Le pape, aussi appelé le souverain pontife ou encore le Saint-Père, est l'évêque du diocèse de Rome, le chef de l'Église catholique et le chef d'État monarchique du Vatican, un micro-État de 44 hectares enclavé dans la ville de Rome.
Selon la tradition et la doctrine catholiques, que ne partagent pas les autres confessions chrétiennes, l'autorité du pape se transmet par succession depuis l'apôtre Pierre, ce qui lui confère, au-delà d'une primauté d'honneur, le suprême et plein pouvoir de juridiction sur l'Église catholique en matière de foi, de discipline et de gouvernement de celle-ci.
La façon de concevoir et d'exercer cette autorité a évolué au cours des siècles, tout comme l'élaboration de la doctrine de la primauté pontificale ou du dogme de l'infaillibilité. En outre, sur le plan temporel, les papes ont été les princes souverains des États pontificaux du VIIIe à la fin du XIXe siècle, avant que ceux-ci ne soient intégrés au royaume d'Italie en 1870.
Un pape est élu par le collège des cardinaux, réunis en conclave après la mort ou la renonciation de son prédécesseur. Le pape actuel, qui est le 267e selon le comput catholique, est Robert Francis Prevost qui, élu le 8 mai 2025, règne sous le nom de Léon XIV.
S'il s'agit de l'appellation la plus populaire de l'évêque de Rome, à l'origine, le terme « pape » n'a rien d'un titre officiel ; il provient du latin ecclésiastique papa qui provient lui-même du grec ancien πάπας (papas), une forme tardive du mot πάππα (pappa), un terme familier et affectueux du langage enfantin qui désigne le père (« papa »). Cette marque de vénération affectueuse, déjà présente chez Homère, est adoptée dans le christianisme oriental pour honorer les épiscopes puis les évêques, voire les prêtres.
Apparu en Occident au début du IIIe siècle, le titre est progressivement réservé aux évêques, appliqué par exemple aussi bien à Cyprien de Carthage qu'à Augustin d'Hippone, mais également à l'évêque d'Alexandrie Héraclas (v. 250), dont les successeurs à la tête des patriarcats grec orthodoxe et copte d'Alexandrie conservent le titre de nos jours.
La première attestation épigraphique liée à l'évêque de Rome se trouve dans la catacombe de Saint-Calixte, sur le cubiculum d'un diacre nommé Severus à propos du pape Marcellin (296–304) : « jussu pp [papae] sui Marcellini ». Depuis lors, l'abréviation de « papa » en « PP » se généralise, notamment dans la signature pontificale. Le titre tend alors à devenir spécifique à partir de la fin du IVe siècle, mais la précision « Papa urbis Romae (aeternae) » (« Pape de la ville (éternelle) de Rome »), atteste d'un usage encore généralisé à l'ensemble des évêques.
Au VIe siècle, le titre papa est utilisé par la chancellerie de Constantinople pour s'adresser à l'évêque romain, un titre dont, à partir du VIIIe siècle, ses successeurs font usage pour se désigner eux-mêmes sans spécification. En 998, le concile de Pavie enjoint à l'archevêque Arnulfe II de Milan de renoncer à cette titulature, qui est réservée depuis la fin du XIe siècle au primat de Rome — « quod hoc unicum est in mundi » (« parce qu'il est unique au monde ») — à la suite du Dictatus papæ (1075) de Grégoire VII.
Le terme « papauté » (en latin : papatus), de création tardive est utilisé pour la première fois par Clément II (1046-1047) afin de marquer la supériorité de l'évêque de Rome sur l'épiscopat (en latin : episcopatus).
Le mot « pontificat » dérive quant à lui de l'un des titres du pape, « souverain pontife », qui provient du latin summus pontifex — une titulature calquée sur le titre de « pontifex maximus » (« pontife suprême ») porté par le grand prêtre à la tête du collège des pontifes dans la Rome antique puis par l'empereur de Byzance jusqu'au IVe siècle — et est attribuée à certains évêques et métropolites à partir du Ve siècle. À partir du XIe siècle, cette titulature devient une prérogative de l'évêque de Rome et devient le titre le plus employé pour désigner le titulaire du siège romain. Le titre de « Pontifex maximus » est pour sa part repris à la fin du XIVe siècle par le pape Boniface IX (1389-1404).
Le prédicat du pape est Sa Sainteté, à l’origine utilisé par tous les évêques, et dont l’usage s’est restreint, dans l’Église catholique, au seul pape, au fil des siècles. Ce titre est également utilisé par d’autres responsables religieux chrétiens ou non.
Le pape n'est pas un « chef spirituel », car selon la foi catholique il reçoit sa mission du Christ lui-même, en tant qu'évêque de Rome et successeur de l'apôtre Pierre : veiller et présider à l'unité de tous les diocèses gouvernés par les évêques en communion avec Rome.
L'Église romaine a toujours proclamé sa fondation apostolique, sur laquelle elle base l'autorité magistérielle dont elle se prévaut et que les titulaires du siège de Rome affirment à la suite de l'évêque Libère (352-366), le premier à utiliser l'expression de « Siège apostolique » (Sedes apostolica).
L'affirmation par les papes de Rome de leur primauté, effective et non pas seulement honorifique, qui place d'office quiconque la refuse dans la position de schismatique ou d'hérétique, n'est acceptée ni par les Églises d'Orient, ni par les Églises protestantes. Cependant, dans l'Église catholique, cette primauté effective découle ipso facto du fait qu'il est l'évêque de Rome. Ainsi, la seule titulature officielle du pape dans l'Antiquité est le mot « évêque », (sous-entendu : de la ville). Aujourd'hui encore, dans les documents les plus solennels, le pape signe de ce seul titre d'« évêque de l'Église catholique » (comme on le voit au paraphe du pape Paul VI sur toutes les constitutions et les décrets du concile Vatican II : « Ego PAULUS Catholicae Ecclesiae Episcopus », ou bien accompagné de la formule grégorienne : « Ego, N., episcopus, servus servorum Dei ».
Très tôt dans l'histoire du christianisme, Rome jouit d'un indéniable prestige dû à l'association de son nom aux martyres des apôtres Pierre et Paul ainsi qu'à la présence de leurs tombeaux dans la ville, l'un au Vatican, près de l'ancien cirque de Néron, et l'autre sur la Via Ostiensis, aux portes de Rome. Ainsi, dès les premiers siècles de notre ère, Rome devient une ville de pèlerinages « ad limina apostolorum » (« au seuil des apôtres »). Néanmoins, dès cette époque, la figure de Paul tend à s'estomper au profit de celle de Pierre.
Des manifestations de ce prestige se trouvent dans différents témoignages du IIe siècle : une lettre d'Ignace d'Antioche adressée à cette communauté, évoque la mémoire des enseignements apostoliques dont elle est détentrice et, à la fin du siècle, Irénée de Lyon, dans une polémique contre les gnostiques, prend Rome en exemple d'une Église qui « très grande, très ancienne et connue de tous (…) a conservé la tradition des apôtres ». Cependant, aucune figure particulière n'émerge alors d'une communauté romaine dirigée par un collège de presbytres ou d'épiscopes assistés de diacres probablement jusque vers 150, époque où semble émerger un « mono-épiscopat » qui ne devient quelque peu consistant qu'avec les figures de Victor Ier (v.190) et Calixte Ier (v.217).
À partir du milieu du IIIe siècle, la communauté romaine revendique explicitement sa fondation apostolique, fondement de l'autorité magistérielle dont elle se prévaut et tente de s'arroger l'autorité pétrinienne pour son seul usage ; mais ce n'est pas tant cette revendication que celles d'autorité et de primauté pontificale auxquelles elle prétend qui occasionneront nombre de débats, voire de schismes.
Pendant le IVe siècle, l'évêque de Rome envoie des légats, prêtres ou évêques, pour le représenter aux conciles qui débattent des questions doctrinales.