Peter Brötzmann, né le 6 mars 1941 à Remscheid (Rhénanie-du-Nord-Westphalie) et mort le 22 juin 2023 à Wuppertal (Rhénanie-du-Nord-Westphalie), est un saxophoniste et clarinettiste de jazz de nationalité allemande.
Brötzmann est considéré comme l'un des musiciens les plus importants du free jazz européen. Il est célèbre pour posséder un son de saxophone puissant, et un jeu énergique. Son disque Machine Gun enregistré en 1968 est devenu un classique du free jazz.
Né pendant la Seconde Guerre mondiale, Brötzmann apprend la clarinette en autodidacte à l'adolescence, en écoutant des disques de Kid Ory. Il commence à jouer dans un groupe de dixieland, puis participe à des formations moins traditionnelles, et se met au saxophone ténor.
Il suit des études d'arts plastiques à Wuppertal et s'implique dans le mouvement Fluxus. Il travaillera même quelques mois avec Nam June Paik en 1963. Il abandonne cependant cette voie, malgré un certain succès, lui préférant le monde musical. Cette expérience reste importante pour lui, car elle lui permet notamment de découvrir le processus de création artistique. Brötzmann y voit une source de ses influences. Une autre conséquence de cette étude des arts visuels est que Brötzmann réalise la plupart de ses couvertures d'albums.
Il décide de se consacrer à la musique, et devient un des précurseurs du free jazz en Europe. Son partenaire régulier est le contrebassiste allemand Peter Kowald. Sa collaboration avec Don Cherry et Steve Lacy à Paris contribue à développer son travail. En 1963, au cours d'une exposition de Fluxus, il rencontre Misha Mengelberg puis d'autres musiciens néerlandais qui deviendront des partenaires musicaux importants. En 1964, Carla Bley l'intègre dans un quartette avec Peter Kowald.
Brötzmann auto-produit son premier disque en 1967, For Adolphe Sax, avec Peter Kowald et le batteur suédois Sven-Åke Johansson.
L'étape sans doute la plus importante de sa carrière est l'enregistrement de son deuxième disque, intitulé Machine Gun, enregistré en mai 1968, dans un club de Brême. Cet album regroupe des musiciens de la scène free allemande (Brötzmann, Kowald, Bushi Nierbergall), anglaise (Evan Parker), néerlandaise (Han Bennink, Willem Breuker), belge (Fred Van Hove), et suédoise (Sven-Åke Johansson). L'album est d'une violence extrême, considérée encore aujourd'hui comme insurpassée. Pour le magazine Jazzman, il y a un avant et après Machine Gun pour la scène européenne du free jazz. Outre la fureur impressionnante de l'album, c'est aussi la rencontre et la constitution d'une communauté de musiciens européens du free, ainsi que la présence de deux saxophonistes ténors qui sont devenus depuis des symboles de la musique improvisée: Brötzmann lui-même et Evan Parker. C'est d'ailleurs lors d'une tournée de Machine Gun qu'Evan Parker sera présenté à Manfred Eicher par Peter Kowald, initiant ainsi la collaboration du saxophoniste Anglais avec le label ECM.
Le disque est auto-produit mais sera repris plus tard dans le catalogue du label FMP que Brötzmann cofonde en 1969. Machine Gun est la meilleure vente du label. L'album est ré-édité en 2007, augmenté d'enregistrements inédits en concert et de prises alternatives. Lors des tournées, des difficultés d'ordre économique obligent Brötzmann à réduire l'octet à un trio, avec Han Bennink à la batterie et Fred Van Hove au piano.
Le terme de « Machine gun » (en français « Mitrailleuse ») est en fait un surnom qu'aurait donné Don Cherry à Brötzmann, lors de la participation de celui-ci à son groupe en 1965 à Paris.
En 1969, le saxophoniste enregistre pour la première fois pour un label, le label Calig, dont le producteur est le contrebassiste allemand Manfred Eicher, futur créateur du célèbre label ECM. Le disque s'intitule Nipples, Brötzmann y joue avec Fred Van Hove, Evan Parker, Derek Bailey, Buschi Niebergall et Han Bennink. L'album était épuisé et n'a jamais été sorti aux États-Unis. Il a été ressorti en 2000 par le label Atavistic, et s'est vendu à plus de 3000 exemplaires, ce qui est élevé pour ce type de musique. Jazz magazine qualifie cet album de « brulôt de l'élite radicale européenne ».
Toujours en 1969, Brötzmann cofonde le label Free Music Production avec Jost Gebers, Peter Kowald et Alexander von Schlippenbach. Ce label est né d'une volonté de s'organiser et de posséder une indépendance face aux maisons de disques.
Une carrière riche en collaborations
Tout en continuant son trio avec Van Hove et Bennink jusqu'en 1976, il participe aussi à plusieurs big band : l'Icp Orchestra de Misha Mengelberg, le London Jazz Composers Orchestra de Barry Guy et le Globe Unity Orchestra d'Alexander von Schlippenbach.
Après l'arrêt du trio avec Van Hove et Bennink, Brötzmann continue la collaboration avec Bennink, et enregistre plusieurs duos avec le batteur, notamment Schwarzwaldfahrt. Dans cet album, enregistré dans la forêt noire en 1977, Bennink utilise les arbres et autres objets forestiers comme des percussions.
Toujours en trio, Brötzmann explore aussi le format saxophone, contrebasse, batterie, avec Harry Miller et Louis Moholo, rythmique que Brötzmann décrit comme étant « parfaite pour moi ». Le décès de Miller en 1983 met fin prématurément au groupe.
Brötzmann multiplie ensuite les collaborations : Derek Bailey, Tony Oxley, Cecil Taylor, Fred Hopkins, Rashied Ali, Evan Parker, Misha Mengelberg, Anthony Braxton, Marilyn Crispell, Andrew Cyrille, Keiji Haino, Alfred 23 Harth, Phil Minton.
De 1986 à 1994, Brötzmann participe au groupe de free jazz/punk Last Exit, au côté des guitaristes Sonny Sharrock, Bill Laswell et du batteur Ronald Shannon Jackson. Ce groupe est considéré par les critiques, à l'instar de Greg Kot, comme extrêmement violent, les hurlements de Brötzmann se mêlant aux stridences de Sharrock. Kot dira que le niveau sonore et le degré de violence de Last Exit font paraitre la plupart des groupes de rock fades. Last Exit permet aussi d'élargir le public de Brötzmann, jusque-là essentiellement des amateurs de free jazz avertis, à la scène punk et rock, et lui permet d'établir sa renommée aux États-Unis.
Expérimentateur, Brötzmann s'essaie aussi à toucher des publics variés, par exemple en 2007 où il joue en première partie de Sonic Youth au festival de jazz de la Villette à Paris.