VI meurt en 1350, complètement discrédité et en pleine épidémie de la Grande peste.
Philippe VI est le fils aîné de Charles de Valois, frère cadet du roi Philippe le Bel, et de Marguerite d'Anjou. Il est donc cousin germain des trois fils de Philippe le Bel (Louis X, Philippe V et Charles IV), lesquels se succèdent sur le trône de France entre 1314 et 1328.
Philippe de Valois se marie en juillet 1313 avec Jeanne de Bourgogne.
En 1320, accompagné des dernières bandes de pastoureaux, il part aider le pape contre les troupes guelfes pro-viscontiennes du seigneur de Milan Mathieu. Il rencontre les troupes lombardes à Sesia, en août 1320, et, devant leur nombre, hésite près d'un mois puis préfère s'en retourner en France.[réf. souhaitée]
Régence et avènement au trône de France
Pour comprendre l'accession de Philippe VI au trône de France au détriment d'Édouard III, il faut remonter à 1316. Cas inédit depuis Hugues Capet, Louis X meurt sans héritier mâle connu, son épouse étant enceinte du futur Jean Ier : l'héritier direct du royaume de France se trouve donc être Jeanne de Navarre, la fille de Louis X, encore mineure. La décision qui est prise à ce moment est très importante, car elle devient coutume et sera à nouveau appliquée lorsque la question dynastique se posera en 1328. L'infidélité avérée de la reine Marguerite fait planer le risque qu'un prétendant au trône, pour légitimer sa révolte, ne prenne pour prétexte que la reine fût bâtarde. Le puissant Philippe de Poitiers, chevalier aguerri et formé par son père au métier de roi, s'impose comme régent à la mort de son frère Louis X le Hutin. À la mort de Jean le Posthume, il est considéré par les grands comme le plus apte à gouverner et se fait sacrer roi de France, consacrant l'éviction de Jeanne : si le choix du monarque français se fonde sur l'hérédité et le sacre, l'élection peut reprendre ses droits en cas de problème.
Après le court règne de Philippe V, mort sans héritier mâle, c'est son plus jeune frère, Charles IV, qui, bénéficiant du précédent de son aîné, ceint à son tour la couronne. Malgré ses mariages successifs, Charles IV est toujours sans fils pour lui succéder lorsqu'il meurt à Vincennes le 1er février 1328. Jeanne d'Évreux, sa veuve, étant enceinte, on attend avec impatience de savoir quel sera le sexe de l'enfant. Philippe de Valois est choisi comme régent et a donc de grandes chances de devenir roi s'il s'avère que c'est une fille. Il profite de la régence pour neutraliser ses éventuels rivaux les plus menaçants, les Évreux-Navarre. La reine Jeanne d'Évreux accouche d'une fille, Blanche le 1er avril 1328. Quand le troisième et dernier fils de Philippe le Bel meurt sans descendant masculin, la question dynastique est la suivante : Jeanne de Navarre n'a pas encore de fils (Charles de Navarre ne naît que quatre ans plus tard), Isabelle de France, dernière fille de Philippe le Bel, a un fils, Édouard III, roi d'Angleterre. Peut-elle transmettre un droit qu'elle ne peut elle-même exercer selon la coutume fixée dix ans plus tôt ?
Édouard III pourrait être candidat, mais c'est Philippe de Valois qui est choisi. Il est le fils de Charles de Valois, frère cadet de Philippe le Bel et descend donc par les mâles de la lignée capétienne.
Il s'agit d'un choix géopolitique et une claire expression d'une conscience nationale naissante : le refus de voir un éventuel étranger épouser la reine et diriger le pays. Les pairs de France refusent de donner la couronne à un roi étranger, suivant la même logique de politique nationale que dix ans auparavant. Philippe de Valois cesse de porter le titre de régent des royaumes de France et de Navarre et devient roi de France. Le dimanche 29 mai 1328, il est sacré à Reims par l'archevêque Guillaume de Trie. En tant que duc d'Aquitaine, Édouard III, pourtant pair de France, n'assiste pas à la cérémonie. La nouvelle ne surprend pas en Angleterre, seule Isabelle de France, qui est fille de Philippe le Bel, proteste de cette décision qui prive son fils de la couronne. Elle envoie deux évêques à Paris pour réclamer l'héritage de son fils, mais ceux-ci ne sont même pas reçus. En outre, le Parlement anglais, réuni en 1329, déclare qu'Édouard n'a pas de droit à la couronne et doit prêter l'hommage pour l'Aquitaine. De la même manière, Jeanne de Navarre, qui avait été évincée en 1316, reste candidate en 1328, son fils Charles qui est le descendant mâle le plus direct de Louis X ne naît qu'en 1332 et ne peut a fortiori être candidat.
Succession de Navarre, Brie et Champagne
À sa majorité, Jeanne aurait dû confirmer sa renonciation à la Navarre, à la Champagne et à la Brie. Philippe le Bel détenait ces terres de sa femme Jeanne Ire de Navarre et Jeanne se trouve être leur descendante et héritière directe (dans ce cas, le roi tenant ces terres par les femmes ne peut contester que leur transmission se fasse par les femmes). Jeanne est mariée à Philippe d'Évreux (héritier de la Couronne si la branche des Valois s'éteignait) et peut compter sur le soutien inconditionnel des barons navarrais qui refusent que le royaume ne soit qu'une annexe gouvernée à distance par le roi de France. Contre Philippe d'Évreux et sa femme, il y a les filles de Philippe V et de Charles IV qui ont tous deux été rois de Navarre. Elles rappellent n'avoir jamais renoncé même provisoirement à leur héritage et surtout n'avoir reçu aucune indemnisation. Elles ont elles aussi leurs champions. L'aînée des filles de Philippe V a épousé Eudes, duc de Bourgogne, qui met son influence dans la balance. Sa mère était fille de saint Louis, le couple n'est donc pas à prendre à la légère. Quant aux enfants du dernier roi, ils ont pour champion leur propre mère, la reine Jeanne d'Évreux. On voit donc là réapparaître cette famille d'Évreux qui est la première branche collatérale de la maison de France mais porte également les couleurs des Capétiens directs.