Peter Grant (5 avril 1935 – 21 novembre 1995) est un manager britannique. Il a notamment managé les groupes The Yardbirds, Led Zeppelin et Bad Company, en plus d'avoir dirigé le label de musique Swan Song Records, créé en 1974 par Led Zeppelin. Il est considéré comme l'un des managers les plus influents de l'histoire du rock, et a notamment permis une amélioration des conditions financières et artistiques des musiciens face aux maisons de disques et promoteurs.
Peter Grant est né à South Norwood, dans la banlieue sud de Londres. Sa mère, Dorothy Grant, était secrétaire. Il commence ses études à la Sir Walter Saint John School à Grayshott, et les termine à la Charterhouse School à Godalming. Après la guerre, il retourne vivre à Norwood, puis quitte le foyer à 13 ans pour Croydon, où il travaille dans une usine de tôlerie. Après quelques semaines, il démissionne et va travailler en tant que photographe pour l'agence de presse Reuters sur Fleet Street. Grant est très vite attiré par l'industrie du divertissement, et devient machiniste pour le Croydon Empire Theatre jusqu'en 1953 ; toutefois il doit participer au service militaire pour l'armée anglaise (d'une durée d'un an), et y atteint le rang de caporal. À son retour, il enchaîne les petits boulots et finit par travailler comme videur et portier au bar londonien le 2i's Coffee Bar, où Cliff Richard, Adam Faith et Tommy Steele (entre autres) ont fait leurs débuts. Le copropriétaire du bar, le lutteur australien Paul Lincoln, suggère à Peter Grant de combattre à la télévision sous les noms « Comte Massimo » ou « Comte Bruno Alassio de Milan », afin d'utiliser ses 1,96 m et 130 kg à bon escient. Peter Grant s'intéresse alors au cinéma, et est embauché en tant qu'acteur à petits rôles, cascadeur ou doubleur ; on peut notamment l'apercevoir dans Les Canons de Navarone et dans quelques épisodes de la série télévisée du Saint.
En 1963, Grant est embauché comme directeur de tournée par le promoteur Don Arden. Il organisera les tournées britanniques de nombreuses pointures du rock 'n' roll, comme Bo Diddley, The Everly Brothers, Brian Hyland, Chuck Berry, Eddie Cochran, Gene Vincent et The Animals. En 1964, il commence à manager pour son compte, et prend en charge The Nashville Teens, The She Trinity, The New Vaudeville Band, Jeff Beck, Terry Reid et Stone the Crows. Il entre en coopération avec son ami Mickie Most (producteur qui a travaillé avec lui au 2i's club), et tous deux installent leur bureau au 155 Oxford Street. Ils créent ensemble le label RAK Records, qui obtient un succès notable en produisant plusieurs artistes bien vendus des années 1970, comme Joan Jett.
À la fin de l'année 1966, Simon Napier-Bell délègue à Grant le management des Yardbirds, en difficultés financières malgré leurs tournées incessantes. Mickie Most avait suggéré à Napier-Bell que Grant serait un atout pour les Yardbirds, mais il arrive trop tard pour sauver le groupe. Cependant, l'expérience lui apprend beaucoup de choses sur le métier, qu'il utilise plus tard avec Led Zeppelin. Il explique :
« Quand j'ai commencé à travailler avec les Yardbirds, ils n'étaient pas au top du hit-parade, mais ils étaient populaires auprès de la jeunesse et de la scène underground américaine. Au lieu d'essayer de les faire passer dans les radios du Top 40, j'ai réalisé qu'il y avait un autre marché. Nous avons été les premiers Anglais à jouer dans des salles comme le Fillmore. La scène était en pleine évolution. »
L'approche sensée de Grant envers les promoteurs et sa nature persuasive permettent pour la première fois aux Yardbirds de gagner de l'argent en faisant des concerts. Il est proche d'eux, et veille toujours à ce que les coûts soient réduits au minimum, que les membres soient payés à temps, et que le groupe conserve le contrôle artistique. Contrairement à la majorité des managers de l'époque qui mettent rarement les pieds dans des salles de concert, l'approche de Grant est d'ordre pratique : c'est un homme de terrain, pas un homme de bureau.
En 1968, les Yardbirds se séparent après le départ de tous les membres, excepté Jimmy Page. Toutefois, le groupe est toujours sous contrat avec sa maison de disques, et doit terminer sa tournée ; Page (qui, étant le seul membre, représente donc le groupe) se trouvant en Suède, fait alors appel à Robert Plant, John Bonham et John Paul Jones, qu'il a rencontrés au cours de ses sessions d'enregistrement ou lors de concerts. Initialement baptisée The New Yardbirds, la formation devient Led Zeppelin à la fin de sa tournée européenne, et Grant y occupe le poste de manager. Une forte relation de confiance s'est installé alors entre le groupe et Grant, à tel point qu'ils n'ont pas signé de contrat ensemble : tout se fait à la suite d'un accord à l'amiable.
Une nouvelle vision du management
Led Zeppelin n'aurait pas obtenu un tel succès sans Peter Grant. Alors qu'en octobre 1968, le quartet, encore totalement inconnu et n'ayant pas produit de disque, répète à Londres, Grant s'envole pour les États-Unis et décroche un contrat de cinq ans avec l'un des plus importants labels au monde, Atlantic Records, qui lui avance 200 000 € pour la production de leur premier album. De retour à Londres, il réunit les musiciens en studio, et une semaine plus tard, le disque est produit.
Grant est fermement convaincu que les groupes peuvent gagner plus d'argent et avoir un plus grand mérite artistique en concentrant leurs efforts sur la production d'albums plutôt que de singles (car globalement, seuls les succès comptent à l'époque.) Ainsi, le groupe se concentre sur la production de vinyles 33 tours, ce qui est peu commun à l'époque. En effet, la radio ayant pris une importance décisive dans la notoriété d'un groupe, beaucoup de groupes préfèrent sortir des singles 45 tours pour vendre les singles entendus à la radio.
Grant juge également que les concerts sont plus importants que les apparitions télévisuelles – si l'on voulait voir Led Zeppelin, il fallait aller les voir de ses propres yeux. Par conséquent, Led Zeppelin n'a jamais été très porté sur la promotion : les interviews sont rares, les apparitions à la télévision encore plus. Cela contribue au mystère qui suit le groupe tout au long de sa carrière, et lui est, finalement, bénéfique.
Le grand succès de Led Zeppelin aux États-Unis peut donc être crédité à l'instinct de Peter Grant vis-à-vis du public américain et du vaste mouvement underground qui traverse le pays. Sa connaissance de la scène américaine permet au groupe d'être à l'avant-garde de ce nouveau marché. En conséquence, la majorité des concerts du groupe sont réalisés aux États-Unis, ce qui génère d'importants revenus à ses membres : Peter Grant s'assure d'ailleurs toujours que la majeure partie des bénéfices va au groupe plutôt que dans celles des promoteurs et autres agents de réservation ; il aurait réussi à obtenir 90 % des fonds de grille de concerts pour le groupe, un exploit sans précédent. Par cette approche, il établit une nouvelle façon de manager les artistes, pionnier du passage du pouvoir des agents et des promoteurs aux artistes et aux managers.
De plus, la détermination de Grant à protéger les intérêts financiers de Led Zeppelin s'est également reflétée par des mesures parfois inhabituelles qu'il prend pour lutter contre l'enregistrement non autorisé de bootlegs. Il rend parfois visite à plusieurs disquaires de Londres qui vendent des enregistrements pirates de Led Zeppelin et exige que toutes les copies lui soient remises. Il surveille également la foule durant les concerts de Led Zeppelin, à la recherche de tout ce qui peut ressembler à du matériel d'enregistrement, ce qui donne parfois lieu à des malentendus : lors d'un concert à Vancouver en 1971, il voit ce qui lui semble du matériel d'enregistrement sur le plancher, et s'assure de sa destruction, pour apprendre plus tard qu'il s'agit d'un mesureur de pollution sonore exploité par les employés de la commune pour mesurer le volume du concert. Il est également vu en train de jeter un seau d'eau sur du matériel pirate au festival de Bath, en 1970. La scène du film The Song Remains the Same où l'on voit Grant dans les loges demandant une explication au personnel par rapport à la vente illégale d'affiches est représentative de sa manière de traiter avec les gens tentant de faire des bénéfices au détriment du groupe.