Le Parti communiste portugais (en portugais : Partido Comunista Português, ou PCP) est un parti politique portugais communiste et marxiste-léniniste, classé de la gauche à l'extrême gauche, dont l'organisation est fondée sur le centralisme démocratique. Il se réclame aussi du patriotisme ainsi que de l'internationalisme et a été décrit comme eurosceptique.
Le PCP a été fondé en 1921 sous le nom de « Section portugaise de l'Internationale communiste ». Interdit après le coup d'État de 1926, il sera un des éléments centraux de la résistance à la dictature de Salazar. Pendant plus de cinquante ans, les membres du PCP furent contraints à vivre dans la clandestinité par la police secrète afin d'éviter l'emprisonnement, la torture ou l'assassinat. Au moment de la révolution des Œillets, qui renversa la dictature, les 36 membres du Comité central avaient au total passé plus de 300 années en prison.
Sous la République, le PCP est devenu une des forces politiques majeures du Portugal. Malgré la perte d'influence due à l'effondrement du bloc communiste, le parti dispose toujours d'une forte base électorale, notamment dans les régions rurales d'Alentejo et de Ribatejo ainsi que dans la banlieue ouvrière de Lisbonne et à Setúbal, où il détient plusieurs municipalités.
Le PCP publie l'hebdomadaire Avante! depuis 1931. Son mouvement de jeunesse est la Jeunesse communiste portugaise (pt), qui est membre de la Fédération mondiale de la jeunesse démocratique.
Origines et fondation du Parti
À l'issue de la Première Guerre mondiale, le Portugal connaît une crise économique majeure, en partie due à sa participation à la guerre. La dégradation des conditions de vie des ouvriers entraîne une série de grèves, qui, appuyées par des syndicats naissants, aboutissent à quelques avancées sociales majeures, dont la journée de huit heures.
En septembre 1919 est fondé le premier syndicat portugais, la Confédération générale du travail (Confederação Geral do Trabalho, CGT). L'absence d'une force politique capable de rassembler la classe ouvrière et la forte popularité de la révolution russe conduisent à la fondation de la Fédération maximaliste portugaise (en) en 1919, de tendance socialiste-révolutionnaire.
Poussés par le Komintern, des membres de la FMP créent, le 6 mars 1921, la Section portugaise de l'Internationale communiste : ils se donnent pour but d'établir un parti d'avant-garde révolutionnaire, sur le modèle bolchévique.
Ainsi, le PCP a été fondé non pas par une scission d'un parti socialiste, comme la plupart des autres partis communistes européens, mais sur la base des mouvements anarcho-syndicaliste et socialiste révolutionnaire, à l'époque majoritaires au Portugal. Le PCP crée le journal O Comunista en octobre 1921 et tient son premier congrès à Lisbonne en novembre 1923. Le congrès réaffirme sa solidarité avec l'URSS et son opposition au fascisme, s'inquiétant de son développement au Portugal. Le parti est alors dirigé par José Carlos Rates (pt).
La résistance et la clandestinité
À la suite du coup d'État du 28 mai 1926, le parti est interdit et doit rentrer dans la clandestinité. La réorganisation ne sera effective qu'en 1929, quand Bento António Gonçalves (pt) amène le parti à se structurer en un réseau de cellules clandestines, ce qui lui permet d'éviter les arrestations massives. En 1938, le PCP est exclu du Komintern. Les raisons avancées par Georgi Dimitrov sont sa faible structuration interne, qui le rend sensible aux luttes intestines, la baisse sensible de son activité ainsi que des accusations de détournement de fonds par ses dirigeants. Le PCP ne renouera des liens avec l'URSS qu'en 1947 : ses seuls contacts avec le mouvement communiste international sont alors les partis communistes français et espagnol.
En 1933, avec l'accession au pouvoir de Salazar et la mise en place de l'Estado Novo, la répression devient encore plus sévère. Le parti doit faire face à des arrestations et des exécutions massives, et ses membres arrêtés sont torturés puis envoyés dans le camp de concentration de Tarrafal, au Cap-Vert. Bento Goncalves lui-même y sera déporté, et y restera jusqu'à sa mort. Les arrestations massives de 1940-41 obligent le parti à une restructuration globale : ainsi, le congrès de 1943 décide d'une stratégie d'union avec toutes les forces opposées à la dictature, ainsi que d'investissement de l'armée. Le Parti se dote alors d'une réelle organisation clandestine, structurée par un réseau de cadres, qui se révélera un atout fondamental pour la résistance à la dictature.
En 1945, la défaite des forces de l'Axe oblige Salazar à opérer des réformes afin de présenter son régime sous un jour plus démocratique. Une de ces réformes fut l'autorisation donnée à l'opposition démocrate de constituer un mouvement politique, le Movimento de Unidade Democrática (pt) (MUD). Le MUD est d'abord contrôlé par les modérés, mais le PCP y renforce très vite son influence, notamment via son mouvement de jeunesse. La direction de ce dernier est en effet constituée pour une part importante de communistes, dont Octávio Pato (pt), Salgado Zenha (pt), Mário Soares, Júlio Pomar and Mário Sacramento (pt). En réponse au poids pris par le PCP, Salazar réprime fortement, puis interdit totalement le MUD en 1948.
En 1946, Álvaro Cunhal est chargé de porter les conclusions du quatrième congrès du PCP, tenu en juillet, jusqu'en Yougoslavie : il statuait sur la nécessité d'organiser un mouvement de résistance populaire, dirigé par le parti, contre le régime en place ainsi que sur le renforcement du travail clandestin. Le but de ce voyage était d'améliorer les relations de l'organisation avec le bloc socialiste : c'est dans cette optique qu'il part, en 1948, en URSS rencontrer Mikhaïl Souslov. À l'issue de ces voyages, le PCP renoue des liens avec le mouvement communiste international. Álvaro Cunhal est en revanche arrêté par la police politique dès son retour d'URSS.
Le cinquième congrès se déroule en septembre 1957, non pas au Portugal mais à Kiev, en URSS. Le Parti y adopte pour la première fois un programme et des statuts ; c'est là aussi qu'il se prononcera clairement contre le colonialisme et pour le droit à l'auto-détermination des peuples, affirmant ainsi son soutien aux mouvements de libération dans les colonies portugaises telles que le MPLA angolais, le Frelimo mozambicain ou le PAIGC bissau-guinéen.
En janvier 1960, dix membres du PCP réussissent à s'évader de la prison de haute sécurité de Peniche. Parmi eux se trouvent plusieurs dirigeants, notamment Álvaro Cunhal, qui est élu secrétaire général l'année suivante, et Jaime Serra (pt), qui organise l'Acção Revolucionária Armada (pt), la branche armée du PCP qui sera à l'origine de plusieurs actions militaires contre le régime dans les années 1970.
En 1961 débutent également les guerres coloniales dans l'Empire portugais, d'abord en Angola, puis au Mozambique et en Guinée-Bissau. La guerre, qui dure treize ans, ruine le Portugal et conduit des milliers de Portugais à émigrer en France, en Allemagne ou en Suisse pour échapper à la conscription. Le PCP est alors très lié aux mouvements indépendantistes africains, dont il a assuré la formation, notamment aux techniques de guérilla, avec l'aide de l'URSS. Il s'oppose dès le début à la guerre et affiche son soutien aux mouvements nationaux. Le mécontentement dû aux années de guerre sera un des éléments qui mèneront à la fin du régime d'António Salazar.
Un an plus tard, en 1962, le gouvernement décide d'interdire plusieurs des principales organisations étudiantes ; leurs membres, pour la plupart communistes, sont exclus de l'Université, voire emprisonnés. Les étudiants répondent en organisant, avec l'aide du PCP, des manifestations dans tout le pays, dont la principale à Lisbonne, le 24 mars : elle est violemment réprimée par la police, qui fait des centaines de blessés parmi les étudiants.