Ce Jour-là

Paul Rose

Souverainiste québécois (par terrorisme)

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Paul Rose, né à Montréal le 16 octobre 1943 et mort dans la même ville le 14 mars 2013, est un militant indépendantiste, politologue et syndicaliste québécois. Membre de la cellule de financement Chénier du Front de libération du Québec (FLQ), il a été condamné en mars 1971 à la prison à perpétuité pour le meurtre du vice-premier ministre du Québec, Pierre Laporte, durant la crise d'Octobre 1970. Même si le rapport Duchaîne (1980) indique qu'il n'était pas présent au moment des faits, Paul Rose, au même titre que les autres membres de la cellule Chénier, assumera toujours une « responsabilité collective » dans la mort de Laporte à titre de participant à une infraction.

Après avoir obtenu sa libération conditionnelle à la fin de l'année 1982, il s'implique à la Confédération des syndicats nationaux (CSN), tient une chronique dans le mensuel de gauche L'Aut'Journal et devient une éminente figure du Parti de la démocratie socialiste (PDS). Il est le frère d'un autre membre du FLQ, Jacques Rose, fils de la militante Rose Rose et père du réalisateur Félix Rose. En 2020, à l'occasion des 50 ans de la crise d'Octobre, ce dernier en fait l'un des principaux protagonistes de son documentaire Les Rose, qui retrace le parcours familial.

Paul Rose naît le 16 octobre 1943 dans le quartier Saint-Henri, à Montréal. Il passe son enfance à Ville-Émard. Aîné d'une modeste famille ouvrière qui compte cinq enfants (Paul, Lise, Jacques, Suzanne et Claire), il est le fils de Rose Doré (1914-1981), ouvrière de l'Imperial Tobacco, et de Jean-Paul Rose (1917-1980), journalier à la Redpath Sugar de Pointe-Saint-Charles. Afin de joindre les deux bouts, sa mère est également couturière à domicile. Alors que le jeune Paul a huit ans, la famille déménage dans la municipalité de Jacques-Cartier, un quasi-bidonville aujourd’hui annexé à Longueuil.

Les années à Jacques-Cartier sont compliquées pour les Rose, qui font face à des conditions de vie difficiles: la maison ne compte pas de fondations, les murs ne sont pas isolés et le système d'aqueduc n'est même pas encore mis en place. Alors que son mari se rend au travail en bicyclette, Rose Rose est employée comme serveuse afin de soutenir l'économie familiale. Paul Rose met également la main à la pâte, puisqu'il travaille l'été comme équeuteur de fraises à Longueuil. Ce premier emploi marque également le début d'un certain éveil militant: alors qu'il n'a que 12 ans, il organise une grève avec ses camarades afin d'augmenter le taux payé par casseau de fraises. Le jeune Paul, qui adore l'école, s'intéresse déjà au monde qui l'entoure et commence à se forger une conscience politique. Très jeune, il lit notamment Les Anciens Canadiens, de Philippe Aubert de Gaspé, un livre qui l'aurait éveillé à «l'oppression historique de son peuple». À 13 ans, alors qu'il faisait du travail de menuiserie, un clou projeté en l'air lui crève l'œil gauche: cet évènement marquera l'apparence de son visage toute sa vie. Un peu plus tard, parallèlement à ses études secondaires, il travaille comme plongeur, manœuvre et homme de ménage dans un hôtel montréalais. Après ses études secondaires, Paul Rose s'inscrit en humanités modernes au Collège Sainte-Marie. Afin de payer ses études, il travaille comme débardeur au port de Montréal et comme bell boy et garçon d'ascenseur dans un hôtel. À partir de 1966, il enseigne les mathématiques et le français tout en poursuivant ses études. Il occupe par la suite un poste de «professeur en enfance inadaptée» auprès d'enfants handicapés à l'école Gérard-Filion, à Longueuil. Il perd cet emploi après avoir protesté, auprès de la commission scolaire, contre les conditions d'apprentissage précaires des enfants (ils sont notamment logés dans un vieux baraquement en contreplaqué qu'ils surnomment «le poulailler»). En 1968, il obtient son baccalauréat en sciences politiques.

Débuts d'un engagement militant

Le Lundi de la matraque et le Rassemblement pour l'indépendance Nationale (RIN)

Dans les années 1960, en pleine Révolution tranquille, Paul Rose s'intéresse de près à la situation politique du Québec et participe à plusieurs manifestations. La plus importante dans son parcours est sans doute le Lundi de la matraque, une émeute qui éclate à Montréal durant le défilé de la Saint-Jean-Baptiste, la veille d'une élection fédérale, le 24 juin 1968. Après avoir été matraqué par les policiers, il est arrêté ce jour-là et rencontre, dans le fourgon de police, Jacques Lanctôt, qui milite alors dans plusieurs regroupements de gauche et a déjà participé à des actions du Front de libération du Québec (FLQ) pour lesquelles il a d'ailleurs été emprisonné.

La même année, Rose et Lanctôt publient Le lundi de la matraque, un recueil qui contient des témoignages de victimes de brutalité policière lors du défilé de la Saint-Jean-Baptiste. Ce projet donne l'occasion à Paul Rose de rencontrer Pierre Bourgault, le chef du Rassemblement pour l'indépendance nationale (RIN), Robert Lemieux, avocat et militant, Michel Viger, militant indépendantiste, ou encore Gérald Godin, éditeur, poète et futur député du Parti québécois (PQ). Toujours en 1968, Paul Rose et Jacques Lanctôt participent également à Taire des hommes, un court documentaire faisant le récit des évènements du Lundi de la matraque (réalisé par Pierre Harel et Pascal Gélinas).

Résolument nationaliste, Paul Rose commence à s'impliquer au RIN à l'été 1968, juste avant que l'organisme ne se dissolve pour rejoindre le Parti québécois. Le PQ, nouvellement formé, ne suscite pas beaucoup d'enthousiasme pour Rose, qui considère le parti comme «trop large, trop loin de la rue, trop centré sur les élections». Au RIN, il rencontre plusieurs militants indépendantistes dont Francis Simard, qui est alors le secrétaire du parti dans le comté de Taillon et futur membre de la cellule Chénier du FLQ. À la fin des années 1960, Rose étudie en sciences économiques et s'implique au sein de multiples causes nationalistes et progressistes, notamment lorsqu'il participe a la campagne contre le projet de loi 63, milite pour la francisation de l'Université McGill et participe aux manifestations du Mouvement de libération du taxi.

En 1969, il fait partie d'un groupe de militants indépendantistes et révolutionnaires (notamment son frère Jacques et Francis Simard) qui ouvre, à Percé (Gaspésie), la Maison du pêcheur, une auberge populaire qui offre gîte et nourriture gratuite aux jeunes sans argent. Il s'agit de la première auberge de jeunesse populaire au Québec et, surtout, d'un important lieu d'échange intellectuel et d'animation politique. La Maison du pêcheur est particulièrement populaire auprès de la jeunesse militante et attire même des artistes comme Robert Charlebois, Gaston Miron, Claude Dubois et Paul Chamberland.

Malgré une certaine proximité avec les locaux, notamment les pêcheurs (pour qui on revendique de meilleures conditions), les jeunes militants doivent faire face à l'hostilité des commerçants et des autorités municipales durant tout l'été. Le maire de Percé considère alors que la Maison du pêcheur «attire les pouilleux et encourage la débauche», mais n'est pas prêt à agir pour autant. Un mouvement d'opposants s'organise autour du chef des pompiers de Percé et de quelques commerçants influents et un groupe d'une vingtaine de personnes s'attaque à la Maison du pêcheur, défonçant la porte d'entrée à coups de hache, et expulse violemment la cinquantaine de jeunes qui s'y trouvent en utilisant des boyaux d'incendie. La Sûreté du Québec intervient pour mettre fin à ce saccage et procède à l'arrestation de Paul Rose.

Fait étonnant, derrière les barreaux, Paul Rose rencontre le célèbre braqueur de banque français Jacques Mesrine, alors incarcéré pour un vol de bijoux. Ce dernier mentionne cette rencontre dans son autobiographie, L'instinct de mort. À leur sortie de prison, les jeunes militants ne lâchent pas l'affaire et s'emparent d'un poste de radio local à travers lequel ils revendiquent, en ondes, « la Gaspésie aux pêcheurs » et la « Gaspésie libre ». Paul Rose poursuit également les policiers pour «assaut grave et ivresse», ce qui force leur chef à démissionner et à rentrer à Montréal. Face aux médias, ils résument leurs positions, estimant que la Gaspésie doit «appartenir aux Gaspésiens, aux pêcheurs, aux gens du peuple» et pas aux «riches touristes américains de passage». Cet épisode met pour la première fois Paul Rose sous les projecteurs, alors qu'il est un leader du mouvement et que l'attention médiatique du Québec se tourne vers Percé. Face à l'hostilité des autorités locales, les militants finissent toutefois par rentrer à Montréal à l'automne 1969, accompagnés par Bernard Lortie, militant gaspésien et futur membre de la cellule Chénier. Un film sur ces évènements, La Maison du pêcheur, a été tourné à Percé en 2012. Très apprécié par le public, particulièrement les jeunes, le film reçoit quelques critiques acerbes de la part de certains chroniqueurs de quotidiens montréalais.

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