La paix de Constance est un traité entre l’empereur du Saint-Empire romain germanique et les communes italiennes qui a été signé le 25 juin 1183. Celle-ci met un terme à une longue période d’hostilités et de tensions entre la papauté romaine, les empereurs germaniques et les villes de plus en plus indépendantes d’Italie. Toutefois, avant la signature du traité, de nombreuses alliances ont permis la formation de ligues puissantes et ont démontré la montée des communes italiennes et lombardes. La paix de Constance a permis aux villes italiennes et lombardes de retrouver leur autonomie perdue en 1158 et de poursuivre le phénomène des communes qui devient important à l’organisation de l’Italie jusqu’au 14e siècle environ.
Les tensions jusqu'à Frédéric Ier
Le contexte qui entoure la paix de Constance commence par une période de tensions visible entre le 11e et le 12e siècle. Durant cette période, le Saint-Empire et l’Église de Rome ont des relations tendues à cause de la question des Investitures. En effet, les empereurs du 11e jusqu’à Frédéric Ier souhaitaient augmenter leur prestige et celui de leur empire en augmentant leurs Investitures, mais cela a été un grand échec qui amène des tensions internes.Parmi les tensions internes que connait le Saint-Empire romain germanique, nous avons les conflits entre des clans familiaux, comme les guelfes et les gibelins qui réduisent et forcent le recul du pouvoir impérial. Ce conflit concerne toutefois plus la fin du 12e siècle et surtout le 13e siècle selon l’historienne Isabelle Heullant-Donat, ce qui implique qu’il ne s’agissait pas au moment de la paix de Constance, de fronts unifiés s’affrontant, mais plus de tensions périodiques entre des factions parfois fluides et d’autres fois unies. De plus, les instabilités dans le Saint-Empire forcent le pouvoir impérial à concentrer ses forces dans l’empire, ce qui fait reculer sa présence en Italie et permet donc l’émergence de villes autonomes qui deviendront des communes. C’est donc dans ce contexte que l’empereur Frédéric Ier Barbarossa est élu.
Les conflits entre la papauté romaine et le pouvoir impérial germanique
Les principaux acteurs qui représentent les différents groupes s’affrontant dans le contexte de la paix de Constance, permettent de mieux comprendre les tensions qui existent dans ce monde romain et germanique. Pour le Saint-Empire romain germanique, il s’agit de Frédéric Ier, qui a des origines guelfe et gibeline, ce qui démontre le désir des élites germaniques de mettre un terme au conflit entre les deux groupes mentionnés. Le nouvel empereur réussit à imposer une paix dans son empire afin de lui permettre d’entreprendre une conquête de l’Italie pour redonner de la grandeur à son empire, qu’il voit comme étant le successeur du grand Empire romain. Pour ce faire, il utilise les tensions préexistantes en Italie afin d’y imposer son pouvoir.
Ensuite, deux papes romains sont importants pour comprendre cette période et il s’agit d’Adrien IV et d’Alexandre III. Le pape Adrien IV accueille l’empereur en Italie vers 1155, puisque Rome souffre d’une révolte de sa population et il y voit une alliance avantageuse pour lui avec Frédéric. En échange de cette aide, Frédéric Barbarossa demande d’être couronné comme empereur à Rome. À la suite de son couronnement comme empereur des Romains, Frédéric gagne les droits régaliens sur les communes où il nomme ses propres dirigeants, puis décide d’éventuellement descendre en Italie pour mieux appuyer son contrôle sur la région. Le pape Adrien IV reproche à l’empereur d’abuser des pouvoirs dont l’Église lui avait fait cadeau, et ce, au même moment où Frédéric descend en Italie avec ses armées en 1158, ce qui effraie l’Église de Rome qui choisit de négocier avec l’empereur. Malheureusement, le pape Adrian IV meurt avant qu’une entente ait pu être faite et c’est Alexandre III qui prend sa place. Ce nouveau pape adopte une politique beaucoup plus agressive avec le Saint-Empire, puisqu’il excommunie l’empereur, qu’il jette l’interdit sur le Saint-Empire et qu’il s’allie à la Ligue lombarde pour vaincre Frédéric Ier à Legnano en 1176. Enfin, nous avons l’antipape Victor IV, que Frédéric Ier nomme lui-même comme remplaçant d’Adrien IV. Cette nomination fait en sorte que l’Église de Rome connait un schisme d’environ vingt ans qui déstabilise énormément l’Église qui se retrouve divisée entre le pape romain et le pape germanique.
En bref, les acteurs et leurs actions expliquent plusieurs des évènements et des agressions qui précèdent la paix de Constance.
Les conflits précédant la signature de la paix de Constance
Comme l’histoire le démontre, l’indépendance des communes ne s’est pas faite sans peine. Celle-ci nécessite plusieurs descentes de l’empereur en Italie, qui se solde par le recul de ce dernier, lorsqu’il signe la paix de Constance en 1183.
Les premières tensions avec les communes éclatent après les deux diètes de Roncaglia de 1154 et 1158, qui tente de restaurer l’autorité impériale en Italie du Nord et qui retire les droits et l’autonomie des villes italiennes. La Roncaglia de 1158 est particulièrement importante dans ce conflit, puisqu’elle permet d’unir les traditions impériales germaniques et romaines en mobilisant le droit romain en faveur du pouvoir absolu de l’empereur sur tous. Plus précisément, Frédéric Ier utilise le droit romain pour soutenir son projet impérial et l’instrumentalise contre les villes italiennes et le pape de Rome. Malheureusement, ces mesures ne pouvaient pas fonctionner comme l’empereur l’avait espéré, puisqu’à cette époque, plusieurs villes, comme Rome et Milan, ont déjà une identité forte et qu’elles voient les actions de Frédéric Ier comme une menace à leur autonomie et à leur liberté. De plus, elles ont connu une forme d’indépendance économique et politique à partir de la période des Investitures au 11e siècle, ce qui a entraîné une présence de moins en moins forte et permanente des empereurs germaniques dans les affaires italiennes. Toutefois, il faut attendre plusieurs années avant de voir un tournant dans la résistance des communes. En effet, les villes et les communes italiennes ne résistent efficacement que lorsque l’empereur assiège et détruit Milan entre 1158 et 1162, et qu’une résistance massive et unifiée émerge.
La prise et la destruction de Milan, qui est la place forte de la résistance italienne puisqu’elle coordonnait la résistance contre Frédéric Ier, étaient un acte stratégique bien réfléchi de la part de l’empereur. Malheureusement, le rôle central de la capitale lombarde a fait d’elle la cible des alliés de Frédéric Ier en Italie et des troupes de l’empereur, qui décident de l’utiliser comme exemple et message pour tous ceux qui lui résistaient. Frédéric Barbarossa, qui espérait donc que la prise et la destruction de Milan serviraient d’exemple aux communes italiennes s'est trompé dans son estimation, puisqu'elles ont eu l’effet contraire et qu'elles ont augmenté le désir de résistance des Italiens et des Lombards. En effet, l’Italie du Nord jusqu’à 1162 n’avait pas créé d’alliances suffisamment fortes pour affronter et repousser Frédéric Ier et ses troupes, mais cela change lorsque deux grandes alliances, la ligue de Vérone et la ligue de Crémone s’unissent pour former la Ligue lombarde en 1167. La ligue de Vérone était composée de Vicence, de Padoue, de Vérone et de Venise, alors que la ligue de Crémone regroupait des villes lombardes à l’entour de Crémone. De plus, en 1167, un autre retournement se produit lorsque l’armée germanique est décimée par les épidémies.En bref, c’est avec la naissance d’une nouvelle alliance militaire puissante en Italie du Nord et la perte d’une grande partie des troupes germaniques que Frédéric Barbarossa est forcé de battre en retraite devant l’Italie lombarde du Nord unifié. Toutefois, l’Italie ne connait pas de paix avec le Saint-Empire romain germanique avant 1177.
La période allant d’environ 1167 à 1174 est relativement plus calme, puisque Frédéric Ier est affaibli par l’épidémie qui a décimé ses troupes et que la menace de la nouvelle Ligue lombarde le pousse à reculer vers la capitale du Saint-Empire. De plus, lorsqu’il tente de mobiliser de l’aide auprès d’Henri le Lion, le duc de la marche de Brandebourg, il refuse et Frédéric Barbarossa est forcé d’aller affronter les Italiens à Legnano seul. Ce refus d’un homme étant censé être subordonné à l’empereur démontre encore une fois le problème des tensions politiques qui fluctuent à l’intérieur du Saint-Empire durant notre période. Lorsque nous arrivons en 1176, une victoire italienne permet un revirement dans le conflit pour le contrôle de l’Italie et il s’agit de la bataille qui se produit à Legnano. En effet, la victoire décisive des communes sur Frédéric Ier ne survient qu’en 1176 à Legnano, forçant l’empereur à signer la paix de Venise en juillet 1177. En signant ce traité de paix, Frédéric Ier reconnait la légitimité du pape Alexandre III en Italie comme seul et unique pape de l’Église de Rome, et accepte une paix de six ans avec la Ligue lombarde. En bref, cette paix met les bases pour la paix plus permanente qui est signée en 1183, soit la paix de Constance.