Ce Jour-là

Paul Delmas-Marsalet

Neuropsychiatre français, professeur à la Faculté de Médecine de Bordeaux (1898-1977)

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Paul Delmas-Marsalet, né le 4 août 1898 à Dax et mort le 29 juillet 1977 à Léognan, est un médecin français, professeur de neuro-psychiatrie à l'université de Bordeaux, qui a joué un rôle majeur dans le développement des neurosciences cliniques et expérimentales.

Paul Delmas-Marsalet est né le 4 août 1898 à Dax (Landes) et est mort le 29 juillet 1977 à Léognan (Gironde). Il est issu de lignées de médecins remontant au XVIe siècle. Il est le fils de Jean Baptiste Maurice Delmas-Marsalet (1869-1918), médecin, décédé au cours de la Première Guerre mondiale des suites de l'exposition au gaz moutarde, et de Marie Clotilde Yvonne Darroze (1876-1952), fille du docteur Alfred Darroze, fondateur des Thermes de Préchacq. Le père de Paul Delmas-Marsalet était directeur des « Grands Thermes » de Dax, fondés par son grand-père (également nommé Paul Delmas-Marsalet) en 1871. Son jeune frère Alfred Delmas-Marsalet (1905-1945), médecin généraliste, membre de plusieurs réseaux de résistance, est mort en déportation le 27 avril 1945, après avoir été capturé en 1944. Après avoir assuré la subsistance et l'éducation de ses trois plus jeunes frères et sœurs après le décès prématuré de son père, Paul Delmas-Marsalet prend aussi en charge ses quatre neveux et nièces après le décès de son frère. Il se marie le 1er juin 1928 avec Simone Jeanne Guyot (1908-2008), fille du Professeur de chirurgie Jean Joseph Guyot (1873-1955), et sœur du cardinal Jean Louis Guyot (1905-1988), archevêque de Toulouse.

Il étudie au lycée de Bayonne, puis débute ses études de médecine à Bordeaux avant de s'engager dans l'armée en 1917, d'abord en tant que brancardier puis en tant que médecin auxiliaire au 30° régiment d'infanterie. Après la guerre, il poursuit ses études de médecine à Bordeaux, tout en travaillant comme préparateur dans le laboratoire du physiologie du Professeur Victor Pachon de 1921 à 1929.

Paul Delmas-Marsalet est reçu au concours de l'internat des hôpitaux de Bordeaux en 1922, et obtient en 1927 la médaille d'or de l'internat, avant de devenir chef de clinique du Professeur Henri Verger (1873-1930). Il soutient en 1925 sa thèse pour l'obtention du doctorat en médecine sur les fonctions motrices du noyau caudé chez le chien issue de ses travaux de recherche dans le laboratoire du Professeur Pachon. Il est major du concours de l'agrégation en 1930. Médecin des hôpitaux en 1931, il sera ensuite nommé chef du service de neurologie de l'hôpital Saint-André de Bordeaux. Il succède en 1941 au Professeur Jean Abadie en tant que professeur titulaire de la chaire de clinique des maladies nerveuses et mentales à la Faculté de Médecine de Bordeaux.

En 1956, il crée le Centre Jean Abadie, nommé ainsi en hommage à son maitre, en s'inspirant du modèle nord-américain d'une neuropsychiatrie académique intégrée. Ce centre hospitalier a été construit par les architectes Richard-Chauvin et Mathieu rue des Sablières derrière l'Hôpital des Enfants, après la destruction de l'ancien pavillon des maladies infectieuses. Il a été financé par les collectivités territoriales présidées par le maire de Bordeaux Jacques Chaban-Delmas.

Ce centre, premier de ce type en France, était considéré alors comme le "centre neuropsychiatrique le plus moderne d'Europe". Il réunissait en un même lieu toutes les spécialités du cerveau : neurologie, neurochirurgie, neuroradiologie, neuropathologie, explorations fonctionnelles, et psychiatrie. Lors de l'inauguration du centre, Paul Delmas-Marsalet déclara dans son discours que « Le niveau atteint par l'angoisse humaine, le taux élevé des maladies mentales et celui de l'alcoolisme ont nécessité la création de ce centre de neurologie, psychiatrie et de neuro-chirurgie ». Il conclut son discours en proposant comme devise pour ce centre « Vous qui entrez ici, gardez toute espérance ».

Paul Delmas-Marsalet a été membre de la Société de Médecine et de Chirurgie de Bordeaux à partir de 1932, et membre correspondant national de l'Académie de Médecine du 20 juillet 1961 à sa mort en juillet 1977.

Paul Delmas-Marsalet est un des fondateurs français de la recherche en neurosciences cliniques et expérimentales. Il débute sa formation à la recherche dans le laboratoire de physiologie du Professeur Victor Pachon, inventeur de l'oscillomètre mesurant la pression artérielle. Il y développera un intérêt pour la construction d'appareils médicaux, parfois très extravagants, qu'il conservera tout au long de sa carrière. Il poursuit ses travaux de recherche pendant son internat chez le Professeur Leuret, il découvre les "lois de Delmas-Marsalet" concernant les pressions efficaces dans le pneumothorax. Il modifie les appareils alors utilisés et met au point un nouvel appareil de pneumothorax artificiel. Il a réalisé au cours de sa carrière universitaire de nombreux travaux de recherche précurseurs, tels que ceux portant dès 1935 sur le traitement neurochirurgical de la maladie de Parkinson post-encéphalitique. Il a mené des travaux de recherche sur les lésions des lobes frontaux, qu'il présente au congrés international de neurochirurgie à Londres en 1935, en incluant dans sa présentation un film cinématographique. Il a mené des travaux sur de très nombreuses autres pathologies : encéphalopathies démentielles, phacomatoses, paralysie générale, traitement des névragies faciales par des injections d'alcool, épilepsie. Il a publié deux précis de neurologie et biopsychologie, considérés alors comme des ouvrages de référence.

Paul Delmas-Marsalet a été un médecin et un chercheur à la renommée internationale, notamment pour ses travaux sur l'électroconvulsivothérapie (ECT ou sismothérapie). Il a joué un rôle majeur dans l'introduction en France du traitement par « électrochoc », après sa découverte et ses premières applications thérapeutiques en 1938 par les psychiatres italiens Ugo Cerletti (1877-1963) et Lucio Bini (1908-1964). Paul Delmas-Marsalet a conçu en 1941 un appareil à ECT portant son nom. Il s'agit du second appareil conçu en France, après le sysmothère Lapipe-Rondepierre développé en 1940 par les docteurs Marcel Lapipe de l'hôpital Vaugirard, et Jacques Rondepierre de l'hôpital psychiatrique Ville-Evrad. L'appareil Delmas-Marsalet, le premier à courant continu et caractérisé par sa simplicité d'usage, a été utilisé pendant des décennies. Le professeur Marc Louis Bourgeois, élève de Delmas-Marsalet, crééra à l'hôpital Charles Perrens la première unité de convulsivothérapie de la région Aquitaine, qu'il baptisera unité Delmas-Marsalet en hommage à son maitre.

En 1943, Paul Delmas-Marsalet publie un premier livre L'électro-choc thérapeutique et la dissolution-reconstruction, où il théorise un modèle explicatif du mécanisme d'action de l'ECT sur les troubles psychiatriques. Cette hypothèse, inspirée des théories de Huglings Jackson, repose sur un modèle hiérarchique des fonctions neuropsychiques, dont l'architecture serait désorganisée dans les troubles psychiatriques, et réorganisée sous l'action de l'ECT. Cette théorie inspirera le modèle de l'organo-dynamisme développé ultérieurement par Henri Ey. Cette approche théorique sera également citée par Georges Canguilhem dans son ouvrage Le normal et le pathologique. Selon Canguilhem, la théorie de Paul Delmas-Marsalet illustre le fait que la transition du pathologique au normal sous l'effet du traitement n'implique pas une « reconstruction »identique à l'état initial, mais peut être obtenue par une nouvelle organisation. Paul Delmas-Marsalet rédigera un second ouvrage en 1946 sur l'électroconvulsivothérapie. Paul Delmas-Marsalet est décrit par ses contemporains comme ayant une personnalité hors-norme. Inventeur génial, travailleur acharné dormant très peu, écrivant beaucoup, c'était aussi un excellent orateur très investi dans l'enseignement. Dans le cadre de ses fonctions de président de l'internat, il était chargé de la préparation de la revue annuelle, revue au cours de laquelle a été ensuite exhibée pendant des années une de ses machines les plus excentriques. A son départ de l'université, il prononça le 28 juin 1969 dans l'amphithéâtre Pitres une leçon magistrale d'adieu. Il était revêtu d'une des rares toges professorales de « mandarin » ayant échappé à leur incendie par les étudiants en mai 1968, à laquelle était accrochée toutes ses décorations. A l'image de cette leçon d'adieu, sa personnalité flamboyante a marqué les mémoires de toute une génération d'étudiants et de médecins bordelais.

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