Patrick Edlinger, né le 15 juin 1960 à Dax et mort le 16 novembre 2012 à La Palud-sur-Verdon, est un grimpeur français originaire de la vallée de l'Ubaye. Réputé pour ses ascensions en solo intégral, il est un des pionniers de l'escalade libre de haut niveau et a été, dans les années 1980, l'une des premières figures médiatiques de la discipline.
Surnommé « le Blond » ou « Dieu » par la communauté des grimpeurs, il fut le deuxième grimpeur de l'histoire à réussir une voie en libre après travail dans le niveau 7c (5.12d) avec Nymphodalle (1979), puis dans le niveau 7c+ (5.13a) avec Le Toit (1981). Il fut le tout premier à réussir une voie à vue dans le niveau 7b+ (5.12c) avec Captain Crochet (1982), et le deuxième à le faire dans le niveau 7c (5.12d) avec La Polka des Ringards (1982). Son ascension en solo intégral de Orange Mécanique (8a / 5.13b) en 1989 fut le deuxième réussite de ce type à ce niveau de difficulté dans l'histoire.
Patrick Edlinger est né à Dax, dans les Landes. Son père, Jean-Marie Edlinger (1936–2023), était pilote de l'Armée de l'air en poste à Dax à la naissance de Patrick, avant que la famille ne s'installe à La Seyne-sur-Mer. Les vacances familiales se déroulaient notamment à Ailefroide, dans le massif des Écrins, où Patrick où son père, passionné de montagne, l'a initié à l'escalade à l'âge de neuf ans et l'a accompagné lors de ses premières grandes voies. La famille a ensuite déménagé à Barcelonnette, dans la vallée de l'Ubaye. Sa mère, Éliane, lui a également apporté un soutien indéfectible tout au long de sa carrière de grimpeur. Patrick a une sœur, Corinne ; elle est apparue aux côtés de son frère dans le film de José Giovanni Les Loups entre eux (1985), où elle est créditée sous le nom de Corinne Edlinger dans le rôle de Jackie, la sœur de Patrick.
À l'âge de 17 ans, Patrick quitte l'école pour se consacrer uniquement à l'escalade, fréquentant des sites majeurs comme Buoux, les gorges du Verdon et les Calanques. Passant ses journées en falaise, il lui arrive, faute de trouver des partenaires pour l'assurer, de grimper en solo. C'est à cette époque que le photographe Robert Exertier organise une rencontre entre Edlinger et un autre grimpeur français de premier plan, Patrick Berhault, son aîné de trois ans.
Ensemble, les deux Patrick - surnommés respectivement « le Blond » et « le Brun » - qui partagent le rêve de devenir guides de haute montagne, forment une cordée de grimpeurs remarquable au début des années 1980, réalisant des premières ascensions en libre aux niveaux de difficulté les plus élevés de l'époque ainsi que des courses alpines marquantes. Pionniers dans leur discipline, ils mettent au point un programme d'entraînement intensif incluant course à pied, tractions, musculation et exercices de souplesse. Ils se distinguent par une approche privilégiant la condition physique, le matériel léger et l'escalade libre — allant parfois jusqu'au solo intégral. Il s'illustrent par des réalisations difficiles pour l'époque, faisant monter la cotation de la difficulté, préfigurant une autre façon de grimper, pulvérisant discrètement les codes, toujours rivés à une éthique du geste esthétique et à la maîtrise de leur évolution. À partir de 1978, ils réalisent plusieurs ascensions notables dans les Alpes, comme le record de vitesse de la Voie des Plaques à l'Ailefroide Occidentale (1 000 m, ED), en effectuant l'aller-retour depuis le village d'Ailefroide en 23 heures durant l'hiver 1980. Puis chacun prendra son virage, se retrouvant de temps à autres, Edlinger celui du rocher, Berhault celui de la montagne en devenant guide et enseignant à l'ENSA.
Au début des années 1980, Jean-Paul Janssen, réalisateur et cameraman, fasciné par le talent et la pratique novatrice de l'escalade libre, Janssen — qui avait déjà réalisé le documentaire Aventures à Bleau (1980) — accompagné de son assistant, Laurent Chevallier, jeune cameraman amateur d’escalade et d’alpinisme qui vient de tourner quelques images au Nanga Parbat avec Patrick Berhault, prend contact avec ces « as de la grimpe ». Cela donnera naissance en 1981 au film avant-gardiste Overdon sur les falaises du Verdon, premier volet d'une trilogie complétée par Overice (tourné dans les cascades de glace de l'Oisans) et Oversand (tourné dans le désert du Hoggar en Algérie).
En avril 1981, dans le magazine Actuel, parait un article, intitulé « L’overdose en escalade, ça s’appelle la chute ». Cet article de presse sensationnaliste, qui fait passer les adeptes de l'escalade en solo pour des trompe-la-mort, au grand regret de Patrick, met déjà en lumière la philosophie du Blond : « Là-haut, tu ne vois plus de pourriture, de merde ni d’injustice ». C’est alors que Jean-Paul Janssen contacte Patrick en vue d’un futur projet. « Je n’ai pas hésité une seule seconde. Depuis « Overdon », nous avions noué une véritable amitié. Et puis, le projet me plaisait et, chose pas négligeable, Jean-Paul me proposait un cachet de 10 000 francs. Je n’avais jamais eu l’occasion de gagner une somme pareille » racontait Patrick Edlinger.
Le documentaire, nommé La Vie au bout des doigts, sera diffusé le 11 décembre 1982, à la télévision française — dans l'émission Les Carnets de l'Aventure sur Antenne 2 — On y voit Patrick Edlinger en escalade en solo intégral à La Piade, au bord de la mer près de Toulon et sur la falaise de Buoux (Luberon), et il expose sa philosophie de l'escalade où se mêlent hédonisme, respect et amour de la nature, dépassement de soi (physique et mental) et goût du risque. Cette façon de vivre alliée à son physique d'éphèbe (cheveux blonds et longs tenus par un bandeau, musculature fine et sèche), propulsent Patrick Edlinger au rang de star mondiale et d'icône de l'escalade.
En 1984 il est à nouveau devant la caméra de Jean-Paul Janssen dans le documentaire Opéra Vertical, cette fois ci dans les gorges du Verdon. Patrick Edlinger devient en 1984, la personnalité sportive préférée des Français selon un sondage du magazine Paris Match.
À l'origine de l'engouement pour l'escalade, Patrick Edlinger, n'est cependant pas qu'une figure médiatique comme certaines voix du milieu de la grimpe le laissèrent penser à l'époque, c'est un grimpeur de haut niveau, polyvalent, qui réalise des solos dans des voies cotées 7a. Il ouvre aussi des voies de difficulté extrême pour l'époque : Ça Glisse Au Pays des Merveilles (1983, second 8a en France) ou La Boule (1985, cinquième 8a+ en France). En 1988, il réalise Les Spécialistes (8b+) dans le Verdon et en 1989, Maginot Line (8b+/8c) et Azincourt (8c). En 1989, il réalisa même Orange Mécanique (8a) en solo intégral.
1985 : Rock Games, la tournée américaine
À l'été 1985, Patrick Edlinger — accompagné notamment de Jean-François « Poil » Lignan et du photographe Gérard Kosicki — entreprend un périple à travers les États-Unis. Parti du Colorado fin juillet, il réalise notamment les ascensions de Grand Inquisitor à Bell Buttress (Colorado) et vient à bout de la voie en fissure Sphinx Rock (8a / 5.13b) en six essais. Le voyage se poursuit jusqu'au Lac Tahoe, en Californie, où il gravit la célèbre Grand Illusion, la toute première voie cotée 8a (5.13b) au monde. Dans le désert de Joshua Tree, il grimpe Asteroid Crack et Five Crying Cowboys avant de conquérir, entre autres, les colonnes de basalte de El Matador à Devils Tower (Wyoming), ainsi que plusieurs autres voies majeures de l'époque. Ce périple historique à travers le pays s'achève en septembre sur les dévers des Shawangunks, près de New York. Patrick Edlinger pulvérisa les voies les plus dures des États-Unis avec une rapidité déconcertante qui a stupéfait la communauté américaine. L'histoire de cette tournée américaine est racontée en images dans le livre Rock Games (1985) du photographe Gérard Kosicki (Éditions Arthaud).
De 1986 à 1995 : compétitions et haut niveau
Lorsque le Manifeste des 19 décriant la compétition est écrit en 1985, Patrick Edlinger ne le signe pas. Face au succès grandissant du circuit et aux prétentions des grimpeurs parisiens (notamment par le « gang des Parisiens », composé notamment des frères Le Ménestrel et JB Tribout) ou internationaux qui commençaient à occuper l'espace médiatique, Edlinger qui excelle sur tout types de roche et dans tous les segments de l'escalade, agace. Patrick Edlinger décide de s'aligner en 1986 pour prouver sa suprématie participant à l'une des premières compétitions internationales d'escalade Internationale Sportroccia Bardonecchia, qu'il remporte haut la main en finissant seul finaliste dans la voie Caduta Degli Dei devant plus de 10000 spectateurs en liesse.