Philippe Aghion, né le 17 août 1956 à Paris, est un économiste français schumpéterien. Il est professeur au Collège de France (depuis octobre 2015), à l'INSEAD (depuis 2020), à la London School of Economics et associé à l'École d'économie de Paris.
Il est à l'origine, avec Peter Howitt, du développement de la théorie de la croissance schumpétérienne en sciences économiques.
Il obtient le prix dit Nobel d'économie en 2025, conjointement avec l’Israélo-Américain Joel Mokyr et le Canadien Peter Howitt. Ses travaux sont récompensés pour sa « théorie d'une croissance soutenable par le biais de la destruction créatrice ».
Origines familiales et sociales
Philippe Mario Aghion est le fils de Raymond Aghion, propriétaire d'une galerie d'art boulevard Saint-Germain, fils d'un banquier-exportateur de coton, adhérent au parti communiste, et de Gaby Aghion, styliste de prêt-à-porter de luxe, fondatrice de la maison de mode Chloé, fille d'un directeur d'usine.
Ses parents sont tous deux issus de familles juives italo-grecques d’Alexandrie. En 1945, après deux ans d'exil en Israël, dans une propriété d'un oncle (Beit Aghion) — aujourd'hui résidence du Premier ministre israélien —, ils s'installent à Paris, dans le Quartier latin puis acquièrent une maison à Neuilly-sur-Seine.
Philippe Aghion est le neveu de l'économiste Pierre Salama et le cousin du cinéaste Gabriel Aghion. Henri Curiel est le cousin germain de son père.
Il effectue ses études secondaires au lycée Henri-IV. Ancien élève de l'École normale supérieure de l’enseignement technique (section mathématiques, 1976-1980), il poursuit des études de mathématiques appliquées en économie à l'université Paris I où il obtient successivement un DEA en 1981 puis un doctorat de 3e cycle en 1983. Il obtient un doctorat en économie de l'université Harvard en 1987.
En 2002, il est nommé Robert C. Waggoner Professor of Economics à l'université Harvard. Il quitte ce poste en 2015, lorsqu'il est nommé à la chaire « Économie des institutions, de l'innovation et de la croissance » au Collège de France, où il crée le Farhi Innovation Lab. Il est parallèlement Centennial Professor à la London School of Economics et enseigne à l'École d'économie de Paris.
Il a été membre du Conseil d'analyse économique (CAE) et a fait partie de la Commission pour la libération de la croissance française, dite Commission Attali, dont le rapport a été rendu le 23 janvier 2008 au président Nicolas Sarkozy. Il était l'un des conseillers en économie de François Hollande.
Membre du Cercle des économistes, il est, depuis 2023, co-président du Comité de l'intelligence artificielle générative.
En octobre 2024 il préside le « Front économique » du MEDEF avec Patrick Martin. Le rapport pour un « sursaut de croissance » est publié en août 2025 et est décrit par Le Monde comme « une vision qui fait un peu l’impasse sur les dégâts provoqués par l’essor du capitalisme, notamment sur le climat et la biodiversité ».
Ses premiers travaux, à la fin des années 1980, portent sur la théorie des contrats et la finance d’entreprise, en particulier avec Patrick Bolton (en) et Oliver Hart, autour des problèmes de mécanismes d’incitation, de faillite et de gouvernance. En 1992, il propose, avec Peter Howitt, un modèle fondateur de la théorie de la croissance endogène schumpéterienne, centrée sur l’innovation et la destruction créatrice.
Cette publication ouvre un large champ de travaux théoriques et empiriques sur les déterminants et les politiques de la croissance. Cela l’amène, dans les années 2000, à explorer les liens entre concurrence, institutions et croissance, notamment la relation en U inversé entre intensité concurrentielle et innovation. Dans les années 2010,[réf. nécessaire] ses recherches s’élargissent aux questions d’inégalités, de mobilité sociale et d’économie politique de l’innovation. Ses travaux les plus récents traitent des effets de l’automatisation, de l’intelligence artificielle, de la mondialisation, ainsi que de la croissance verte.
Ses travaux sont critiqués par le philosophe Gilles Lecerf dans AOC pour son techno-optimisme, son attachement à la croissance du PIB comme indicateur phare et à sa compréhension limitée de la crise environnementale multi-factorielle contemporaine.
Aghion-Howitt 1992 et le paradoxe de la destruction créatrice
Selon Ufuk Akcigit (en), le cadre de pensée développé par Philippe Aghion et Peter Howitt dans leur article de 1992 révolutionne l’analyse des dynamiques de croissance économique endogène en permettant d’établir des allers et retours entre la théorie et les données sur les firmes, d’où la prospérité du modèle dans la littérature économique. Leur approche est caractérisée par l’introduction du mécanisme de « destruction créatrice » schumpétérien, selon lequel les innovations rendent les anciennes technologies obsolètes (« business stealing » effect) et qui gouverne les créations et les faillites de firmes. L’effort d’innovation est une réponse à la recherche de rentes de la part des entreprises. Ces rentes agissent comme une carotte et la création destructrice comme un bâton ; néanmoins, lorsque les rentes sont trop importantes, elles permettent d’établir des barrières à l’entrée de nouvelles firmes sur un marché. Dans le même temps, la motivation à l’effort d’innovation disparaît et il est possible de se retrouver avec une croissance ralentie lorsqu’il n’y a plus de bâton et que la carotte est acquise. C’est notamment la prise en compte de l’hétérogénéité des firmes qui caractérise l’originalité de ce paradoxe, permettant d’étudier la dynamique de croissance selon qu’elles soient petites ou grandes, déjà actrices d’un marché ou nouvellement créées, à la pointe de l’innovation ou en position d’imitation[page à préciser].
Philippe Aghion a également contribué à l’analyse du « middle-income trap », désignant la difficulté pour certains pays émergents à franchir le cap vers une économie avancée. Selon lui, la croissance tirée par l’accumulation de capital et l’imitation technologique permet d’abord un rattrapage rapide, mais atteint ses limites lorsque les pays se rapprochent de la frontière technologique. Pour maintenir leur trajectoire, ils doivent alors réorienter leurs institutions et leurs politiques vers l’innovation de frontière, ce qu’illustre l’échec de l’Argentine au XXe siècle ou, à l’inverse, la réussite temporaire de la Corée du Sud après la crise asiatique de 1997. Dans ces situations, les intérêts établis des firmes dominantes freinent souvent les réformes qui favoriseraient la concurrence, la recherche et l’ouverture économique. Aghion met ainsi en lumière l’importance des transitions institutionnelles : seule l’adoption de politiques adaptées — éducation supérieure, soutien à la recherche fondamentale, marchés financiers développés et concurrence effective — permet d’éviter l’essoufflement de la croissance et de franchir le seuil entre rattrapage et innovation.[citation nécessaire]