La paix de Vervins, qui met fin à la guerre franco-espagnole de 1595-1598, est signée le 2 mai 1598 à Vervins (actuel département de l'Aisne) entre le roi de France Henri IV et le roi d'Espagne Philippe II.
Ce traité intervient peu de temps après la fin de la huitième guerre de religion (reddition du duc de Mercoeur, 13 mars 1598) et la promulgation de l'édit de Nantes (avril).
La lutte entre les Habsbourg et les rois de France
Après l'élection de Charles Quint à la tête du Saint-Empire romain germanique, la rivalité entre les maisons de France et de Habsbourg s'amplifie.
À partir de 1516, Charles Quint est roi de Castille et roi d'Aragon, souverain des Pays-Bas, détient plusieurs territoires en Italie. La France est plus ou moins encerclée. Sous François Ier et Henri II, les maisons de France et de Habsbourg s'opposent au cours de plusieurs guerres marquées par des succès pour la France (Marignan, Metz) ou pour les Habsbourg (Pavie, Saint-Quentin).
Mais Charles Quint, empereur élu en 1519 contre François Ier, est aux prises avec le développement rapide du protestantisme en Allemagne, et est obligé, après des années de guerre, de concéder la paix d'Augsbourg (1555). Il décide alors de renoncer au pouvoir et abdique les Pays-Bas et l'Espagne en faveur de son fils Philippe tandis que les possessions autrichiennes des Habsbourg reviennent à son frère Ferdinand, élu empereur en 1558.
La guerre se poursuit entre Henri II et Philippe II, mais se conclut rapidement par le traité de Cateau-Cambrésis, en 1559, par lequel les deux rois se rendent leurs conquêtes.
L'insurrection des Pays-Bas contre Philippe II
Les dix-sept provinces qui forment les Pays-Bas des Habsbourg entrent en insurrection contre Philippe II en 1568, sous la direction de Guillaume d'Orange.
En 1581, les insurgés, formant l'union d'Utrecht, proclament la déchéance de Philippe de ses droits aux Pays-Bas : c'est le début d'un nouvel État, les Provinces-Unies, qui se trouvent de fait réduites aux sept provinces du nord, notamment la Hollande et la Zélande, à la suite de l'offensive d'Alexandre Farnèse en 1582-1585. Mais par la suite, l'armée espagnole ne progresse plus; au contraire dans les années 1590, les troupes de Maurice de Nassau, fils de Guillaume d'Orange, reprennent plusieurs villes (Bréda, Deventer, Groningue).
La situation aux Pays-Bas interagit avec les guerres de Religion en France, tandis que l'Angleterre intervient à l'occasion comme alliée des insurgés néerlandais et des protestants français.
L'intervention de Philippe II dans la huitième guerre de Religion en France (1584-1598)
Comme son père, Philippe II se considère comme le principal défenseur de la cause catholique menacée par les protestants comme par les Ottomans musulmans. C'est ce qui va l'amener à intervenir directement dans les guerres civiles françaises, pour combattre l'avènement au trône de France du calviniste Henri de Navarre.
En 1584, meurt le dernier frère (François) du roi de France Henri III. Dès lors, selon la loi salique, l'héritier présomptif du trône est Henri de Navarre (plus proche descendant de saint Louis en ligne masculine), qui est calviniste et chef du parti protestant français. Cette situation est la cause de la huitième guerre de Religion : les catholiques les plus radicaux forment la Ligue, avec laquelle Philippe II conclut le traité de Joinville (décembre 1584).
La guerre civile aboutit à l'assassinat du duc Henri de Guise, chef des Ligueurs, en 1588, du roi Henri III en août 1589 et à l'avènement consécutif de Henri de Navarre, reconnu immédiatement comme roi par une partie des catholiques, tandis que les ligueurs continuent le combat avec l'appui espagnol.
Philippe II envoie une armée en France à partir des Pays-Bas (1590). Sa fille, l'infante Isabelle-Claire-Eugénie d'Autriche est proposée comme candidate au trône de France. Des troupes espagnoles, commandées par Don Juan d'Aguila, sont envoyées en Bretagne, dont le gouverneur, le duc de Mercœur, est proche des Guise.
Mais Henri IV, vainqueur des ligueurs à Arques et à Ivry, revient au catholicisme en 1593 et est sacré à Chartres en 1594, ce qui lui donne une légitimité encore plus grande aux yeux des catholiques.
La guerre franco-espagnole de 1595-1598 et la reddition des derniers ligueurs