Ce Jour-là

Phil Ochs

Auteur-compositeur-interprète américain

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Phil Ochs /fɪl ˈoʊks/ est un auteur-compositeur-interprète américain né le 19 décembre 1940 à El Paso et mort le 9 avril 1976 à New York.

Chanteur politiquement engagé, Phil Ochs participe au renouveau de la musique folk au début des années 1960 avec ses chansons engagées qui mêlent un humour sardonique et un profond humanisme, comme les hymnes anti-guerre I Ain't Marching Anymore et Draft Dodger Rag ou les plus poétiques Changes et There but for Fortune. Figure emblématique de la scène folk de Greenwich Village, celui qui se décrit comme un « journaliste chantant » (« topical singer ») participe à de nombreuses manifestations et concerts contre la guerre du Viêt Nam et en faveur des droits civiques.

Ses premiers albums, publiés par Elektra Records, sont des disques de folk inspirés de Woody Guthrie et Bob Gibson où l'accompagnement est presque toujours réduit à une guitare acoustique. Il diversifie sa palette musicale dans la deuxième moitié des années 1960 en s'inspirant davantage du rock pour ses derniers albums, publiés par A&M Records, sur lesquels apparaissent également des textes moins engagés et plus intimistes. Ochs ne connaît cependant jamais le même succès populaire que Bob Dylan, à qui il est souvent comparé.

Après des années 1960 prolifiques, Phil Ochs publie son dernier album de nouvelles chansons en 1970. Affligé de troubles mentaux, il sombre dans l'alcoolisme et se suicide en 1976, à l'âge de trente-cinq ans. Après sa mort, son souvenir est entretenu par ses fans les plus fidèles et plusieurs albums posthumes d'enregistrements inédits voient le jour. Il reste une inspiration pour de nombreux artistes engagés.

Philip David Ochs naît à El Paso, au Texas, le 19 décembre 1940, dans une famille de classe moyenne et de confession juive non pratiquante. Son père, Jacob Ochs, surnommé « Jack », est né à New York en 1910, tandis que sa mère, Gertrude Phin Ochs, est originaire d'Écosse. Ils se sont rencontrés et mariés à Édimbourg, pendant les études de médecine de Jack. Après la naissance de leur fille Sonia (en) (surnommée « Sonny ») en 1937, ils partent vivre aux États-Unis où naissent deux fils : Phil en 1940, puis Michael (en) en 1943. Mobilisé à la fin de la Seconde Guerre mondiale, Jack Ochs part pour l'Europe et participe à la bataille des Ardennes en tant que médecin militaire. Son expérience du combat lui laisse d'importantes séquelles psychologiques, et il est libéré de l'armée pour raisons médicales en novembre 1945.

De retour aux États-Unis, Jack Ochs, qui souffre de trouble bipolaire et de dépression, travaille successivement dans plusieurs hôpitaux sans parvenir à se constituer une clientèle. Il déménage fréquemment avec sa femme et ses trois enfants, d'abord à Far Rockaway, dans le quartier de Queens, puis à Perrysburg, dans l'ouest de l'État de New York (où le jeune Phil commence à étudier la musique), et enfin à Columbus, dans l'Ohio. Parfois hospitalisé pour sa dépression, Jack se comporte de manière distante avec sa femme et ses enfants. Il meurt en 1963 d'une hémorragie cérébrale.

À l'adolescence, Phil Ochs s'illustre comme joueur de clarinette. Son talent lui permet d'entrer dans l'orchestre du conservatoire de la Capital University (en) de l'Ohio, dont il devient le principal clarinettiste soliste à seulement quinze ans. Bien qu'il joue de la musique classique, le jeune garçon s'intéresse également à ce qu'il entend à la radio : les pionniers du rock Buddy Holly et Elvis Presley, ainsi que des artistes de country comme Faron Young, Ernest Tubb, Hank Williams ou Johnny Cash. Il se rend souvent au cinéma, et admire en particulier les héros incarnés par John Wayne et Audie Murphy. Plus tard, il se passionne également pour les rebelles joués par Marlon Brando et James Dean.

De 1956 à 1958, Ochs étudie à l'Académie militaire de Staunton (en), en Virginie. Après avoir obtenu son diplôme, il rentre à Columbus et s'inscrit à l'université d'État de l'Ohio. Insatisfait, il arrête ses études au bout d'un semestre et se rend en Floride. À Miami, il passe deux semaines en prison pour vagabondage, un incident auquel il attribue par la suite la naissance de sa vocation :

« À un moment donné durant ces quinze jours, j'ai décidé de devenir écrivain. J'ai d'abord songé au journalisme […] et je me suis décidé en un éclair : je serai écrivain, spécialisé en journalisme. »

Ochs retourne à l'université de l'Ohio pour étudier le journalisme. Il commence à s'intéresser à la politique, tout particulièrement à la révolution cubaine de 1959. Il fait la connaissance de Jim Glover (en), un étudiant passionné de musique folk qui lui fait découvrir Pete Seeger, Woody Guthrie et les Weavers. Glover lui apprend également à jouer de la guitare, et les deux amis débattent continuellement de questions politiques. Ochs commence à écrire des articles polémiques pour le journal du campus, The Lantern. Lorsque ses articles les plus radicaux sont refusés, il lance son propre journal, The Word. Ses passions pour la politique et pour la musique se mélangent bientôt à travers l'écriture de ses premières chansons engagées. Il forme un duo avec Glover, nommé « The Singing Socialists », puis « The Sundowners », mais ils se séparent avant de donner le moindre concert professionnel, Glover partant pour New York pour s'y faire chanteur folk.

Pendant ce temps, la famille d'Ochs a déménagé à Cleveland, et le jeune homme commence à se produire dans un club de folk local, le Farragher's Back Room. Il assure la première partie de plusieurs artistes durant l'été 1961, parmi lesquels les Smothers Brothers. C'est également durant cet été qu'il fait la connaissance du chanteur folk Bob Gibson, qui constitue « l'influence déterminante entre toutes » sur l'écriture d'Ochs selon Dave Van Ronk. Le jeune homme poursuit ses études à l'université de l'Ohio, mais il est amèrement déçu de ne pas être nommé rédacteur en chef du journal du campus, et abandonne ses études pendant son dernier semestre. Il part pour New York sans diplôme, sur les traces de son ami Jim Glover : lui aussi veut devenir chanteur folk.

Le « journaliste chantant » (1962-1966)

Arrivé à New York en 1962, Phil Ochs se produit d'abord dans de petites boîtes de nuit jusqu'à devenir partie intégrante de la scène folk de Greenwich Village. Il acquiert une réputation de chanteur fruste mais passionné, auteur de chansons contre la guerre, en faveur des droits civiques et du mouvement ouvrier. Son soutien à ces causes l'amène à se rendre dans le Kentucky pour soutenir les grévistes des mines de charbon de Hazard et dans le Mississippi aux côtés de la Caravane de musique en faveur de l'inscription des Afro-Américains sur les listes électorales. Décrit comme auteur de protest songs, il préfère parler de « chansons d'actualité » (topical songs), et se définit comme un « journaliste chantant » qui s'inspire de ce qu'il lit dans Newsweek pour écrire ses chansons.

La même année, sa petite amie Alice Skinner, issue d'une riche famille de Philadelphie, tombe enceinte de leur fille Meegan. Ils se marient à l'hôtel de ville de New York, avec Jim Glover comme témoin et Jean Ray comme demoiselle d'honneur. Parmi les invités se trouve Suze Rotolo, la petite amie de Bob Dylan. Les Ochs se séparent d'un commun accord en 1965, sans jamais divorcer.

À l'été 1963, Phil Ochs a acquis une notoriété suffisante dans les cercles folk pour figurer au programme du festival de folk de Newport aux côtés de Peter, Paul and Mary, Joan Baez, Bob Dylan et Tom Paxton. Il y interprète Too Many Martyrs, une chanson sur le meurtre de Medgar Evers écrite avec Bob Gibson, Talking Birmingham Jam et Power and the Glory, un hymne patriotique à la Woody Guthrie applaudi par la foule. L'année suivante, il est acclamé lors de sa deuxième participation au festival. En revanche, il n'est pas invité lors de l'édition 1965, durant laquelle Bob Dylan fait scandale en interprétant Maggie's Farm avec une guitare électrique. Dylan s'attire les foudres des puristes du folk, mais Ochs trouve sa démarche amusante et admire le courage qu'elle a nécessité ; il le défend dans une lettre publiée par The Village Voice. Une rivalité bon enfant oppose les deux artistes. En une occasion, Dylan dit d'Ochs : « Je ne peux tout simplement pas suivre Phil. Il n'arrête pas de s'améliorer encore et encore et encore ». Une autre fois, lorsque Ochs critique une de ses chansons, Dylan le jette hors de sa limousine en lui disant : « T'es pas un chanteur folk, t'es un journaliste. »

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