Philippe Sarde, né le 21 juin 1948 à Neuilly-sur-Seine, est un compositeur français de musique de film.
Il est le frère aîné du producteur Alain Sarde.
Son père, Henri Sarde, exerce la profession d'antiquaire tandis que sa mère, Andrée Gabriel, est chanteuse à l'Opéra de Paris. Il a deux frères : Frédéric et le futur producteur de cinéma Alain Sarde. Philippe Sarde a également pour parrain Georges Auric qui était à l'époque directeur de l'Opéra où il accompagne très tôt sa mère aux répétitions et cherche à imiter le chef d'orchestre en utilisant un spaghetti comme baguette. Son père l'inscrit dès son plus jeune âge à des cours de solfège, et à 5 ans, il apprend le piano avec Odette Delamarre (qui fut l'assistante de Jeanne-Marie Darré). En 1955, il entre au Conservatoire de Paris. Puis, pendant neuf ans, il prend des cours d'harmonie, de contrepoint, de fugue et de composition avec Noël Gallon (qui enseigna également à d'autres musiciens renommés comme Michel Legrand ou Henri Dutilleux). Plus tard, il se perfectionne auprès de Georges Auric qui lui apprend les rudiments de la musique de film et l'écriture de thèmes. Tout jeune, il s'intéresse aussi énormément au cinéma et collectionne des bobines de vieux films français oubliés, comme Fantômas (1947) de Jean Sacha, avec Simone Signoret.
À 17 ans, il réalise Florence, un court-métrage noir et blanc en 35 mm dont il compose la musique et demande à Vladimir Cosma de l'aider à l'orchestrer. Il hésite alors entre la réalisation cinématographique et la musique. Après avoir demandé à cinquante personnes de son entourage de visionner son court-métrage, et à la suite de leurs réflexions admiratives sur ses talents de musicien, il décide d'opter pour une carrière de compositeur de cinéma.
En 1969, il rencontre Claude Sautet qui lui propose de signer la musique de son film Les Choses de la vie grâce à une recommandation de son producteur qui avait vu le fameux court-métrage du jeune musicien, et à la suite du désistement de Georges Delerue qui avait signé la musique d'un des précédents films du réalisateur. Le cinéaste est d'emblée touché par la mélodie au piano écrite en La mineur que le musicien a imaginée comme thème principal pour son film. En larmes, il lui confie que c'est exactement ce qu'il désirait. Avec le parolier Jean-Loup Dabadie, Philippe Sarde prévoit aussi une chanson d'après le thème principal qu'il souhaite confier aux comédiens Romy Schneider et Michel Piccoli dans une version simplifiée au niveau de l'instrumentation. Par crainte qu'elle ne fasse vieillir le film, La Chanson d'Hélène ne figure pas dans le long-métrage finalisé mais a néanmoins fait l'objet d'un 45 tours à l'époque.
Écrite en un mois seulement pour quelque 70 musiciens avec une orchestration signée Jean-Michel Defaye qui comporte des cordes divisées, des cors et un piano, la bande originale des Choses de la vie est le premier coup de maître d'un compositeur alors seulement âgé de 20 ans.
Parallèlement, il écrit deux chansons pour la chanteuse Régine dont le tango J'ai la boule au plafond qui obtient un grand succès. De fil en aiguille, celle-ci lui demande d'écrire la musique d'un film dont elle serait la vedette et qu'Alain Delon produirait. Ce sera Sortie de secours sorti en salles juste après Les choses de la vie. Après celle du film de Sautet, la musique de Sortie de secours contient déjà tout ce que le compositeur développera dans ses travaux ultérieurs : un thème musical principal qui retient immédiatement l'attention, des airs de jazz ou des rengaines à l'accordéon pour les musiques entendues dans le film lui-même (qu'on appelle aussi « musiques de source » ou intradiégétiques) et de surcroît un goût osé pour l'expérimentation audible dans des pistes de free jazz comme Hôtel des Familles voire de musique contemporaine, très en vogue depuis la fin des années 1960 au cinéma. Cela s'entend particulièrement sur des morceaux comme Messe noire ou Square des innocents. C'est le réalisateur Roger Kahane lui-même qui a voulu ce type d'expérimentations afin d'illustrer la scène finale qui décrit la dérive d'une actrice ratée sombrant dans la mythomanie.
Fort de l'expérience acquise avec ces deux longs-métrages très différents, Philippe Sarde réalise la « fragilité de ce métier » et que la réussite de la musique d'un film dépend étroitement du bon fonctionnement de ce dernier, c'est le début d'une longue carrière.
Philippe Sarde a la réputation d'être un professionnel fidèle en amitié et, outre Claude Sautet, il va développer une collaboration très suivie avec certains cinéastes, dont André Téchiné, Jacques Doillon, Pierre Granier-Deferre, Georges Lautner, Marco Ferreri, Laurent Heynemann ou Bertrand Tavernier. Il est très rare qu'un seul musicien parvienne à fidéliser plusieurs metteurs en scène simultanément comme l'a fait Philippe Sarde et cette situation apparaît comme presque unique en France. Certains d'entre eux comme Bertrand Tavernier, Yves Boisset, Alain Corneau ou Nadine Trintignant ont témoigné de son caractère entier, de son regard toujours pertinent sur le montage des films, ou sur la place réservée à la musique voire aux silences quand les notes ne sont pas nécessaires. Cette relation privilégiée avec les cinéastes, mais aussi avec certains acteurs comme Alain Delon qui a travaillé à sept reprises avec le musicien, a parfois entraîné des jalousies, de la méfiance de la part de certains producteurs comme Ralph Baum ou encore des critiques assassines comme celles de l'historien du cinéma Alain Garel qui, sans les nommer explicitement, fustige les musiciens les plus populaires des années 1970 et 1980 (essentiellement Philippe Sarde et Vladimir Cosma) en les accusant de n'être que des « bons techniciens », écrivant de simples « musiquettes », et dénonçant une régression vers le « concept archaïque » de musique d'accompagnement lorsque ces derniers font travailler de grands solistes de jazz.
Depuis plusieurs années, quelque peu déçu par le cinéma français, il a considérablement ralenti sa cadence. Il n'accepte plus que des projets qui lui tiennent à cœur et se consacre prioritairement à des œuvres plus confidentielles comme certains films d'auteurs de réalisateurs français (ceux du jeune Louis Garrel ou du vétéran Jacques Doillon) voire italiens (Paolo Franchi). Néanmoins, il continue de travailler pour des films plus accessibles, dont les deux derniers longs-métrages de fiction de Bertrand Tavernier, La Princesse de Montpensier et Quai d'Orsay.
Mais depuis 2010, le nom de Philippe Sarde n'apparaît pas ou plus au générique des films. Ses réalisateurs de prédilection ont disparu : Lautner, Ferreri, Granier-Deferre, Boisset. Quant à Jacques Doillon et André Téchiné, ils semblent moins faire appel à lui, préférant se tourner vers des musiciens issus de la nouvelle génération .
Le succès de sa musique pour le film Tess et sa proposition pour l'Oscar de la meilleure musique en 1981 lui ouvrent les portes de Hollywood avec le film Le Fantôme de Milburn.
Néanmoins, Philippe Sarde souhaite conserver ses pratiques professionnelles, notamment la maîtrise du choix des orchestrateurs ou la possibilité de se diversifier sans se cantonner à un certain style. C'est pour cette raison que, contrairement à ses illustres aînés tels Georges Delerue ou Maurice Jarre, le compositeur ne mènera qu'une carrière timide aux États-Unis.
Philippe Sarde est l'un des rares compositeurs de musique de film à n'avoir travaillé quasiment que pour l'écran. Ne parvenant pas à composer pour lui-même et ayant absolument besoin des autres, il n'a jamais écrit de musique destinée au concert (opéras, symphonies ou concertos), même s'il a parfois joué sur scène en tant que pianiste notamment lors du septième Festival du Cinéma et Musique de Film de la Baule duquel il était l'invité d'honneur en 2021.
Curieusement, et malgré sa grande facilité à composer des mélodies pour des chansons destinées à de multiples interprètes, le compositeur n'a jamais ressenti le besoin d'écrire des comédies musicales, y compris pour le cinéma. À ce sujet, il a affirmé qu'il aimait « bien en regarder » mais que ça lui avait « toujours semblé ridicule en France, à part quelques-unes déjà faites et réussies ».