Gian Pietro Carafa, né le 28 juin 1476 à Capriglia Irpina (Campanie) et mort le 18 août 1559 à Rome, est un religieux italien du XVIe siècle issu de l'illustre famille Carafa, qui devient le 223e pape de l'Église catholique sous le nom de Paul IV.
Gian Pietro Carafa fut nommé évêque de Chieti, mais démissionna en 1524 pour fonder avec saint Gaétan de Thiène l'ordre des Théatins. Rappelé à Rome et nommé archevêque de Naples, il s'attela à la réorganisation du système inquisitorial face à l'essor du protestantisme en Europe, avec lequel il s'opposait à tout dialogue (l'Inquisition ayant été instituée par le pape Innocent III, qui en avait réglementé les procédures au XIIIe siècle). Il fut ensuite nommé cardinal et controleur général de l'Inquisition. Carafa fut élu pape en 1555 grâce à l'influence du cardinal Alessandro Farnese, malgré l'opposition de Charles Quint, empereur du Saint-Empire romain germanique. Son pontificat fut marqué par un nationalisme exacerbé, en réaction à l'influence de Philippe II d'Espagne et des Habsbourg. La nomination de Carlo Carafa comme cardinal-neveu aggrava encore la situation de la papauté, et des scandales contraignirent Paul IV, très axé sur le népotisme, à le destituer. Il réprima certains abus du clergé à Rome, mais ses méthodes furent jugées sévères. Il instaura le premier Index Librorum Prohibitorum, ou « Index des livres interdits », bannissant les ouvrages qu'il considérait comme erronés. Malgré son âge avancé, il travailla sans relâche et promulgua quotidiennement de nouveaux décrets et règlements, déterminé à empêcher les protestants et les marranes récemment immigrés de gagner en influence dans les États pontificaux. Paul IV publia la bulle papale Cum nimis absurdum, qui confinait les Juifs de Rome dans le quartier du claustro degli Ebrei (« enclos des Hébreux »), plus tard connu sous le nom de ghetto de Rome. Il s'agit d'une des premières formes modernes de ghetto. Il mourut très impopulaire, à tel point que sa famille précipita ses funérailles pour éviter que sa dépouille ne soit profanée par un soulèvement populaire.
Gian Pietro Carafa appartenait à une famille de la haute noblesse napolitaine, les Carafa della Stadera, qui avait déjà donné plusieurs cardinaux à l'Église. Il est le petit-fils du comte de Maddaloni Diomede Ier Carafa richissime aristocrate humaniste italien, ami de Laurent de Médicis du côté paternel. Du côté maternel, il descend de la famille Noronha, la plus puissante famille noble du Portugal liée à la maison royale de Portugal et aux Bragance.
C'est un grand-cousin du prince de Castiglione Marittimo, Antonio d'Aquino, beau-fils du maréchal de France et prince de Melfi Jean Caracciolo.
Gian Pietro Carafa est aussi un parent du pape Innocent XII.
Il fut pris sous l'aile de son oncle le cardinal Oliviero Carafa qui lui céda l'évêché de Chieti. Sous la direction du pape Léon X, il fut ambassadeur en Angleterre puis nonce apostolique en Espagne, où il développa une haine farouche du pouvoir espagnol qui influença la politique de son pontificat ultérieur. En 1518, il devint archevêque de Brindisi.
En 1524, le pape Clément VII autorisa Carafa à renoncer à ses bénéfices et à rejoindre la congrégation ascétique et nouvellement fondée des Clercs réguliers, communément appelée les Théatins. Après le sac de Rome en 1527, l'ordre s'installa à Venise. Là, il écrivit dans un mémorandum en 1533 que la réforme de l'Église et la lutte vigoureuse contre toute déviation étaient indissociables.Carafa fut rappelé à Rome par le pape réformateur Paul III (1534-1549), pour siéger à un comité de réforme de la cour pontificale, une nomination qui annonçait la fin d'une papauté humaniste et un renouveau de la scolastique, Carafa étant un parent de Thomas d'Aquin.
En décembre 1536, il fut nommé cardinal-prêtre de San Pancrazio, puis archevêque de Naples et doyon du Sacré Collège. Le colloque de Ratisbonne, en 1541, ne parvint pas à une quelconque réconciliation entre catholiques et protestants en Europe, mais vit au contraire plusieurs personnalités italiennes rejoindre le camp protestant. En réaction, Carafa réussit à persuader le pape Paul III d'établir une Inquisition romaine, sur le modèle de l'Inquisition espagnole, dont il devint l'un des inquisiteurs généraux. La bulle papale fut promulguée en 1542. Carafa exigea la surveillance de l'éducation, ordonna la confiscation de nombreux auteurs, tels qu'Érasme, et inspira la mise en garde de l'Inquisition contre les livres imprimés contenant des menaces perçues contre la chrétienté. À cet égard, il dirigea la commission chargée d'enquêter sur la querelle entre Bragadin et Giustiniani et qui recommanda la destruction du Talmud, texte fondamental du judaïsme, par le feu en 1553.
Son élection comme pape, successeur de Marcel II (1555), fut une surprise ; son caractère sévère et inflexible, combiné à son âge avancé et à son patriotisme italien, aurait dû impliquer, en temps normal, qu'il refuse cet honneur. Il accepta apparemment parce que l'empereur Charles Quint s'opposait à son accession au trône pontifical.
Carafa, élu le 23 mai 1555, prit le nom de « Paul IV » en hommage au pape Paul III qui l'avait nommé cardinal. Il fut couronné pape le 26 mai 1555 par le protodiacre. Il prit officiellement possession de la basilique Saint-Jean-de-Latran le 28 octobre 1555.
Une fois élu, il pratiqua un important népotisme, pratique courante à l'époque chez les souverains mais jusqu'alors assez peu poussée, en faisant ses neveux Carlo Carafa et Giovanni Carafa, respectivement, cardinal et secrétaire d'Etat et capitaine général de l'Eglise puis duc de Paliano.
En tant que pape, le nationalisme de Paul IV fut une force motrice ; il utilisa sa fonction pour préserver certaines libertés face à une quadruple occupation étrangère. À l'instar de Paul III, il était un ennemi de la famille Colonna. Son traitement de Giovanna d'Aragona, petite-fille du roi de Naples Ferdinand Ier, qui avait épousé Ascanio Colonna, suscita de vives critiques à Venise, car elle avait longtemps été une mécène des artistes et des écrivains. Cette dernière, nouvelle duchesse, fut assignée à résidence par le pape Paul IV et ce dernier lui interdit le mariage de ses filles. Elle parvint toutefois à s'échapper, déguisée en servante, et retourna à Rome à la mort de Paul IV.
Paul IV s'opposa farouchement au cardinal libéral Giovanni Morone, qu'il soupçonnait fortement d'être un protestant caché, au point de le faire emprisonner. Afin d'empêcher Morone de lui succéder et d'imposer à l'Église ce qu'il considérait comme ses convictions protestantes, Paul IV codifia le droit canonique, dans la bulle Cum ex apostolatus officio, l'exclusion des hérétiques et des non-catholiques de la papauté.
Paul IV était un homme d'une orthodoxie rigide, austère dans sa vie et autoritaire dans ses manières. Il affirma la doctrine catholique « extra ecclesiam nulla salus » (« hors de l'Église, point de salut ») et utilisa le Saint-Office pour réprimer les Spirituali, un groupe catholique considéré comme hérétique. Le renforcement de l'Inquisition se poursuivit sous son pontificat, et rares étaient ceux qui pouvaient se croire à l'abri de leur position face à sa volonté de réformer l'Église ; même les cardinaux qu'il n'appréciait pas pouvaient être emprisonnés. Il nomma l'inquisiteur Michele Ghislieri, futur pape Pie V, au poste de grand inquisiteur, bien que les persécutions menées par Ghislieri, alors inquisiteur de Côme, aient provoqué une rébellion dans toute la ville, le contraignant à fuir pour sauver sa vie. Paul IV créa également un comité spécial chargé de travailler sur l'Index Librorum Prohibitorum, dont une première ébauche fut achevée en 1557, qui servit plus tard de base à la première version promulguée par l'Inquisition après sa mort en 1559.
Paul IV instaura également une politique plus radicale et sévère envers les Juifs, contrastant avec la législation papale indulgente de la première moitié du XVIe siècle. Ainsi, dans les États pontificaux, et notamment dans le port d'Ancône, les marranes avaient prospéré sous les papes bienveillants Clément VII (1523-1534), Paul III (1534-1549) et Jules III (1550-1555). Ces derniers avaient même reçu la garantie qu'en cas d'accusation d'apostasie, ils ne seraient soumis qu'à l'autorité papale. Convaincu que la politique de clémence du pape avait été détournée par les Juifs et n'avait pas abouti à suffisamment de conversions, il promulgua des restrictions sévères et mit fin à toutes les dispenses accordées aux Juifs dans les États pontificaux, dans le but de les encourager à se convertir.