Pascal Lissouba est un homme d'État congolais né le 15 novembre 1931 à Tsinguidi dans le département du Niari (Afrique-Équatoriale française) et mort le 24 août 2020 à Perpignan (France).
Agronome de formation, il a été Premier ministre de 1963 à 1966. Élu démocratiquement président de la république en août 1992, une guerre civile l’oppose à Denis Sassou-Nguesso au cours des derniers mois de son mandat. Défait par son adversaire après l'entrée des forces angolaises dans le conflit congolais, il quitte le pouvoir le 15 octobre 1997, et part en exil à Paris en 2004, avant de décéder à Perpignan.
Pascal Lissouba naît le 15 novembre 1931 à Tsinguidi, petite localité située à 70 km au nord de Mossendjo, dans le département du Niari. Ses parents appartiennent à l'ethnie nzebi, communauté à cheval entre le Congo et le Gabon.
D'abord marié à Annette Chantegreil, puis à Jocelyne Lissouba (née Pierrot), de nationalité française, il est père de onze enfants. Sa première fille, Mireille Lissouba, est sa directrice de cabinet de 1993 à 1996. Sa cadette Danielle Bineka est professeure d'université et écrivaine. Toutes deux sont actuellement exilées au Canada. Son plus jeune fils, Jérémy Lissouba, est revenu au Congo où il a été élu député en 2017. La mère de Pascal Lissouba, Marie Bouanga, meurt en 1996.
Pascal Lissouba fait ses études primaires à l'école urbaine [Dolisie] et à Boko. Il commence ses études secondaires à Brazzaville et les poursuit à Nice, où il obtient son baccalauréat en 1952 au lycée Félix-Faure. Il fait des études d’agronomie à l'École supérieure d'agriculture de Tunis et obtient en 1956 un diplôme d’ingénieur agronome. Revenu en France, il passe une licence en sciences naturelles. Il est ensuite stagiaire au Centre national de la recherche scientifique (CNRS) à Paris et à l’ORSTOM (aujourd'hui Institut de recherche pour le développement dans la spécialité phytogénétique et amélioration des plantes). Il prépare une thèse en génétique sous la direction de Georges Rizet à l'université de Paris.
En 1961, il soutient à Paris sa thèse d’État et accède au grade de docteur ès sciences, avec félicitations du jury, mention très bien. À compter de juin 1961, il est chargé de recherches à l'ORSTOM. Il est promu maître de conférences en biologie végétale, par arrêté du 3 novembre 1961 du ministère de l'Éducation nationale.
Carrière professionnelle et politique
L'ascension politique (1963-1966)
Lissouba rentre au Congo en 1962 et est nommé directeur général des Services agricoles, alors qu’il souhaite se consacrer à la recherche et à l’enseignement[Interprétation personnelle ?].
Le 16 août 1963, Alphonse Massamba-Debat, devenu chef du Gouvernement provisoire après le renversement de Fulbert Youlou par une insurrection populaire, le nomme ministre de l’Agriculture et des Eaux et Forêts.
Le 19 décembre, Massamba-Débat, candidat unique, est élu président de la République. Le 24 décembre, il nomme Lissouba au poste de Premier ministre. Moins de deux ans après son entrée dans la vie active, il devient, à l’âge de 32 ans, l’un des principaux personnages de l’État et le premier collaborateur du chef de l'État, il est par ailleurs le plus jeune Premier ministre dans l'histoire politique du Congo. Aux termes de la nouvelle constitution adoptée par référendum le 8 décembre 1963, le président de la République définit la politique générale et économique du pays, le Premier ministre et son gouvernement en assurent la réalisation.
Lissouba forme un gouvernement de 9 membres, au sein duquel il conserve le portefeuille de l’Agriculture et des Eaux et Forêts. Germain Bicoumat, Bernard Galiba, Édouard Ebouka-Babackas, Charles David Ganao et Paul Kaya qui, comme lui, faisaient partie du gouvernement provisoire, sont reconduits dans leurs fonctions. Parmi les trois nouveaux venus, on compte deux syndicalistes dont le rôle a été déterminant dans le renversement de Youlou : Aimé Matsika et Pascal Okyemba-Morlende.
Le gouvernement Lissouba manifeste dès le départ l’ambition de réduire la dépendance de l’économie congolaise vis-à-vis des capitaux étrangers. Il élabore un plan qui prévoit la nationalisation de plusieurs secteurs de l’économie et le développement d’une industrie d’État. La commercialisation des produits agricoles (ONCPA, RNPC) et le commerce d’importation (OFNACOM) sont nationalisés. Cependant, le président Massamba-Débat tempère l’ardeur socialisante du gouvernement en mettant son veto à la nationalisation du transport urbain, de la production d’électricité et de la distribution d’eau. La collaboration des pays industrialisés du bloc communiste (Chine, URSS) et parfois occidentaux, permet la création de plusieurs unités industrielles publiques (cimenterie, construction navale, textile, manufactures de cahiers et d’allumettes).
L’action de rénovation rurale, qui prévoit l’installation de jeunes de la ville en campagne pour développer l’agriculture, échoue faute d’adhésion.
Sur le plan social, le gouvernement Lissouba s’efforce d’assurer une couverture maximale du territoire en matière de santé et de scolarisation, en créant de nombreuses écoles et dispensaires.
Le stade de la Révolution, construit en un temps record, est inauguré en juin 1965. Il sert de cadre aux premiers Jeux africains de 1965.
Sur le plan diplomatique, le Congo s’éloigne des pays occidentaux (rupture des relations avec les États-Unis) et se rapproche des pays du bloc communistes (reconnaissance de la Chine en 1964). L’encadrement de la Défense civile, branche armée de la jeunesse du parti unique, est assuré par des Cubains.
Comme la plupart des grandes figures du régime, Lissouba est membre du Groupe de Mpila, cénacle politique qui, pour l’opinion publique, porte la responsabilité de l’assassinat en février 1965 de Joseph Pouabou, Lazare Matsocota et Anselme Massouémé, par la milice politique du régime. Cette tragédie altère les rapports entre Massamba-Débat et Lissouba.