Pascal Ier, mort le 11 février 824 à Rome, est une personnalité ecclésiastique romaine qui devient évêque de Rome le 25 janvier 817, considéré comme le 98e pape suivant la tradition catholique.
Son pontificat, long de sept années, contemporain de l'apogée de l'Empire carolingien en Occident et des diverses crises qui traversent l'Empire byzantin, a pour cadre la ville de Rome où s'affrontent la noblesse séculière et un clergé monté en puissance.
Issu lui-même des rangs ecclésiastiques, ce pontife autoritaire, voire autocratique, tente de s'imposer parfois violemment au parti des aristocrates romains proche des autorités carolingiennes, tout en faisant preuve avec ces dernières d'une activité diplomatique soutenue. La consolidation territoriale qu'il obtient du pouvoir carolingien projette la papauté sur la scène européenne tout en augmentant son prestige sur le plan local, positionnant en outre celle-ci au sommet de la hiérarchie spirituelle. Dans le cadre de la seconde crise iconoclaste qui agite Constantinople, Pascal fait de Rome un refuge pour le clergé iconophile en exil tout en restant prudent vis-à-vis des autorités religieuses de Constantinople.
Son pontificat est marqué par un très important programme architectural à Rome, menant une activité d'édification, de reconstruction, de décoration et de dotation de plusieurs églises de la Ville. La plupart de ces monuments, donc quelqu'uns sont encore visibles aujourd'hui, célèbrent tant la gloire de Rome que du 98e pape.
Considéré comme un saint par l'Église catholique, il figure au Martyrologe romain qui le célèbre en date 11 février.
Pascal a laissé peu de traces dans les archives textuelles. Comme pour la plupart des premiers papes du Moyen Âge, la principale source concernant son règne est le Liber pontificalis, une compilation dont les auteurs sont, pour la période en question, souvent des collaborateurs du Latran, proches des événements en cours, travaillant probablement à partir de matériaux de chancellerie. Ceux-ci se concentrent plutôt d'une part sur la restauration et la reconstruction des lieux de culte de la ville, et d'autre part, sur la récupération des reliques des martyrs et leur translation dans la ville tandis qu'ils ne livrent que peu d'informations sur ce qui se passe à Rome en dehors de l'administration pontificale et encore moins sur les événements contemporains.
Ces éléments sont complétés par les Annales regni Francorum compilations de documents issus de la cour franque s'étendant de 741 à 829. Ceux-ci apportent un éclairage supplémentaire sur la situation romaine au cours de ces décennies, et attestent de l'implication croissante de la cour franque dans les événements en Italie voire au sein des affaires pontificales. On trouve également quelques relations des rapports entre le pouvoir Franc et Rome dans certaines chroniques provenant de centres monastiques ou épiscopaux importants, à l'instar des Annales de Fulda. Les biographies contemporaines des empereurs francs fournissent en outre quelques informations supplémentaires sur les papes et les romains qui y jouent toutefois des rôles mineurs.
Enfin, on a conservé cinq lettres de Pascal, dont l'une adressée à l'empereur d'Occident Louis le Pieux, les autres concernant des échanges cléricaux avec différents abbés ou évêques.
Depuis le milieu du VIIIe siècle, une grande instabilité règne à Rome dont la population s'est réduite à une cinquantaine de milliers d'habitants — voire peut-être même à beaucoup moins — et où s'affrontent la noblesse séculière et un clergé monté en puissance. Si la situation s'apaise quelque peu à partir de 778 avec l'élection du pape Adrien Ier, diplomate issu des rangs de la noblesse, les conflits entre les différents groupes reprennent au siècle suivant et les pontifes issus du clergé doivent faire face à de solides opposants parmi les aristocrates romains et sont régulièrement les cibles d'attaques parfois brutales, elles-mêmes réprimées avec sauvagerie. De plus au tournant des VIIIe et IXe siècles, les frontières de l'autorité et de la juridiction sont en pleine évolution et les pouvoirs temporels byzantin et carolingien tentent d'utiliser l'instabilité de Rome à leur profit.
Du côté de l'Empire carolingien, l'empereur Louis le Pieux doit faire face à des problèmes de succession et de répartition des territoires. Il partage l'Empire en royaumes séparés entre ses fils, Lothaire recevant la majorité des terres franques dont l'Italie, toujours sous la férule de son cousin Bernard d'Italie nommé roi par Charlemagne. Placés sous l'autorité de Lothaire devenu co-empereur, Bernard et ses partisans se rebellent mais sont matés par Louis, laissant le jeune Lothaire comme seul souverain de la péninsule où il s'occupe essentiellement des affaires du nord, moins regardant sur Rome et les États pontificaux.
L'Empire byzantin est lui traversé par une succession de crises politiques et religieuses. L'arrivée au pouvoir de l'impératrice Irène l'Athénienne puis de Nicéphore Ier de Constantinople traduit par un affaiblissement qui perdure jusqu'en 815 : incursion arabes sous la direction du calife Hâroun ar-Rachîd, offensives victorieuses du khan bulgare Kroum... Un coup d'État porte au pouvoir l'empereur bizantin Léon V l'Arménien en 813, qui rétablit quelque peu la situation en signant notamment une trêve durable avec les Bulgares. Sur un plan religieux, son règne ouvre à un rétablissement de l'iconoclasme, en opposition avec le patriarche Nicéphore Ier de Constantinople et l'influent Théodore Studite qui doivent s'exiler.
Pascal est apparemment d'origine romaine mais rien n'est connu de sa famille sinon qu'il pourrait être le fils d'un certain Bosonus et que son origine doit être modeste. Éduqué à l'école du palais du Latran où il étudie les Écritures et la psalmodie, il est élevé à la prêtrise par Léon III avant de poursuivre une carrière dans l'administration pontificale qui l'amène au rang de sous-diacre avant d'être nommé abbé du monastère de Saint-Étienne des Abyssiniens, près de Saint-Pierre au Vatican, un parcours ecclésiastique et monastique qui semble témoigner d'une carrière étoffée avant d'accéder à l'épiscopat romain. Des auteurs modernes ont même fait de lui le cardinal en titre de la basilique Sainte-Praxède de Rome, une tradition plausible dans la mesure où le cardinalat romain est apparu au VIIIe siècle mais non corroborée par les sources.
Pascal est élu au trône pontifical un jour après la mort soudaine de Étienne IV (V) le 24 janvier 817 et est intronisé dès le lendemain, dans une hâte qui semble vouloir prévenir les tentatives d'immixtion du pouvoir temporel de l'empereur des Romains Louis le Pieux.
Le règne de Pascal dure un peu plus de sept années pendant lesquelles il agit pour confirmer et renforcer les accords conclus entre ses prédécesseurs et les empereurs carolingiens Charlemagne et son fils Louis le Pieux concernant les territoires du Saint-Siège et la juridiction pontificale dans ce territoire et à Rome.
En effet, aussitôt élu, Pascal envoie à ce dernier une ambassade en charge d'aboutir les accords avec la couronne franque entrepris par Étienne IV (V), accords que Louis le Pieux traduit dans le Pactum Ludovicianum (en) qui confirme à l'évêque de Rome les concessions territoriales faites par Charlemagne tant pour les États pontificaux que pour les territoires d'Italie centrale situés hors de ceux-ci — qui sont énumérés pour la première fois — ainsi qu'il garantit son aide si leur intégrité venait à être menacée.
Ce soutien de la dynastie carolingienne, en renforçant de la sorte l'idée d'une souveraineté papale sur Rome et le territoire du Latium, projette la papauté sur la scène européenne tout en augmentant son prestige sur le plan local : l'évêque de Rome se trouvant promu en modèle et en référent, la papauté se situe plus qu'auparavant au sommet de la hiérarchie spirituelle.
Si l'on ne sait pas grand-chose des relations du pape et de l'empereur carolingien dans les six premières années de son pontificat, il semble néanmoins que les deux cours aient régulièrement échangé des envoyés. Ainsi l'évêque de Rome envoie en 821 une délégation pontificale à Thionville à l'occasion du mariage de Lothaire Ier avec Ermengarde de Tours puis, à son tour, accueille l'archevêque de Reims Ebon en 822 envoyé à Rome par Lothaire qui l'a choisi pour l'évangélisation des Danois. Pascal charge également l'archevêque de cette mission en compagnie de Halitgaire de Cambrai, et le nomme légat pontifical pour les régions nordiques.