Filippo Antonio Pasquale de' Paoli, dit Pascal Paoli, né le 6 avril 1725 à Morosaglia (Corse qui à l'époque était partie intégrante de la république de Gênes) et mort le 5 février 1807 à Londres (Royaume-Uni), est un homme politique, philosophe, chef d'état et militaire corse.
Paoli fut le principal opposant à la domination génoise au XVIIIe siècle puis à la conquête française de l'île en 1769. En 1755, en pleine guerre d'indépendance corse, il fut élu général de la nation et proclame l'indépendance de l'île. La République corse fut la plus longue expérience d'indépendance et Paoli mit sur pied les bases d'un État moderne, notamment en rédigeant presque intégralement la Constitution corse. La même année, la guerre civile corse démarre entre Paolistes et Matristes. En 1757, Paoli manque d'être tué par des rebelles anti-paolistes avant d'être sauvé in extremis et son rival Marius Emmanuel Matra, est tué le même jour, mettant fin à la guerre civile.
La République corse (1755-1769) était sur le papier une démocratie représentative affirmant que la Diète des représentants corses élus n'avait pas de maître. Paoli occupait ses fonctions par élection et non par nomination. Il était ainsi commandant en chef des forces armées et premier magistrat. Le gouvernement de Paoli revendiquait la même juridiction que la République de Gênes. En termes d'exercice de fait du pouvoir, les Génois détenaient les villes côtières, qu'ils pouvaient défendre depuis leurs citadelles, mais la République corse contrôlait le reste de l'île depuis Corte, sa capitale. Toutefois, son régime était en extrême difficulté, les rapports d'espions étrangers de l'époque ont décrit la République corse comme un état en déliquescence qui tient sur une propagande médiatique de visiteurs naïfs que Paoli utilise pour dorer l'image de son état tout en contrôlant ce qu'ils peuvent voir ou non. De plus, loin d'appliquer la constitution, le régime reposait dans les faits sur un autoritarisme avec un clergé omniprésent et une armée de paysans pouvant rapidement s'effondrer.
Après la défaite des forces corses à la bataille de Ponte-Novo, il fut contraint de s'exiler pendant presque 20 ans en Grande-Bretagne où il devint une figure célèbre et eut de nombreux appuis. Il revint dans son île natale au début de la Révolution française, qu'il soutint dans un premier temps. Il rompit, certains dirent trahi, plus tard avec les révolutionnaires et contribua à la création du royaume anglo-corse, un régime sous protectorat britannique qui dura de 1794 à 1796 qui sera renversé par des Corses rebelles et l'arrivée des troupes françaises mandatées par Christophe Saliceti. Un an avant la réoccupation de l'île par la France, il s’exila de nouveau en Grande-Bretagne, où il mourut en 1807.
La figure de Paoli fut un modèle pour beaucoup, y compris pour le jeune Napoléon Bonaparte, qui fut un patriote jusqu'à la rupture de la Corse avec la Révolution à l'été 1793. Néanmoins, les partisans de Paoli ne digérèrent jamais le ralliement précoce de la famille Bonaparte au royaume de France en 1769. De son côté, Napoléon ne dépassa jamais complètement son affection pour Paoli et eut des sentiments mitigés à son égard tout au long de sa vie.
Sa personnalité et son action intéressent bien au-delà des seuls Corses ou des historiens. Son fort attachement à son île natale et à sa culture font de lui une figure inscrite dans son temps et un homme des Lumières qui a tissé des relations d'amitié ou épistolaires à travers toute l'Europe. Toutefois des historiens corses opèrent une déconstruction historiographique de Paoli et du mythe qui l'entoure en se basant sur des rapports de l'époque et sur les lettres du Général lui-même.
Pascal Paoli (Pasquale en italien) naquit le 6 avril 1725 à Morosaglia, un petit village corse situé au nord-est de Corte dans la région de la Castagniccia, où se trouve la piève du Rostino. Il est le plus jeune des enfants de Hyacinthe Paoli (Giacinto en italien, Ghjacintu en corse), un patriote corse et militaire renommé, et de Dionisia Valentini. Les De Paoli font partie des notables insulaires grâce à sa mère, issue d'une vieille famille de caporali du quartier de Pastoreccia à Castello-di-Rostino, dont les ancêtres ont participé à la révolte de 1358, qui fut réprimée par Gênes et détruisit la seigneurie locale. En 1729, année de la rébellion dont Hyacinthe Paoli participa, les Génois étaient considérés comme défaillants dans leur tâche de gouvernement. Les principaux problèmes résidaient dans le taux élevé de meurtres dû à la pratique de la vendetta, les raids des pirates barbaresques dans les villages côtiers, les impôts exorbitants et la dépression économique.
Dès sa naissance, Pascal Paoli est plongé dans un environnement où l'amour pour son pays et le désir de liberté sont omniprésents. Mais son enfance prend rapidement une tournure difficile : en 1739, alors qu'il n'a que 14 ans, sa famille est contrainte à l'exil en Italie, en raison de l'échec de la révolte corse contre la domination génoise, jugée cruelle et tyrannique. Son père a failli être arrêté par les forces génoises, en novembre 1733, et n'était au départ guère partisan de la révolte de 1729. C'est le marquis de Maillebois, le chef du corps expéditionnaire français, qui a négocié le départ des chefs des insurgés avec Gênes, mais il n'a pas été sans contrainte. Plusieurs chefs ou proches des insurgés ont vu leurs biens détruits par les troupes françaises. Le départ à Naples a lieu le 7 juillet 1739. Le frère aîné de Pascal, Clemente, resta au pays comme agent de liaison auprès de la diète révolutionnaire, ou assemblée du peuple.
L'exil en Italie n’est pas seulement un éloignement physique de sa terre natale, mais aussi une immersion dans un monde où les idées des Lumières commencent à se répandre. Le jeune Paoli, bien que privé de sa terre, s’imprègne des idées progressistes de l’époque, notamment celles prônant la liberté, l’égalité et la souveraineté des peuples. Ces années en Italie vont profondément influencer sa vision politique et nourrir son rêve d'une Corse libre.
En Italie, Hyacinthe Paoli veille à ce que son fils reçoive une éducation de qualité, qui sera la clé de son développement intellectuel et politique. Il envisage que son fils devienne prêtre. Pascal Paoli est admis à l'École militaire royale de Naples, où, entre 1745 et 1749, il étudie les sciences, la philosophie, et la littérature. Il est particulièrement influencé par les travaux des philosophes des Lumières, tels que Montesquieu et Rousseau, qui prônent la séparation des pouvoirs et les droits naturels de l'homme. La traduction italienne de De l'esprit des lois paraît en 1751. C'est également un lecteur attentif de Machiavel. Son professeur est Antonio Genovesi, l'un des intellectuels les plus en vue d'Italie à cette époque. Il est également un grand lecteur des auteurs antiques, notamment Polybe, Plutarque ou encore Tite-Live. L'exil le rapproche de son père, avec lequel les rapports étaient plus distants jusqu'alors.
Durant son adolescence, Paoli développe une grande maîtrise des langues, dont l'italien, le français, et le latin, ce qui lui permet de s’ouvrir aux pensées européennes. Cette éducation rigoureuse va forger en lui une pensée politique avancée, caractérisée par une forte aspiration à la justice sociale et à la liberté.
En 1741, il intègre le régiment Corsica, dont les officiers sont également corses. Il réside à Gaète avec son unité entre 1742 et 1743 avant de retourner à Naples. Il ne quitte pas son régiment jusqu'en 1749, mais se montre insatisfait de son évolution, même s'il est très bien noté par ses supérieurs. Lorsque son régiment est réformé en juillet 1749, il est transféré dans un autre régiment, le Real Farnese qui est stationné en Sicile. Là encore, beaucoup d'officiers sont originaires de Corse. Pendant un temps, Paoli songe à s'engager dans l'armée française. Mais cette envie est passagère, car Paoli ne songeait qu'à retourner dans son île natale. La mort de Jean-Pierre Gaffory, l'un des chefs insurgés corses, tué dans une embuscade en octobre 1753, va précipiter ce retour.