Paul B. Preciado, né le 11 septembre 1970 à Burgos sous le nom de Beatriz Preciado, est un chercheur, commissaire d'exposition, écrivain et réalisateur espagnol.
Figure internationale de la théorie queer et des études de genre, il prolonge l'œuvre de Michel Foucault en développant le concept d'ère « pharmacopornographique ». Il analyse les nouvelles formes de contrôle politique des corps (la biopolitique) à travers les technologies de genre, les hormones et l'industrie pornographique.
Il est l'auteur de plusieurs essais influents, notamment Testo Junkie : sexe, drogue et biopolitique (2008), Un appartement sur Uranus (2019) et Dysphoria Mundi (2022), et d'un film, Orlando, ma biographie politique.
Il entame une transition de genre lente et publique au cours des années 2010. Il adopte officiellement le nom de Paul B. Preciado en 2015, définissant son identité comme une dissidence face au système binaire masculin/féminin.
Né sous le nom de Beatriz Preciado, Paul B. Preciado grandit dans une famille catholique qui le place dans une école religieuse non mixte.
Dans les années 1990, il étudie à la New School for Social Research de New York grâce à une bourse Fulbright. Ses professeurs sont notamment Jacques Derrida et Ágnes Heller.
En 2000, il s’installe à Paris, et en 2002, organise le premier atelier dragking en France. Il retourne aux États-Unis et obtient en 2004 un doctorat de théorie de l'architecture à l'université de Princeton. Sa thèse est consacrée à la place de l'architecture dans le magazine Playboy. Il en tire ensuite l'ouvrage Pornotopie : Playboy et l'invention de la sexualité multimédia.
Preciado est chercheur associé au centre de recherche sur la danse de l'université Paris-VIII. Preciado a dirigé le projet « Technologies du Genre » au sein du programme d'études indépendantes du musée d'Art contemporain de Barcelone.
Il est en couple avec l'écrivaine Virginie Despentes (laquelle s’est alors déclarée publiquement comme lesbienne) de 2005 à 2014.
En décembre 2013, Preciado s'oppose aux limitations de l'avortement promulguées par le gouvernement de Mariano Rajoy. Dans un texte intitulé « déclarer la grève des utérus », il appelle les femmes à « [s'affirmer] en tant que citoyens entiers et non plus comme utérus reproductifs. Par l’abstinence et par l'homosexualité, mais aussi par la masturbation, la sodomie, le fétichisme, la coprophagie, la zoophilie… et l'avortement » et à « [ne pas laisser] pénétrer dans nos vagins une seule goutte de sperme national catholique. »
Preciado collabore comme consultant et commissaire d’exposition avec le musée Reina Sofia à Madrid. En 2014-2015, il est professeur invité à l'université de New York et à l'université de Princeton.
En 2008, à la publication de Testo-Junkie qui raconte son expérience de prise de testostérone, Preciado se présente comme lesbienne, puis comme « gouine trans » et « garçon-fille », revendiquant de n'appartenir à aucun des deux genres masculin et féminin. En août 2014, Preciado se déclare « trans in between non opéré », puis décide en janvier 2015 d'utiliser le nom « Paul B. Preciado » et choisit le masculin pour s’identifier.
Preciado a depuis signé tous ses textes sous ce nom, en utilisant le masculin, que ce soit pour la revue Artforum, dans ses chroniques pour le journal Libération, pour le magazine Mousse ou encore dans le cadre de contributions à des ouvrages collectifs. Il évoque son changement de nom dans de nombreux entretiens.
Le 16 novembre 2016, Paul B. Preciado a changé d'état civil et est administrativement un homme, abandonnant son nom de naissance.
L'œuvre de Preciado questionne les nouvelles technologies du corps (hormones, chirurgie plastique…), leurs usages médicaux disciplinaires (comme la réassignation d'un sexe aux personnes intersexuées) et leur potentiel de subversion du système de genre par de nouveaux codages corporels. Ses textes sont souvent écrits à la première personne et contiennent des détails autobiographiques.
Dans son Manifeste contra-sexuel, paru d'abord en France en 2000 puis en Espagne sous le titre Manifiesto contra-sexual en 2002, Preciado tente de définir une alternative à l'hétérosexualité en développant de nouvelles formes de sexualité. Pour ce faire, l'auteur décentre la connotation sexuelle traditionnellement liée au pénis et au vagin pour constituer une sexualité dans laquelle l'anus et le godemichet, considéré comme pouvant être n'importe quelle partie du corps, sont au centre du comportement sexuel. Ce manifeste a une inspiration clairement autobiographique, comme l'indique l'auteur dans une interview qui exprime en termes crus l'envie du pénis qu'elle ressentait enfant.
Ce manifeste esquisse l'ébauche d'un système sociétal qui se défait des normes de genre et de la distribution traditionnelle des rôles afin de créer une société nouvelle. La contra-sexualité est une réflexion critique sur le « contrat social hétérocentriste » qui fait de l'hétérosexualité une norme et refuse toute forme de déviance. Preciado parle de « performances normatives, qui viennent s'imposer dans le corps comme des vérités biologiques ». Le Manifeste dénonce un conditionnement des êtres humains : la nature de l'homme et de la femme serait déterminée par la culture et projetée automatiquement sur l'individu. Preciado souhaite rompre avec le « contrat social hétérosexuel » et le remplacer par un « contrat social contra-sexuel », ce qui passe par une « déconstruction systématique de la naturalisation des pratiques sexuelles et de l'ordre sociétal ». Tout comme Judith Butler, Preciado emploie le concept de « performance ». Selon Preciado, le « système hétérosexuel » fonctionnerait au travers de codes culturels, c'est-à-dire un cercle fait de performance, d'imitation, de production et de reproduction, grâce auquel émergent des identités de genre présentées comme naturelles.
Preciado définit la contra-sexualité comme « une théorie du corps, qui se trouve en dehors de l'opposition entre masculin et féminin, entre mâle et femelle, entre hétérosexuel et homosexuel. Il définit la sexualité comme une technologie et considère les différents éléments du système de sexe et de genre (…) tout comme ses pratiques et ses identités sexuelles ». L'auteur oppose à ce système l'idée que la sexualité définit l'individu dans une société, et vise à libérer cet individu grâce à sa société alternative contra-sexuelle. Celle-ci se base sur un contrat contra-sexuel adopté par deux ou plusieurs individus. Ce contrat règle le comportement sexuel des signataires jusqu'aux moindres détails. Il est constitué de principes formulés par écrit avec lesquels les membres de la société se déclarent en accord. Les signataires renoncent d'abord à toute forme d'identité sexuelle dans la mesure où ils renoncent à la conception naturaliste de la féminité et de la masculinité et donc aux privilèges et aux devoirs qui y sont liés. Ensuite, la relation interpersonnelle est définie plus précisément. Le contrat n'est ni l'équivalent d'un mariage, ni celui d'une communauté de vie. La reproduction n'est pas contenue dans le contrat et ne peut se produire que si les deux ou plusieurs partenaires sont d'accord. Le contrat lui-même ne se rapporte qu'à l'acte sexuel. Dans le cadre de l'abolition des stéréotypes de genre, l'anus devient le nouveau « centre universel contra-sexuel ». En effet, l'anus n'est pas discriminant et ne crée pas de catégories, et devient une métaphore pour l'absence de normes de genre.