Philippe Muray, né le 10 juin 1945 à Angers et mort le 2 mars 2006 à Villejuif, est un romancier et essayiste français.
Il est connu pour ses romans Postérité et On ferme, ainsi que pour son recueil de nouvelles Roues Carrées. Ses écrits l'ont amené à théoriser l' « hyper-festivisation » du monde, signe à ses yeux de ce que l'Occident et le reste du monde sont sortis de l'Histoire pour entrer dans l'ère de la « Post-Histoire ». Selon Muray, l'ensemble de ses travaux, allant de l'écriture de ses romans jusqu'à l'écriture de ses essais ont été l'occasion de formaliser et d'analyser les principes de ce nouveau monde comme le faisaient d'autres romanciers avant lui.
Philippe Muray est aussi connu pour les nombreux calembours et néologismes qu'il a introduits par son style particulièrement caustique, parmi lesquels « Homo festivus » (l'« Homme festif »), l’« envie du pénal » ou encore les « mutins de Panurge ». Il combattit l’antisémitisme dans ses écrits.
De son vivant, Philippe Muray n’a révélé que très peu de choses de lui-même. Il a écrit en janvier 1995 une notice autobiographique parue dans le cinquième tome de son journal intime :
« Philippe Muray (de son vrai nom Philippe Muray). Né le 10 juin 1945 à Angers. Fils unique de Denise (née Frilley) et Jean Muray. Enfance et adolescence à Domont, région parisienne, à une époque où la banlieue ne l’avait pas encore totalement envahie. Études de Lettres dont il ne s’est pas préoccupé de tirer une profession. Bouleversé vers dix-sept ans par Bloy, vers dix-huit par Proust et à vingt par Céline. Découvre tardivement (entre vingt-cinq et vingt-sept ans) la littérature « vivante » de l’époque (Tel Quel). Rencontre Sollers à vingt-huit ans. Publie à trente, dans la collection de celui-ci, Céline, écrit d’octobre à février 1980 et qu’il considère comme son premier livre. Veut oublier les précédents (trois romans, un essai, une pièce de théâtre). Marié en décembre 1969 avec Christine Cahen, danseuse, qu’il quitte en 1975 après la seconde tentative de celle-ci d’avoir un enfant de lui contre son avis formellement, clairement et même fanatiquement énoncé. Considère depuis toujours son refus de la procréation comme un principe déontologique sur lequel il n’y a pas à revenir. Gagne sa vie comme nègre, d’abord dans des journaux (rewriter), puis comme auteur occulte d’une série érotico-policière. N’a connu qu’un seul grand amour dans sa vie, pour Anne Sefrioui dont il a été l’amant en 1976 et avec laquelle il vit depuis cette date. »
Son père Jean Muray était écrivain et traducteur d'auteurs anglosaxons — dont Jack London, Herman Melville, Rudyard Kipling, Swift, Lewis Carroll, Barbara Cartland, etc. — sa mère était lectrice passionnée, et Philippe Muray indique qu’ils ont joué un rôle important dans son éducation littéraire et son goût pour la lecture.
Il reçoit une éducation catholique à laquelle il est resté attaché même s'il s'est toujours défini comme « incroyant », et fait des études supérieures de lettres à l'université de Paris. En 2001, il évoque ainsi ses années d'étudiant sur le plan politique et idéologique :
« J'ai été plus ou moins “gauchiste” […] pendant cinq ou six ans. Je me suis surtout senti attiré par la théorie althussérienne. C'était une belle construction. […] Tout cela s'est complètement terminé bien avant la fin des années soixante-dix parce que pour s'intéresser à des constructions idéologiques pareilles, il faut évidemment qu'elles aient un rapport avec le réel. »
Muray souligne tout au long de ses romans l'hésitation qu'il avait, jeune homme, entre peindre et devenir romancier. Il devient romancier à l'âge de 22 ans, avec la publication de son premier roman plus tard rayé de sa bibliographie : Une arrière-saison.
Il gagne d'abord sa vie en travaillant comme pigiste pour le magazine Détective ; il collabore ensuite, sous le pseudonyme (collectif) de Michel Brice, à la série Brigade Mondaine publiée sous la direction de Gérard de Villiers, il en écrit plus de soixante-dix tomes entre la fin des années 1970 et celles des années 1990. Son journal montre le dégoût que lui inspirait cette activité, et le sentiment d’humiliation qu’il en retirait.
Dans les années 1970, il côtoie les membres de la revue Tel Quel. Il publie en 1973 un roman (Chant pluriel) et une pièce de théâtre (Au cœur des hachloums), tous deux chez Gallimard. Il noue des relations avec Denis Roche, l'éditeur, dans sa collection « Fiction & Cie », de Jubila en 1976. Il rencontre aussi Jacques Henric et Catherine Millet qui publieront nombre de ses articles dans la revue Art Press, jusqu'à 1997, date de leur brouille. En 1978, il commence la rédaction de son journal intime, publié de manière posthume de 2015 à 2024. Il est alors en train d’achever la rédaction de L'Opium des Lettres, publié en 1979 dans la collection « TXT » dirigée par Christian Prigent, après avoir publié un article dans la revue du même nom.
En 1981, il publie un essai sur Louis-Ferdinand Céline, dans la collection « Tel Quel » dirigée par Philippe Sollers. C'est son premier livre à connaître un certain succès éditorial. Muray le considère lui-même comme le premier texte où son écriture est arrivée à maturité.
Dans cet essai, il formule l'hypothèse d'une continuité entre l'auteur du Voyage au bout de la nuit et le pamphlétaire antisémite de Bagatelles pour un massacre et ce, notamment, au niveau de la langue utilisée. C'est dans ce livre que Muray souligne la continuité entre la dimension progressiste de l'écriture et la pensée de Céline et l'antisémitisme de ce dernier. Pour la première fois dans son œuvre, Muray attaque la positivité comme force destructrice.
Le concept-clé de l'essai est celui de « vouloir-guérir ». Muray avance que Céline partage avec les progressistes un désir obsessionnel d'effacer le Mal, assimilé à la figure du Juif. Muray montre, que chez Céline, les références sont nombreuses à des utopies et concepts progressistes vantant l'harmonie sociale.
De 1978 à 1982, il travaille à l'écriture d'un roman, d'abord nommé Divin trop divin puis Le Genre Humain. Il abandonne ce projet et en détruit les manuscrits tandis qu'il poursuit l'écriture de son essai Le XIXe siècle à travers les âges. Pendant cette période, Phillippe Muray rencontra également René Girard et résumera une partie de ses échanges avec lui dans son journal intime.
En 1983, Muray enseigne pendant trois mois la littérature française à l'université Stanford, en Californie. C'est là que lui vient l'idée de L'Empire du bien et qu'il rassemble la matière du XIXe siècle à travers les âges, publié en 1984 par Philippe Sollers, devenu éditeur chez Denoël. C'est dans cette vaste fresque qu'est Le XIXe siècle à travers les âges que Philippe Muray propose que la notion de modernité commence avec une nouvelle conception de la mort et de l'au-delà en Occident. Cette nouvelle conception aurait été provoquée notamment par la disparition progressive du contact avec les morts en Occident, lequel faisait partie intégrante de la vie sous l'ancien régime jusqu'au 6 avril 1786, jour où l'Église catholique « cède » à Paris devant l'hygiénisme grandissant en faisant déplacer les morts de la place Saint-Innocent aux catacombes. Pour Muray, la modernité se caractérise par un rapport particulier avec les corps et la mort, lequel rapport va s'exprimer par un rapport politique qu'il nommera hygiénisme mais aussi occulto-socialisme ou social-occultisme. Ce livre permet à Muray de souligner et d'étayer l'importance de l'occultisme dans la genèse de la pensée progressiste et de la pensée socialiste.
Estimant qu'être édité par Philippe Sollers lui fait courir le risque d'une inféodation, Philippe Muray signe, après la publication du XIXe siècle à travers les âges, un contrat avec Grasset, où son éditeur est Bernard-Henri Lévy. Il y publie deux livres. Le premier est un roman, Postérité, paru en 1988. Le livre est un échec qu'il impute à la maison d'édition. Après la publication de La Gloire de Rubens en 1991, il rompt son contrat avec Grasset. Il retrouve alors son ami Michel Desgranges qui lui propose de l'éditer aux Belles Lettres dont il a pris la direction.