Paul Gérin-Lajoie, né le 23 février 1920 à Montréal et mort le 25 juin 2018 dans la même ville, est un avocat, homme politique et philanthrope québécois.
Figure majeure de la Révolution tranquille, il est l'un des principaux membres de l'équipe du tonnerre de Jean Lesage. Il est connu pour avoir été le premier ministre de l'Éducation du Québec, de 1964 à 1966. Il est également à l'origine de la doctrine Gérin-Lajoie, dont les principes guident la politique québécoise en matière de relations internationales depuis 1965.
Après avoir quitté la politique en 1969, il se tourne vers l'aide au développement. De 1970 à 1977, il dirige l'Agence canadienne de développement international (ACDI). En 1977, il crée la Fondation Paul Gérin-Lajoie, un organisme dévoué au financement et au développement de l'éducation dans les pays en voie de développement. Cette fondation est notamment connue pour la Dictée P.G.L., un événement organisé dans les écoles primaires et secondaires des pays de la Francophonie depuis 1992.
Paul Gérin-Lajoie descend de Jean Gérin dit La joie, un sergent dans les troupes de Louis-Joseph de Montcalm, originaire du village des Échelles en Savoie. Au fil du temps, le nom Gérin dit La joie s'est transformé en Gérin-Lajoie.
La famille compte plusieurs personnalités connues. L'arrière-grand-père de Paul, Antoine Gérin-Lajoie (1824-1882), est un avocat et un écrivain. Il épouse Joséphine Parent (1836-1926), la fille aînée du journaliste et avocat patriote Étienne Parent (1802-1874). Elle est également la sœur de Léon Gérin(1863-1951), premier sociologue québécois.
Son grand-père Henri Gérin-Lajoie (1859-1936) est un avocat du domaine des affaires. Il est président de la Banque provinciale et bâtonnier de Montréal et du Québec. Sa grand-mère Marie Lacoste (1867-1945), une pionnière du mouvement féministe au Québec, est la fille du sénateur et juge Alexandre Lacoste (1842-1923).
Son père, Henri Gérin-Lajoie fils (1892-1976), est un avocat spécialisé en droit des brevets d'invention et des marques de commerce, et l'auteur d'un répertoire de procédure civile du Québec. Enfin, sa tante Marie Gérin-Lajoie (1890-1971) est une pionnière du service social et de l'éducation des filles au Québec.
Membre d'une famille de quatre garçons et deux filles, Paul Gérin-Lajoie grandit à Montréal dans une famille aisée comptant de nombreux avocats. Il effectue son cours classique au collège Jean-de-Brébeuf, où il fait la connaissance du professeur et écrivain François Hertel. Bon élève, il n'est cependant jamais un premier de classe.
En décembre 1938, durant sa dernière année d'études, Gérin-Lajoie reçoit la bourse Rhodes. Celle-ci est « la plus prestigieuse et la plus généreuse des bourses d'études à l'étranger alors disponibles pour les Canadiens », et « permettait de faire jusqu'à trois ans d'études à l'Université d'Oxford en Angleterre ». Le début de ses études en Angleterre est alors prévu pour l'automne 1939. Toutefois, le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale en septembre 1939 interrompt ce projet et l'usage de la bourse est reporté après la guerre. Il décide alors de faire ses études à la Faculté de droit de l'Université de Montréal.
Diplômé en 1942, il est admis au Barreau en juillet 1943.
En septembre 1945, Paul Gérin-Lajoie se rend en Angleterre pour poursuivre ses études en droit. Intéressé à l'origine par les questions de propriété industrielle et intellectuelle (brevets d'invention, droits d'auteur, marques de commerce), il finit toutefois plutôt par se diriger vers le droit constitutionnel. Intéressé par ce domaine depuis le collège, l'actualité canadienne et québécoise de l'époque ramenait le sujet constamment devant l'opinion publique sous différentes formes; par le débat sur l'assurance-chômage, la répartition des sièges au Parlement fédéral, le partage des pouvoirs de taxation entre Ottawa et Québec, le rapatriement de la Constitution, etc.
Ce séjour en Europe coïncide avec de nombreux événements marquants, d'un point de vue constitutionnel : la fondation de la IVe République en France, le début de la division entre Allemagne de l'Ouest et Allemagne de l'Est, l'adoption d'une nouvelle Constitution républicaine en Italie, l'adoption de constitutions de « démocratie populaire » dans les pays de l'Europe de l'Est, et l'indépendance d'anciennes colonies en Asie, notamment l'Inde et le Pakistan. Tout en voyageant en Europe – entre autres au Portugal, en France et en Tchécoslovaquie –, Paul Gérin-Lajoie participe également à des congrès de jeunesse. Ceux-ci lui permettent de découvrir la culture et les idéologies politiques de ces pays se redressant de la guerre. C'est ainsi qu'il fait connaissance avec le pape Pie XII (en 1946) et qu'il commence à publier des articles de journaux, notamment dans Le Devoir et dans La Gazette de Lausanne en Suisse. Il produit aussi quelques reportages en français sur le réseau de la BBC pour Radio-Canada.
En parallèle à ces visites, Paul Gérin-Lajoie fait une thèse de doctorat en droit sur la question de l'amendement dans la Constitution canadienne. Dirigé par le professeur Kenneth C. Wheare (en), auteur de plusieurs études sur le fédéralisme et le régime constitutionnel et politique du Commonwealth britannique, il décroche son diplôme en 1948.
Expert en questions constitutionnelles
Revenu au Québec en juin 1948, Paul Gérin-Lajoie devient associé au cabinet Lajoie, Gélinas et McNaughton où il exerce le droit commercial et institutionnel. Toutefois, son intérêt pour les affaires publiques et son expertise constitutionnelle l'amènent à prononcer des conférences devant différents organismes et à publier des articles dans des revues, en anglais et en français.
Sa thèse publiée sous forme de livre (en anglais) fait sensation. En 1950, elle lui mérite le prix David remis par le gouvernement du Québec pour récompenser les meilleurs ouvrages parus durant l'année. Peu à peu, ce livre devient une référence pour les étudiants en droit et les participants aux conférences fédérales-provinciales.
Au début des années 1950, la question de l'autonomie provinciale occupe une place centrale dans l'actualité politique. En août 1952, l'Ontario accepte un accord fiscal avec le gouvernement fédéral, permettant à Ottawa d'occuper de façon permanente un champ de compétence qui revient normalement en exclusivité aux provinces. À la suite de cet accord, le Québec se retrouve isolé face au gouvernement fédéral, sans garantie quant à la protection de son autonomie. Dans ce climat chargé de tension, la Chambre de commerce du Québec réclame au gouvernement de Maurice Duplessis de tenir une commission d'enquête sur les problèmes constitutionnels. À la fin de novembre 1952, une délégation de 500 membres de la Chambre (incluant Paul Gérin-Lajoie) rencontrent le premier ministre pour le presser d'agir. Duplessis accepte. Quelques mois plus tard, en février 1953, la Commission royale d'enquête sur les problèmes constitutionnels (présidée par le juge Thomas Tremblay) est créée.
Très préoccupé par la situation de l'éducation au Québec, Paul Gérin-Lajoie en fait son principal cheval de bataille. Il devient ainsi le conseiller juridique de la Fédération des collèges classiques, le 6 juin 1953.