Ce Jour-là

Paula Modersohn-Becker

Artiste allemande (1876–1907)

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Paula Modersohn-Becker, née le 8 février 1876 à Dresde et morte le 20 novembre 1907 à Worpswede, est une artiste peintre allemande et l’une des représentantes les plus précoces du mouvement expressionniste dans son pays.

Au cours de ses quatorze années de vie d'artiste, elle réalise environ 750 toiles, treize estampes et environ un millier de dessins. Son style, particulièrement original, est le fruit d'influences multiples, aux confins de la tradition et de la modernité. Sa peinture présente des aspects mêlant l'impressionnisme de Cézanne, van Gogh ou Gauguin, le cubisme de Picasso, le fauvisme, l'art japonais ou encore de la Renaissance allemande. La force expressive de son œuvre résume à elle seule les principaux aspects de l’art au début du XXe siècle.

Elle meurt des suites d'un accouchement difficile, à 31 ans.

Jusqu'à l'exposition que lui consacre le musée d'Art moderne de la ville de Paris en 2016, elle est peu connue au-delà des pays germanophones.

Paula Becker, née en 1876, est le troisième enfant venu au monde au sein d’une fratrie qui compta en tout sept frères et sœurs. Son père, Carl Woldemar Becker, est un ingénieur des chemins de fer allemands (et est le fils d'un professeur de français d'une université russe) et sa mère, Mathilde von Bültzingslöwen, appartient à une vieille famille de la noblesse de Thuringe. C'est une famille cultivée et ouverte au monde.

Paula Becker passe les douze premières années de sa vie à Dresde, une période au sujet de laquelle très peu d’éléments sont connus, excepté un accident grave survenu en 1886 : alors qu'elle joue avec deux cousines dans une fosse à sable, les trois jeunes filles sont ensevelies, une de ses cousines meurt étouffée. Selon sa biographe Liselotte von Reinken, ce drame l'aurait marquée et serait à l'origine de la détermination avec laquelle elle va poursuivre ses objectifs artistiques. En 1888, Carl Woldemar Becker obtient un poste à Brême dans le secteur du bâtiment, ce qui pousse la famille à quitter la ville de Dresde. La vie culturelle de Brême est très effervescente à cette époque, et la mère de Paula Becker cultive de nombreuses amitiés dans les cercles artistiques, si bien que la famille Becker peut jouir constamment de relations privilégiées avec ce milieu.

Au début de l’été 1892, Paula Becker est envoyée par ses parents en Angleterre afin d’y effectuer un séjour linguistique. Une demi-sœur de son père vit aux environs de Londres, et Paula Becker la rejoint quelque temps, pour apprendre à parler l’anglais et, par la même occasion, à tenir un ménage. Grâce au soutien de son oncle, la jeune fille peut également recevoir des cours artistiques. Après quelques études préliminaires de croquis, elle commence à fréquenter une école d'art privée, où elle passait six heures par jour pour y être initiée à la technique du dessin. Ces cours sont cependant bien vite abandonnés : la durée du séjour londonien de Paula Becker avait été initialement fixée à un an par ses parents, mais le mal du pays, la nostalgie du foyer et la discipline autoritaire que lui impose sa tante la pousse à repartir pour l’Allemagne à peine six mois plus tard.

Paula Becker suit les cours d’une école de formation d’institutrices à partir de 1893, à Brême. Elle suit en cela, à contrecœur, les pas de sa sœur la plus âgée, qui avait poursuivi le même cursus. Toutefois, elle peut obtenir de son père, en contrepartie, le droit d’assister à des cours de peinture. Ces cours chez le peintre Bernhard Wiegandt constituent notamment pour Paula Becker la première occasion de travailler d’après de vrais modèles. De cette époque datent par exemple une série de portraits de ses frères et sœurs, ainsi que son premier autoportrait, réalisé vers 1893. Cette activité artistique ne la conduit pas à négliger ses études principales : en septembre 1895, elle passe l’examen d’institutrice et obtint le diplôme.

Au début de l’année 1893, Paula Becker peut par ailleurs admirer pour la première fois les réalisations du cercle artistique de Worpswede, lorsque Fritz Mackensen, Otto Modersohn, Fritz Overbeck, Hans am Ende et Heinrich Vogeler exposent leurs toiles à la Kunsthalle de Brême. La jeune femme est certes charmée, mais rien dans son journal ne permet d’affirmer qu’elle est vraiment impressionnée. Elle y confie néanmoins avoir beaucoup apprécié une toile de son futur mari, Otto Modersohn, qui resplendit de couleurs étranges et donne une saveur très particulière à un paysage de bruyères.

Grâce à la branche maternelle de sa famille, Paula Becker peut se rendre à Berlin au début de l’année 1896 afin d’y suivre pendant six semaines des cours de dessin et de peinture auprès de l’Association des artistes berlinoises (Verein der Berliner Künstlerinnen). Cette école de peinture est très en vue : à peine onze années plus tôt, Käthe Kollwitz y a par exemple fait ses premières armes. L’existence de ce type d’associations était une nécessité pour les femmes, qui n’avaient pas encore accès aux académies des beaux-arts à l’époque.

Paula Becker est en mesure de poursuivre sa formation au-delà des six semaines initialement envisagées, car il semble que sa mère ait obtenu auprès de la direction une diminution des droits de scolarité. Pour parvenir à payer des études à sa fille, Mathilde Becker accueille un pensionnaire dans la maison familiale. Par ailleurs, le frère de Mathilde, Wulf von Bültzingslöwen, tout comme son épouse Cora, se déclarent prêts à loger Paula Becker à leur domicile et à pourvoir à ses besoins quotidiens.

L’enseignement dispensé à Berlin accorde une place prépondérante au dessin, réalisé à partir de modèles professionnels. Seules les candidates ayant déjà une bonne maîtrise de la matière sont admises dans la classe. De nombreux dessins de nu réalisés par Paula Becker et datant de cette période ont pu être conservés : les lignes, en règle générale, sont fortement marquées, et l'on est frappé de l'omniprésence des effets de clair-obscur. En 1897, elle est admise pour la première fois dans la classe de Jeanna Bauck. Cette artiste, aujourd’hui tombée dans l’oubli, a une influence profonde sur sa jeune élève, et la persuade plus tard d’aller vivre quelque temps à Paris.

Au cours de son séjour berlinois, Paula Becker passa de nombreuses heures dans les galeries des musées. Tout comme les artistes du mouvement nazaréen qui avait connu son apogée sept décennies plus tôt, Paula Becker aime par-dessus tout les toiles de la Renaissance allemande et italienne. Parmi les peintres qu’elle apprécie particulièrement, on compte Albrecht Dürer, Lucas Cranach, Hans Holbein l'Ancien, Le Titien, Botticelli et Léonard de Vinci. Elle semble donc avoir eu une prédilection pour les artistes ayant tendance à dessiner des formes claires et à appuyer sur le trait.

À l’occasion des noces d’argent des parents, la famille Becker entreprit à l’été 1897 une excursion au petit village de Worpswede, situé à quelques encablures de Brême. Paula Becker est impressionnée par la singularité du lieu, par la diversité des couleurs du paysage et surtout par la « colonie artistique » (Künstlerkolonie) qui y a été fondée quelques années plus tôt, prenant comme modèle l'école de Barbizon.

Avant même l’automne, elle se rend à nouveau sur place en compagnie d’une amie, afin de rencontrer les peintres et visiter les lieux avec plus d’attention. En 1898, Paula Becker décide en accord avec ses parents de s'installer à Worpswede.

À l’origine, le séjour est envisagé comme de simples vacances de courte durée. Mathilde Becker a prévu que sa fille y suive pendant seulement deux semaines les cours de peinture et de dessin de Fritz Mackensen, afin qu’elle puisse ensuite partir pour Paris à l’automne et y trouver une place de fille au pair. On doit par ailleurs à l’influence du père d’avoir pu convaincre Mackensen de prendre en charge la jeune artiste. Malgré toutes ces précautions familiales, il semble bien que Paula Becker, lorsqu’elle prend finalement la route de Worpswede en septembre 1898, a l’intention d’y rester plus longtemps que prévu et ambitionne de devenir une artiste professionnelle.

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