Le Parti national fasciste (en italien : Partito Nazionale Fascista, PNF) était le parti politique italien qui représentait l'idéologie fasciste. Fondé le 9 novembre 1921 par Benito Mussolini, il trouve ses origines dans les faisceaux italiens de combat, créés en mars 1919 alors que le royaume d'Italie est en proie à des troubles économiques et sociaux, liés à la sortie de la Première Guerre mondiale. Entre 1919 et 1921, ces faisceaux font régner en Italie une agitation dirigée essentiellement contre le Parti socialiste italien (PSI), ses militants et ses organisations.
En 1921, lors de sa création, ce parti se place, en termes de programme, à l'opposé du programme des faisceaux, dont il est le continuateur : étatiste (il prône un rôle massif de l'État dans la sphère économique et sociale) et nationaliste en 1919, ce programme est libéral et expansionniste en 1921 (il défend la thèse d'un État réduit à sa plus simple expression dans la sphère économique). Au cours de l'année qui suit, il achève de ruiner l'organisation du PSI et contrôle de plus en plus de territoires en Italie, bénéficiant de la complicité active et passive de l’administration et de l'armée.
À la suite de la marche sur Rome d'octobre 1922, Mussolini est nommé chef du gouvernement par le roi Victor-Emmanuel III. Après l'affaire Matteotti de 1924, il fait voter les « lois fascistissimes » et instaure un régime autoritaire, dirigé par le Grand Conseil du fascisme dont il prend la tête. Le Parti fasciste, seul parti autorisé, quadrille la société par de nombreuses organisations, et se fond dans l'État. À la fin des années 1930, l'Italie devient de plus en plus soumise à l'Allemagne nazie, faisant voter les lois raciales fascistes en septembre 1938. Le PNF est interdit dans les jours qui suivent l'arrestation de Mussolini le 25 juillet 1943, alors que l'Italie se trouve dans une situation militaire sans issue, conséquences des défaites militaires successives essuyées par l'Italie pendant la Seconde Guerre mondiale, en Grèce, en URSS, en Afrique et en Sicile. Le 9 septembre, un commando allemand le fait évader ; Mussolini proclame alors la République, renouant ainsi avec le squadrisme républicain ; le Parti national fasciste renaît alors sous le nom Parti fasciste républicain (Partito Fascista Repubblicano, PFR) lors du congrès de Vérone d'octobre 1943.
Après la guerre et l'interdiction du PNF et de son avatar républicain, les nostalgiques italiens du fascisme se regroupent dans le Mouvement social italien (MSI), plus proche du fascisme républicain que du fascisme de la période 1922-1943.
Préalable : Mussolini et l'organisation des faisceaux
Longtemps hostile à la transformation des faisceaux en parti, Mussolini envisage, au cours de l'été 1921, de s'appuyer sur un parti pour la conquête du pouvoir. Il voit le parti comme un facteur de discipline, dans son éditorial du 27 juillet 1921, rédigé dans le contexte de négociation du pacte de pacification du 2 août 1921, signé par des représentants du conseil national des faisceaux, du PSI, des groupes parlementaires fasciste et socialiste, de la CGL et le président de la chambre. Les membres des faisceaux, les ras locaux, s'y opposent, groupés autour de Dino Grandi, et organisent durant le mois d'août une virulente campagne interne contre Mussolini et le pacte de pacification.
Dès le 23 août, Mussolini publie dans son journal un manifeste en faveur de la création d'un parti fasciste, avec tout ce que cela comporte en termes de programme qu'il compare néanmoins à des « dogmes et préjugés dépassés par le flot ininterrompu des faits ».
Mais, au cours du début de l'année 1921, sa position évolue, dans le contexte de crise à laquelle doit faire face le mouvement fasciste autour du pacte de pacification.
Le contexte de la création du Parti national fasciste
Au cours de l'été 1921, les escouades fascistes se retrouvent alors, pour la première fois de leur histoire, face à une amorce de riposte organisée, aussi bien de la part du gouvernement italien que des organisations socialistes. En effet, alors que celles-ci jouissaient d'une impunité dans leurs raids contre les structures du PSI et de la CGL (bourses du travail, coopératives, sièges locaux du parti et des syndicats affiliés…), elles trouvent face à elle durant l'été 1921 un gouvernement, dirigé par Ivanoe Bonomi, décidé à mettre un terme, ou au minimum des limites, à l'activisme des squadristes.
Le symbole de cette nouvelle politique de l'État est l'épisode de la fusillade de Sarzana, en Toscane, au cours de laquelle douze soldats mettent en fuite cinq cents fascistes toscans, rendus agressifs par des pourparlers trop longs à leur goût. À la suite de cette déroute, la population se tourne contre les fascistes et leur fait la chasse. Des militants communistes et anarchistes formèrent les Arditi del Popolo (soldats du peuple), capables de repousser les fascistes. Le dirigeant fasciste Giacomo Banchelli reconnut que les escadrons fascistes ne « savaient pas comment se défendre » quand les gens contre-attaquaient. Durant la même période, les faisceaux doivent composer avec une action de l'État dirigée en partie contre lui ; cette action prend plusieurs formes : restrictions du commerce des armes, des déplacements en camions et voitures, échanges de coups de feu avec l'armée et la police. Cela provoqua une brève crise au sein du parti, qui vit Mussolini démissionner de l'exécutif fasciste au prétexte qu'il était « déprimé ».
Pour Mussolini, ces épisodes relativisent la capacité opérationnelle réelle des faisceaux. Ainsi, il entrevoit alors la nécessité de s'emparer des leviers politiques que donne l'État à ceux qui les contrôlent. En outre, depuis le début de l'année 1921, Mussolini doit concilier la gestion de faisceaux de moins en moins maniables avec un groupe parlementaire plus conservateur, ce qui crée une opposition composite à sa politique ; la séance royale, inaugurant la nouvelle chambre, constitue le premier écueil que doit traverser le PNF (et sa représentation parlementaire) : y participer ou non ? Les conservateurs, élus sur la liste fasciste (agrariens, monarchistes…), répondent positivement, Mussolini, appuyé sur les faisceaux, s'y oppose.
Dans ce contexte, le 2 août 1921, une trêve, le pacte de pacification, est signée pour rétablir la paix intérieure entre les représentants des faisceaux et les représentants du PSI et de ses organisations sous la présidence du président de la chambre, et aux fins de Mussolini, pour lui permettre d'arriver au pouvoir. Ce dernier mène donc une active campagne dans son journal pour tenter de l'imposer aux faisceaux, avec un succès très mitigé. Ce changement de cap politique de Mussolini rencontre l'opposition des meneurs les plus actifs du fascisme agraire, regroupés autour de Dino Grandi ce qui provoque une rébellion des fascistes d’Émilie et de la vallée du Pô à l'encontre de Mussolini. Pour reprendre les faisceaux en main, et dans une perspective de conquête du pouvoir, Mussolini, dans un article paru dans le Popolo d'Italia, le 23 août 1921, pose donc la question du devenir politique de ces groupements : « ou l'on crée un parti, ou l'on crée une armée ».
Enfin, à l'automne 1921, les faisceaux regroupent 320 000 inscrits répartis dans 2 200 faisceaux, soit 10 fois plus d'inscrits qu'en 1920. Un recensement interne demandé par le secrétariat fait apparaître le caractère disparate du mouvement squadriste : 60 % sont des membres actifs recrutés parmi les membres de la bourgeoisie agrarienne (propriétaire exploitant une main d’œuvre salariée), des indépendants (commerçants, professions libérales), des employés et des étudiants ; les 40 % restants sont pour la plupart d'anciens permanents socialistes, actifs dans les bourses du travail et les coopératives (détruites sous les coups de l'offensive fasciste) et des chômeurs.
La création d'un parti, le Parti national fasciste (en abrégé PNF), est donc le fruit d'un compromis, dans le contexte du pacte de pacification, entre les squadristes, tenants de la poursuite des actions violentes hors légalité, et les membres du groupe parlementaire fasciste élu en 1921, plus favorable à la prise du pouvoir par la voie légale. Mais ce compromis est fragile et repose en réalité sur un modus vivendi entre Grandi, représentant du fascisme agrarien, et Mussolini. Ces désaccords portent sur les moyens et sur le programme, Grandi souhaitant s'appuyer dans la rédaction de ce document sur la constitution du Quarnaro.