Philippe Pinel, né le 20 avril 1745 à Jonquières (Tarn) et mort le 25 octobre 1826 à Paris, est un savant français : médecin renommé comme aliéniste, précurseur de la psychiatrie et accessoirement zoologiste.
Il œuvre pour l'abolition de l'entrave des malades mentaux par des chaînes et, plus généralement, pour l'humanisation de leur traitement. Toutefois le geste par lequel il aurait ôté leurs chaînes à des aliénés est une fiction inventée par son fils. Il travailla notamment à l'hôpital Bicêtre.
On lui doit la première classification des maladies mentales. Il a exercé une grande influence sur la psychiatrie et le traitement des aliénés en Europe et aux États-Unis.
Après la Révolution française, le docteur Pinel bouleverse le regard sur les fous (ou « aliénés ») en affirmant qu'ils peuvent être compris et soignés. Il préconise le « traitement moral » du malade qui préfigure nos psychothérapies modernes. Proche de la société des Idéologues, il publie en 1801 son Traité médico-philosophique sur l'aliénation mentale, marqué par l’influence de Condillac.
Fils de Philippe François Pinel, un chirurgien peu fortuné, et d'Elisabeth Dupuy, il fait ses études classiques au collège de Lavaur (Tarn) chez les oratoriens. Puis il entre chez les doctrinaires au Collège de l'Esquile à Toulouse, qu'il quitte en 1767 pour la faculté de théologie. Imprégné de latin et de religion, il quitte toutefois la soutane en 1770, sans avoir prononcé de vœux, ni reçu les ordres mineurs.
Il commence ses études médicales à Toulouse pour être reçu docteur en 1773. Il va à Montpellier en 1774 où il sympathise avec Jean Antoine Chaptal, étudie la nosographie de François Boissier de Sauvages et suit l'enseignement de Paul-Joseph Barthez. Puis il part pour Paris en 1778.
Le psychiatre Scipion Pinel, dit Pinel fils, est son fils. Le fils de celui-ci, Philippe-Charles Pinel, était médecin de l'Assistance publique. Son autre fils, Charles Pinel, botaniste, s'est installé au Brésil.
Le psychiatre Casimir Pinel, dit Pinel neveu, est son neveu. Son arrière-petit-neveu, le psychiatre René Semelaigne, est le fils du psychiatre Armand Semelaigne.
Sa petite-nièce, Marie-Adélaïde Pinel, est la mère du physicien Paul Langevin.
En 1773, il rédige sa thèse de médecine à Toulouse, où il peut observer les aliénés enchaînés à l'hôpital de La Grave, puis il poursuit ses études à Montpellier. En 1778, arrivé à Paris, il vit un temps de cours particuliers de mathématiques et de traductions de textes médicaux tels que Les Institutions de médecine pratique de William Cullen et les Œuvres médicales de Georgio Baglivi. En 1784, il suit pendant deux mois les leçons de magnétisme animal du disciple de Mesmer, Charles Deslon, le médecin personnel du comte d'Artois. D'abord engagé dans le mouvement révolutionnaire de 1789, il prend ses distances avec l’arrivée de la Terreur. Puis il trouve un emploi dans la maison de santé du docteur Belhomme à Charonne, où il fait la connaissance de Cabanis, habitué du salon d'Anne-Catherine Helvétius.
Il est nommé médecin des aliénés de Bicêtre le 25 août 1793, par décret, sur proposition de Jacques-Guillaume Thouret et de Pierre Jean Georges Cabanis. Il y observe avec attention les pratiques de Jean-Baptiste Pussin, qui développe le « traitement moral » des aliénés, prenant en compte la part encore intacte de leur raison. Pussin était un homme de grande bienveillance envers les malades, doué d'une force considérable et d'un esprit observateur; il mit en pratique la suppression de l'usage des chaînes à Bicêtre (Traité médico-philosophique sur l'aliénation mentale ou La manie (1801), page 201).
Puis en 1795, il est nommé médecin-chef de la Salpêtrière où il applique les mêmes réformes qu'à Bicêtre. Il demande dès son arrivée que Pussin le suive, mais ce n'est qu'en 1802 que sa demande sera exaucée. Il commence alors à réformer l’organisation de l’hôpital.[réf. nécessaire]
En 1798, il écrit une Nosographie philosophique, qui est une classification des maladies mentales, appelées à l'époque vésanies. Basée sur le principe de classification des sciences naturelles, cette nosographie s'inspire notamment des œuvres de Cullen et de François Boissier de Sauvages de Lacroix, auteur d'un ouvrage classique intitulé Nosologia Methodica où il étudiait les diverses folies. Pinel apparaît ainsi comme un des fondateurs de la nosologie, après Boissier de Sauvages.[réf. nécessaire]
En 1801, il rédige un Traité médico-philosophique sur l'aliénation mentale. Reposant sur les organes lésés, cette classification distingue :
la simple mélancolie (délire partiel) ;
la manie (délire généralisé) ;
la démence (affaiblissement intellectuel généralisé) ;
l’idiotisme (abolition totale des fonctions de l’entendement).