Paschal Grousset, né le 7 avril 1844 à Corte et mort le 9 avril 1909 à Saint-Mandé, est un journaliste, homme politique et écrivain français.
Également connu sous les pseudonymes « Docteur Blavius, André Laurie, Philippe Daryl, Léopold Virey et Tiburce Moray », il a une formation variée et une vie très mouvementée. Il participe notamment à la Commune de Paris, avant de devenir député sous la Troisième République.
Fils de Jean Alexandre Grousset, ancien élève de l’École normale supérieure, professeur de mathématiques au collège Paoli et de Marie Catherine Benedetti, Grousset a vécu, un temps, à Grisolles, d'où est originaire sa famille. Il commence ses études au collège de Montauban, dont son père a été principal de 1859 à 1868, qu’il termine au lycée Charlemagne de Paris, avec le diplôme de bachelier.
Il étudie ensuite la médecine durant 4 ans, est reçu au concours d’externe des hôpitaux, en 1865, mais abandonne les cours de l’école, pour donner des articles scientifiques à l’Époque, lors de la fondation, la même année, de ce journal par Ernest Feydeau, puis à l’Étendard. La vivacité et la correction du style que par la valeur irréprochable du fond, de ses articles scientifiques l’ayant fait remarquer, lorsque l’Époque est revendu, le 18 avril 1867, pour 100 000 francs, à la suite de vicissitudes financières qui devaient amener sa transformation, à l’ancien tailleur de Napoléon III, le Figaro recueille avec empressement son rédacteur scientifique. Comme il avait fait la connaissance de Victor Noir à l’Époque, il fait celle d’Henri Rochefort au Figaro, où il signe ses articles du pseudonyme de « Philippe Daryl ».
En 1868, il se tourne, sous l’influence d’Henri Rochefort, vers la politique. Opposant résolu au régime impérial, il commence à publier divers écrits anti-bonapartistes, comme Ia Régence de Décembrostein, les Origines d’une dynastie, le Rêve d’un irréconciliable, etc. Lorsque, en 1869, Rochefort, devenu député de Paris, fonde La Marseillaise, il entre à la rédaction de ce journal, dont il sera l’un des plus actifs collaborateurs, et où ses articles contre le régime de l’Empire lui acquièrent une notoriété certaine lorsqu’une circonstance déplorable le mette tout à coup en pleine évidence.
Lorsque son journal la Marseillaise, qui mène alors une campagne d’opposition systématique au régime, s’immisce dans une « affaire corse » entre l’organe du parti républicain de l’ile, la Revanche, dont Gresset était le correspondant parisien, qui a écrit des mots insultants contre la mémoire de Napoléon Ier auxquels le cousin de Napoléon III, Pierre-Napoléon Bonaparte, a répondu dans l’Avenir de la Corse, Grousset, s’estimant diffamé dans un article signé par Pierre-Napoléon, lui envoie ses collaborateurs Victor Noir et Ulric de Fonvielle pour convenir d’une réparation par les armes, mais la rencontre de Noir et de Bonaparte tourne mal, et Noir est assassiné.
À la suite de l’énorme manifestation du 12 janvier 1870, lors des funérailles de Noir, il est condamné à six mois d’emprisonnement, 2 000 francs d’amende pour le délit de presse, et 500 francs de contravention pour offenses envers l’empereur et la famille impériale, et pour provocations à la désobéissance et au crime, le 22 février. Arrêté le 9 février, il est incarcéré à Sainte-Pélagie. Extrait de sa cellule, comme témoin, au procès du meurtrier de Noir, il déclare au président du tribunal, qui lui demandait s’il était parent, allié ou attaché au service de l’accusé : « La princesse Lætitia a eu trop d’amants pour que je me prétende sûr de ne pas être son parent », ce qui lui vaut d’être ramené de suite en prison, sans avoir témoigné.
Lors de la guerre de 1870, il s’engage. Au moment de la Commune de Paris, il rentre en politique. Aux élections municipales du 26 mars 1871, il est élu membre du Conseil de la Commune par le 18e arrondissement, puis est désigné comme délégué aux Relations extérieures ; il n’a guère de succès à ce poste, et Henri Rochefort dit de lui : « Il avait plus d’extérieur que de relations ». Son engagement politique et son travail dans le journalisme le conduisent à s’occuper des problèmes relatifs à l’enseignement. Il est également membre de la commission exécutive. Il vote pour la création du Comité de Salut public.
Après l'écrasement de la Commune, il est arrêté et condamné à la déportation en Nouvelle-Calédonie où il arrive en 1872. Il s’en échappe en 1874 en compagnie d'Henri Rochefort, Olivier Pain, Achille Ballière et François Jourde. L’épisode est le sujet du tableau d’Édouard Manet, l'Évasion de Rochefort.
Il rejoint l'Australie puis se réfugie en Angleterre où il enseigne. Il rentre en France lors de l’amnistie de 1880.
En 1893, il devient député socialiste indépendant du 12e arrondissement de Paris , fonction qu'il occupera jusqu'à sa mort. En tant que député de la Seine, il vote en 1905 la loi de séparation des Églises et de l'État. Il met en place plusieurs mesures en faveur des plus démunis, comme l'électrification de musées et librairies parisiens ainsi que leur ouverture en soirée, afin d'offrir un accès à la culture aux classes populaires. Bien que profondément socialiste dans ses convictions, Grousset n'est pas pour autant internationaliste, son engagement à gauche s'inscrivant avant tout dans une perspective patriotique.
Malade et sous traitement, il épouse « in extremis » Marie Joséphine Élodie Lavolle, le 23 juillet 1908, à la mairie du 5e arrondissement de Paris. À l’issue de ses obsèques, à la maison mortuaire, 34, chaussée de l'Étang, à Saint-Mandé, il a été inhumé au cimetière du Père-Lachaise.
Écrivain pour la jeunesse, sous le nom de plume d'André Laurie, il débute en proposant à l'éditeur Hetzel deux ébauches de romans qui, remaniés par Jules Verne, donneront : Les Cinq Cents Millions de la Bégum et L'Étoile du Sud. Vient ensuite, en 1885, L'Épave du Cynthia, roman qui est cette fois-ci cosigné par Verne. On sait aujourd'hui que ce roman a été entièrement écrit par Grousset.
Il va s'affirmer grâce à la série des Vies de collège dans tous les pays et à ses Romans d'aventure toujours édités chez Hetzel, en particulier : L'Héritier de Robinson (1884), Le Capitaine Trafalgar (1886), Les Exilés de la Terre (1887), De New York à Brest en sept heures (1889), Le Secret du mage (1890), Le Rubis du grand Lama (1892), Atlantis (1895), Le Maître de l'abîme (1905) et Spiridon le muet (1909) qui lui vaut le prix Nocturne 2009. On lui doit également une traduction de l'Île au trésor de Robert Louis Stevenson.
Il a aussi signé, sous le pseudonyme de Philippe Daryl, le roman Wassili Samarin (1886) qui, en réalité, a été écrit par son ami Robert Caze. Ce roman était paru auparavant en feuilleton dans le Temps du 18 octobre 1882 au 5 janvier 1883, sous le pseudonyme de Tiburce Moray.
Il semble en l’occurrence qu’il ait utilisé ici son ami Robert Caze pour écrire ce roman, d’après Charles-Joseph Gigandet dans les Actes de la société jurassienne d'émulation de 1916, p. 59-61 : « Wassili Samarin, signé Tiburce Moray, paraissant dans Le Temps, vers 1884, si je me rappelle bien. Je me mis par hasard à parcourir ce feuilleton et fus très intrigué en voyant que l'action se passait à Berne et à Porrentruy en reconnaissant l'exactitude des descriptions. Quelque temps après, étant allé voir Robert Caze dans son appartement de la rue Rodier, je lui fis part de la chose. Pour toute réponse, il tira, du meuble où s'entassaient ses manuscrits et ses plans de romans, un gros cahier rempli de sa claire, régulière, élégante écriture. C'était Wassili Samarin ! Pourquoi Philippe Daryl a omis ensuite de faire mention de son collaborateur dans le volume paru chez Hetzel ? Je l'ignore. »
Virgile Rossel est plus explicite dans la Semaine littéraire du 24 juillet 1897 : « En attendant, il […] s'attelait de nouveau à son interminable roman, Dimitri Koulcheff, – qui parut plus tard en feuilleton dans le Temps, – puis en volume, sous une autre signature que la sienne et sous un titre différent (Wassili Samarin). Remanié, ou non ? Je l'ignore. »