Paul Deheuvels, né le 11 mars 1948 à Istanbul et mort le 30 janvier 2026à Bourg-la-Reine (Hauts-de-Seine), est un mathématicien français travaillant dans le domaine des statistiques et de la théorie des probabilités. Il est l’un des statisticiens théoriques français les plus cités internationalement dans les domaines des processus empiriques et de la théorie des valeurs des extrêmes, avec plus de 160 articles scientifiques.
Il a effectué sa carrière académique principalement au sein de l’enseignement supérieur et de la recherche en France. Professeur des universités, il a été durablement associé à l'université Pierre-et-Marie-Curie (Paris VI), où il a conservé un poste de professeur émérite jusqu'à sa mort et où il a contribué à la formation de générations d’étudiants et de chercheurs en probabilités.
Son œuvre mathématique est reconnue tant pour son élégance théorique que pour sa portée méthodologique et applicative. Parmi les sujets auxquels il a apporté des contributions importantes et durables figurent la théorie des valeurs extrêmes et des records, la théorie du renouvellement, les copules, les approximations fortes, les lois d’Erdős–Rényi, les processus empiriques et de quantiles, l’estimation non paramétrique de fonctions et les développements de Karhunen–Loève. Par son activité de conseil, Paul Deheuvels a également apporté des contributions substantielles à la statistique appliquée (from the Festschrift in Honour of Paul Deheuvels).
Paul Deheuvels a eu une influence majeure sur la statistique en France. En 1980, il a fondé le laboratoire de recherche en statistique de l’université Pierre-et-Marie-Curie Paris-Sorbonne) à Paris (le LSTA, Laboratoire de statistique théorique et appliquée), qu’il a dirigé jusqu’en 2013. Il a encadré un grand nombre de doctorants, dont beaucoup occupent aujourd’hui des postes de premier plan dans le monde académique et l’industrie.
Parmi d’autres distinctions, Paul Deheuvels a été élu Fellow de l’Institute of Mathematical Statistics en 1985 et membre de l’Académie des sciences en 2000 (correspondant de 1996 à 2000). En tant que seul statisticien de l’Académie, il a été un soutien et un promoteur infatigable de la statistique en France.
Il est aussi membre de l’International Statistical Institute (ISI-IIS), membre correspondant étranger de la « Real Academia de Ciencias Exactas, Físicas y Naturales » (Académie Royale d'Espagne), et membre de la Société Bernoulli pour la statistique mathématique et les probabilités.
Paul Deheuvels est le fils de René Deheuvels. Il est marié et père de quatre filles.
Son père, René Deheuvels, est issu d’une famille modeste et calviniste du nord de la France. Il était ancien élève de l'École normale supérieure, professeur de mathématiques à l’École polytechnique et président de l’École pratique des Hautes Études à Paris. Il avait été scholar de l’Institute for Advanced Study de Princeton et de Yale University. Le frère de René et oncle de Paul, Paul Deheuvels, agrégé de grammaire, a été proviseur du lycée Louis-Le-Grand à Paris.
France Deheuvels, née Lagarde, dont le père, Louis Lagarde, est consul général en Turquie, rencontre son époux quand il est professeur au lycée Galatasaray d’Istanbul. La mère de France, Gemma Melhame, est la fille de Habib Melhame et Emma Sassi (nièce de Selim Melhame). Louis Lagarde est originaire d’un petit village du Tarn, catholique, diplômé des Langues orientales de Paris (INALCO).
Alors que Paul est âgé de trois ans, ses parents partent aux États-Unis, où René est invité à l’Institute for Advanced Study à Princeton et où ils restent trois ans. Puis la famille s’installe à Bourg-la-Reine, mais passe encore un an à Yale University, New Haven, pendant que Paul est au collège. Il est précoce avec deux ans d’avance. Il effectue ses études secondaires au lycée Lakanal, de Sceaux. Après les classes préparatoires au lycée Louis-Le-Grand en mathématiques supérieures et en mathématiques spéciales, il est reçu en 1967, à 19 ans, à l’École normale supérieure de la rue d’Ulm.
Paul Deheuvels devient en 1969 le plus jeune agrégé de mathématiques de France et obtient son doctorat d’État es sciences mathématiques en 1974, sous la direction de Daniel Dugué. La même année, il devient professeur de statistique à l’Université Pierre-et-Marie-Curie (Paris VI, aujourd’hui Sorbonne Université), où il fait l’essentiel de sa carrière académique.
Au-delà de ses contributions scientifiques, Paul Deheuvels joue un rôle majeur dans la structuration et la transmission de la statistique en France. Il est d’abord directeur d’études à l’École pratique des Hautes Études (1977-1986), puis fonde en 1980 le Laboratoire de statistique théorique et appliquée (LSTA) à l’Université Pierre-et-Marie-Curie, qu’il dirige pendant plus de trente ans, jusqu’en 2013.
Il forme et encadre près de cent doctorants aujourd’hui reconnus dans le monde académique et industriel. Son influence s’exerce également à l’échelle internationale, par une participation active à la vie scientifique et aux grandes instances de la discipline. Il est Professeur Invité dans de nombreuses universités, notamment à la Katholieke Universiteit Leuven, Belgique, l’Université de Turin, Italie, Columbia University, New York (1989, 1999), USA, ou encore l'Université Érasme de Rotterdam, Pays Bas.
En mars 1994, il est membre correspondant de l'Académie des Sciences de Paris (section des Sciences mécaniques et informatiques), puis est élu membre de l'Académie des Sciences en novembre 2000.
Il est membre étranger de l'Académie royale des sciences exactes, physiques et naturelles (Espagne), membre de l’International Statistical Institute, et Fellow de l’Institute of Mathematical Statistics.
Ses travaux ont porté principalement sur l’estimation fonctionnelle non paramétrique et la théorie des valeurs extrêmes.
Contributions et héritage scientifique
Les travaux de Paul Deheuvels ont marqué de manière durable la théorie des probabilités et la statistique asymptotique: caractérisation et convergence vers les lois extrêmes multivariées (Théorie des valeurs extrêmes), résultats fins sur les processus empiriques et de quantile (souvent de type loi du logarithme itéré), contributions majeures à l'estimation non paramétrique des queues et du tail index,