Ce Jour-là

Peter Lorre

Acteur et scénariste autrichien, naturalisé américain

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Peter Lorre est un acteur, auteur, scénariste et réalisateur hongrois naturalisé américain, né le 26 juin 1904 à Rózsahegy (actuelle Ružomberok) dans l'empire d'Autriche-Hongrie (actuelle Slovaquie) et mort le 23 mars 1964 à Los Angeles (Californie).

Révélé par Fritz Lang dans M le Maudit où il joue le rôle-titre (1932), il fuit le nazisme aux États-Unis en 1933, où il poursuit une carrière de second rôle notamment dans Casablanca, Le Faucon maltais, Arsenic et Vieilles Dentelles ou encore Vingt Mille Lieues sous les mers et plus erratique à travers de nombreux films de série B.

En 1952, il reçoit une « mention honorable », lors de la remise du prix du film allemand, pour son film L'Homme perdu (Der Verlorene).

De son vrai nom László Löwenstein, il naît de parents juifs à Rózsahegy en Autriche-Hongrie (Rosenberg en allemand, aujourd'hui Ružomberok en Slovaquie) le 26 juin 1904. Il est le premier enfant d'Alois Lajos (Alajos) Löwenstein et de sa femme Elvira Freischberger (Žilinský kraj v. 1883-1908), arrivés récemment dans cette ville slovaque, à la suite de la nomination de son père comme comptable en chef dans une usine locale de textile. Alajos servant également comme lieutenant de réserve dans l'armée impériale, il est souvent absent pour des manœuvres militaires. Sa famille étant de langue germanique, l'allemand est la langue maternelle de Peter Lorre.

Sa mère meurt alors qu'il a quatre ans, en 1908, laissant Alajos Löwenstein avec trois très jeunes fils, le plus jeune âgé de quelques mois. Son père épouse alors Melanie Klein, la meilleure amie de sa femme défunte, avec qui il a deux autres enfants. Cependant, László Löwenstein, le futur Peter Lorre, et sa belle-mère ne s'entendront jamais.

Au début de la deuxième guerre des Balkans en 1913, anticipant qu'elle conduirait à un conflit plus important et qu'il serait appelé, Alajos Löwenstein quitte Rosenberg et emmène sa famille à Vienne. Il sert sur le front de l'Est pendant l'hiver 1914-1915, avant d'être chargé d'un camp de prisonniers en raison de problèmes cardiaques.

Pour faire plaisir à son père, László commence très jeune à travailler comme employé de banque la journée, jouant le soir avec une troupe de théâtre mais la banque ne lui convenant pas, le jeune homme décide alors de quitter le domicile familial.

Débuts sur les planches en Allemagne

C'est ainsi à Vienne que Lorre commence sa véritable carrière sur les planches à l'âge de dix-sept ans, sous la direction de l'artiste et marionnettiste viennois de l'Art nouveau Richard Teschner (de), où se combinent improvisation et thérapie freudienne. À ses débuts, il vit dans la misère ; il dira plus tard : « Je suis le seul acteur, je pense, qui a vraiment connu la faim ». Il joue à Vienne, et brièvement à Breslau et à Zurich.

À la fin des années 1920, il part pour Berlin où László devient Peter Lorre, son nom de scène, en suivant les conseils d'un professeur qui ne le voyait pas faire carrière sous son véritable patronyme.

Il travaille avec Bertolt Brecht qu'il a rencontré au théâtre Schiffbauerdamm de Berlin — avec lequel il noue une longue amitié —, notamment dans sa pièce Un homme est un homme (Mann ist Mann). Il joue ensuite le rôle du Dr Nakamura dans Happy End, une comédie musicale adaptée de Brecht et composée par Kurt Weil, aux côtés d'Helene Weigel, Carola Neher, Oskar Homolka ou encore Kurt Gerron. Le dramaturge dira de son ami : « Il donne de façon frappante, justement dans les longues parties parlées, le sens mimique profond sous-jacent à toutes les phrases ».

Premiers rôles au cinéma et exil forcé

Alors qu'il monte sur les planches tous les soirs, il tourne en journée au cinéma. C'est grâce au film M le maudit (M - Eine Stadt sucht einen Mörder) de Fritz Lang (1931) que Peter Lorre, âgé de 28 ans, fait des débuts fracassants au cinéma. C'est le premier film parlant du réalisateur qui interroge la fascination des gens ordinaires pour le crime. Lorre y interprète le rôle-titre, incarnant Hans Beckert, un tueur de fillettes, personnage ambigu le plus emblématique de sa carrière, inspiré notamment du tueur en série allemand Peter Kürten. Convaincu qu'il était parfait pour ce rôle, Lang avait Lorre à l'esprit en travaillant sur le script du film et ne lui a même pas fait passer d'essai, trouvant ensuite sa performance cinématographique brillante, bien que leurs relations durant le tournage aient été tendues. L'historienne Lotte Eisner le décrit ainsi : « Un physique mou, presque ingrat, des yeux à fleur de tête, un faciès mou, une bouche aux grosses lèvres indécises, [une] voix aux intonations mi-insidieuses, mi-étrangement précises et où se mêlaient quelques sons aigus ». Le psychiatre américain Sharon Packer considère que Lorre a joué dans ce film un « meurtrier solitaire [et] schizo-typique » avec « une voix rauque, des yeux exorbités et un jeu émotif (un vestige du cinéma muet) [qui] le rendent toujours mémorable ». Grâce à ce rôle, Lorre devient en effet célèbre dans le monde entier mais également « piégé » pour toujours dans un type de personnage à l'écran, menaçant ou dangereux. « Terrible ironie du sort, les nazis donneront l’exemple de M comme image d’Épinal du juif maléfique dans leurs films de propagande (dont Le Juif éternel), alors qu’au début, ignorant sa judéité, Adolf Hitler et Joseph Goebbels font l’éloge absolu du « meurtrier » choisi par Lang » ; il est ainsi reconnu en Allemagne sous l'expression « Acteur préféré du Führer » (Führers Liebling).

Au cirque Renz (en) d'Allemagne, Lorre joue brièvement le Judas dans une Passion, sous l'égide du cardinal Theodor Innitzer - lequel soutient l’Anschluss - et fait du doublage.

De religion juive, Peter Lorre quitte l'Allemagne en 1933, l'année de l'arrivée d'Hitler au pouvoir (plus précisément le 25 février, soit deux jours avant l'incendie du Reichstag), se réfugiant d'abord à Paris (à l'hôtel Ansonia, rue de Saïgon, refuge de nombreux artistes allemands et autrichiens tels Franz Waxman, Friedrich Hollaender ou Billy Wilder) puis à Londres. C'est là qu'il est repéré par Ivor Montagu, coproducteur du thriller L'Homme qui en savait trop (The Man Who Knew Too Much) d'Alfred Hitchcock, grâce à qui il obtient le second rôle du « méchant » conspirateur en 1934. Malgré son faible niveau d'anglais, qu'il rattrape rapidement par un apprentissage phonétique, un critique du Guardian souligne : « Lorre vole simplement la vedette dans chaque scène. Malgré son anglais pas très brillant, on a souvent l'impression qu'il est seul physiquement sur la toile ». Lorre réapparaît l'année suivante (1936) dans un autre film d'Hitchcock, Quatre de l'espionnage (Secret Agent) qui obtient moins de succès.

En 1935, Peter Lorre et sa première épouse, l'actrice Celia Lovsky, embarquent à bord d'un paquebot à Southampton, le 18 juillet 1934, pour se rendre à New York, un jour après la fin du tournage de The Man Who Knew Too Much, ayant obtenu des visas de visiteurs pour les États-Unis.

À Hollywood, Lorre fait ses débuts en 1935 dans Les Mains d'Orlac (Mad Love) de Karl Freund, film se déroulant à Paris, où l'acteur est rasé pour le rôle du Dr Gogol, un chirurgien dément. La prestation de Lorre est appréciée ; un critique écrit : « Il n'y a peut-être personne qui puisse être si repoussant et si complètement méchant. Personne qui puisse sourire de façon si désarmante et ricaner encore. Son visage est sa fortune ». Graham Greene qui le considère comme un génie, écrit à propos de sa performance dans Mad Love : « Ces pupilles de marbre dans une tête sphérique pâteuse sont comme les oculaires d'un microscope à travers lesquels vous pouvez regarder l'esprit enchevêtré posé à plat sur la lame ».

Parallèlement, il commence une série de films intitulée Mr. Moto — équivalente à la série célèbre, Charlie Chan —, créée par John P. Marquand, dans laquelle il incarne un détective et espion japonais. Il tient également en 1935 le rôle principal dans Crime and Punishment réalisé par Josef von Sternberg, pour lequel il obtient de bonnes critiques. Columbia lui offre alors un contrat de cinq ans à 1 000 dollars par semaine mais il le refuse. Grâce à sa notoriété grandissante, il est approché pour un rôle dans Le Fils de Frankenstein (The Son of Frankenstein, sorti en 1939), qu'il refuse également en raison de son état de santé et parce qu'il pensait que ses rôles menaçants étaient dorénavant derrière lui. Frustré par les promesses non tenues de la Fox, Lorre réussit à mettre fin à son contrat.

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