Paul-Marie Veyne, né le 13 juin 1930 à Aix-en-Provence et mort le 29 septembre 2022 à Bédoin, est un historien et universitaire français.
Spécialiste de la Rome antique, ancien élève de l'École normale supérieure, membre de l'École française de Rome (1955-1957), il est professeur honoraire du Collège de France.
Paul Veyne est issu d'un milieu modeste : des grands-parents agriculteurs, un père employé de banque puis courtier en vins. Il est le premier de sa famille à obtenir le baccalauréat. Il indique avoir été fasciné dès son enfance par les antiquités, notamment par la découverte à 8 ans d’une pointe d’amphore romaine gisant dans la terre près de Cavaillon. Dans le premier entretien de son ouvrage Sexe et pouvoir à Rome, Paul Veyne distingue leur « religion sans Église », sa fascination pour l'art antique — qu'il rapproche de l'art italien et oppose à l'« art germanique » — et l'« absence de susceptibilité identitaire » comme des éléments expliquant son intérêt pour le monde gréco-romain.
Après une scolarité secondaire au collège Mignet d'Aix, une hypokhâgne au lycée Henri-IV à Paris, puis une khâgne au lycée Thiers de Marseille, Paul Veyne devint élève à l'École normale supérieure (1951-1955) et à l’École pratique des hautes études (1951-1954 et 1957-1962).
Arrivé deuxième au concours de l'agrégation de grammaire (1955), il devient élève de l’École française de Rome. Il se lie d'amitié avec Georges Ville, un autre normalien parti lui aussi à Rome.
Après avoir publié un texte contre l'usage de la torture par les troupes françaises dans les guerres coloniales, il est pisté par la police. Parallèlement, et sans grande conviction, il adhère au PCF, et le quitte, après l'insurrection de Budapest en 1956. Il affirme n'avoir pas été capable de sortir un seul mot durant toutes les réunions de ses cinq années de participation, expliquant : « Je me trouvais en présence d'une secte, je ne comprenais pas de quoi il s'agissait, à quoi ça servait, ce qu'il fallait dire… ». S'il confesse son admiration pour la base, il reconnait ne pas avoir été militant.
Il soutient sa thèse de doctorat sur la pratique du don dans l'Empire romain en 1974. Elle est publiée en 1976 sous le titre Le Pain et le Cirque. C'est en voulant écrire sa préface qu'il a développé les idées qui ont constitué l'un de ses ouvrages les plus importants, Comment on écrit l'histoire.
Après avoir commencé sa carrière à la Sorbonne comme assistant, sa carrière universitaire se déroule à Aix-en-Provence à partir de 1961, où il finit professeur. En 1975, il entre au Collège de France grâce à l'appui de Raymond Aron (alors abandonné par son ancien dauphin Pierre Bourdieu) qui veut voir en ce normalien celui qui s'occupera de ses travaux après sa mort. Mais Paul Veyne oublie de citer son nom lors de sa leçon inaugurale, ce qu'Aron ne lui pardonne pas : « Pour Aron, ce fut un choc terrible, le signe de mon ingratitude. Et à partir de ce jour, il se mit à me persécuter après m'avoir fait élire… ». Titulaire de la chaire d'histoire de Rome, il y reste en activité de 1975 à 1998.
En février 1979, il fait partie des 34 signataires de la déclaration rédigée par Léon Poliakov et Pierre Vidal-Naquet pour démonter la rhétorique négationniste de Robert Faurisson.
Il a participé à la série d'émissions de Gérard Mordillat et Jérôme Prieur sur les débuts du christianisme, L'Apocalypse (2008), qui a suscité un grand retentissement en France et en Allemagne après sa première diffusion sur la chaîne Arte.
À la fin de sa vie, il crée la polémique en proposant la suppression des options de langues anciennes dans l'enseignement secondaire, position qu'il réitère dans le contexte de la réforme du collège de 2015, en déclarant notamment : « Il vaut mieux apprendre l'anglais que le latin et le grec ».
Paul Veyne meurt le 29 septembre 2022 à Bédoin à l'âge de 92 ans.
À la suite de l'annonce de sa mort, le président de la République française Emmanuel Macron déplore, dans un communiqué officiel, la perte d'un « grand historien ». Le même jour, sa mémoire est saluée par tous les historiens comme ayant été un de ceux qui ont fait avancer l’histoire romaine, en travaillant sur des sujets aussi importants que les échanges économiques et culturels à travers la Méditerranée. Le 30 septembre 2022, le Collège de France ainsi que la bibliothèque municipale de Bédoin rendent hommage à sa mémoire. Le 3 octobre 2022, la direction de l'École française de Rome rappelle dans un communiqué de presse l'importance de son bilan d'historien et d'universitaire.
Paul Veyne épouse l'indianiste Hélène Flacelière, dite Elena Irissou en 1964, avec qui il a un fils, Damien. Il se remarie avec le médecin Estelle Blanc en 1979.
Dans le dernier chapitre de son ouvrage Et dans l'éternité je ne m'ennuierai pas, Paul Veyne fait le récit de sa vie beaucoup plus intime. Il évoque notamment le suicide de son fils, la mort de sa femme Estelle, ou encore le pacte passé avec celle-ci pour officialiser et régir le ménage à trois qu’ils formeront avec la meilleure amie d'Estelle, Françoise Combes-Mareschal, également médecin.
Paul Veyne était affecté d'une malformation congénitale dite Leontiasis ossea ou Syndrome de la Face de Lion, qui lui donnait une bosse sur la joue gauche.
Paul Veyne continue de publier des ouvrages où, pour une nouvelle écriture de l'histoire, il mêle l'érudition aux bons mots, les valeurs nietzschéennes (notamment à travers ses études des jeux du cirque) à une approche de l'objet puisée chez Michel Foucault. Il revendique également l'influence des sociologues Max Weber et Georg Simmel, de l'historien Henri-Irénée Marrou et des travaux du jeune Aron sur la « philosophie critique de l'histoire ».
Il mène également une réflexion sur l'émergence et la victoire du christianisme dans l'Empire romain, problématique qui fait l'objet de son livre en 2007 Quand notre monde est devenu chrétien (312-394).