Ce Jour-là

Paco de Lucía

Musicien espagnol

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Francisco Sánchez Gómez, connu sous le nom de Paco de Lucía [ˈpä.ko̞ ð̞e̞ lu.ˈθi.ä] (né le 21 décembre 1947 à Algésiras, dans la province de Cadix, en Espagne, et mort le 25 février 2014 à Playa del Carmen, au Mexique) est un guitariste et compositeur espagnol. Il est considéré par plusieurs flamencologues, notamment Félix Grande et Guillermo Castro Buendía comme le meilleur guitariste de flamenco de tous les temps, et l'un des meilleurs instrumentistes de l'histoire de la guitare. Compositeur prolifique, il a notamment apporté des innovations importantes à la guitare flamenca. Nombre de ses pairs guitaristes se réclament de son influence. Il est le guitariste de flamenco contemporain le plus connu dans le monde. Sa reconnaissance est attestée par les nombreux prix et distinctions qui lui ont été décernés, dont le prix Prince des Asturies des arts, le plus prestigieux d'Espagne, et la médaille d'or du mérite des beaux-arts.

Enraciné dans une longue tradition dont il a su exprimer la quintessence, puis devenu pour le public le plus large la figure principale et la plus universelle du flamenco des dernières décennies, il a pu imposer l'évolution, voire la réforme, qui a porté cet art, pour un temps, sur les devants de la scène musicale internationale, en important de nouveaux rythmes issus du jazz, de la bossa nova ou des musiques caraïbes, de même que des traits empruntés à la musique classique. En témoignent, entre autres, la diversité de ses enregistrements ainsi que ses collaborations avec des musiciens internationaux comme Carlos Santana, Al Di Meola et John McLaughlin, le cinéaste Carlos Saura, et d'autres grandes figures du flamenco telles que Camarón de la Isla, Tomatito et Antonio Gades, avec lesquelles il a modernisé les concepts de base du flamenco originel.

Avec quelques enregistrements novateurs et controversés du cantaor (chanteur de flamenco) Enrique Morente (de la même génération que Paco de Lucía), considérés par certains « puristes » de la tradition flamenca comme « iconoclastes », Paco et Camarón représentent les grands initiateurs du courant flamenco nuevo (« Nouveau flamenco ») de la génération suivante, qui expérimente la fusion avec de nombreuses musiques du monde. Malgré le rayonnement international que Paco de Lucía a donné à sa musique, malgré sa maîtrise de la guitare flamenca dans toute sa dimension traditionnelle, ces puristes ne lui ont jamais pardonné ses ouvertures (au jazz notamment) et estiment qu’il a « trahi » les racines idiomatiques du flamenco originel.

Tout au long de sa carrière, de 1961 à 2014, il a gravé en propre sous son nom 42 disques, et participé à des créations musicales de chanteurs de flamenco ou d'interprètes de genres musicaux très variés.

Paco de Lucía naît dans le quartier de La Fuentenueva (rue San Francisco) et vit enfant dès l’âge de cinq ans dans le quartier de La Bajadilla (rue Barcelone) du port andalou d'Algésiras, une des deux communes les plus au sud de la péninsule Ibérique, juste à l'ouest de Gibraltar. Ce sont des quartiers populaires à prédominance gitane. Dans la rue comme dans sa famille, il baigne depuis sa plus tendre enfance dans une ambiance musicale marquée par le flamenco.

Il est le plus jeune des cinq enfants du couple formé en 1934 par Antonio Sánchez Pecino (1908-1994) et par Lúzia Gomes Gonçalves (son nom en portugais, hispanisé en Lucía Gómez Gonzálvez ; mais Paco lui rendra hommage en 1998 sous son prénom portugais dans l’album intitulé Luzia). Sa mère est originaire du village de Montinho, pas très loin de la ville de Castro Marim (nom d’un autre album en 1981) au Sud du Portugal, et tout proche de la frontière espagnole.

La fratrie est composée de María Luisa, l’aînée et unique sœur (née en 1935), puis Ramón (né en 1938), Antonio junior (né en 1942), Pepe (diminutif de José, né en 1945) et enfin Paco (diminutif de Francisco, né en 1947). Les enfants sont tous les cinq initiés au cante (chant flamenco) ou au toque (jeu de la guitare flamenca), mais seuls Ramón, Pepe et Paco en feront leur métier.

Le père fait vivre, difficilement, sa famille nombreuse comme marchand de tissu ambulant, et, à l'occasion, marchand de fruits, ou encore ouvrier à l’usine. Mais il est aussi un bon guitariste de flamenco amateur, et sous le nom de scène d’« Antonio de Algeciras », il arrondit les fins de mois en jouant la nuit dans les tablaos et les fêtes locales. Là, il se rend compte qu’il y a pléthore de « cantaores » (chanteurs de flamenco, variante dialectale andalouse du castillan « cantadores » qui signifie chanteurs en général), pas toujours al compás (« dans le rythme ») par défaut d’accompagnement, justement parce qu’on manque de guitaristes ; c’est pourquoi il initie promptement la formation professionnelle de ses fils en les orientant vers cet instrument. Le flamencologue américain Donn E. Pohren considère même que le père a conçu très tôt pour ses enfants un grand projet de carrière artistique, à son sens plus lucrative que les travaux subalternes dans lesquels il s’épuisait le jour tout en vivant chichement. Les Sánchez sont donc une famille paya (« non gitane »), mais entre les fêtes et le petit commerce, ils vivent dans une telle proximité avec la communauté des Gitans que ceux-ci iront jusqu’à surnommer Antonio père el gitano rubio (« le gitan blond »).

Dès son plus jeune âge, l'environnement de Paco de Lucía est donc favorable à l'apprentissage du flamenco, tout d'abord par son père, qui lui donne ses premières leçons dès l'âge de cinq ans et lui impose bientôt de travailler douze heures par jour, seul ou en compagnie de ses frères Pepe et Antonio.

Selon une tradition andalouse, il doit son surnom au prénom de sa mère, Lucía, portugaise de naissance ; il était désigné tout jeune comme Paquito el hijo de Lucía (« Petit Paco, le fils de Lucía ») ou el hijo de la portuguesa (« le fils de la portugaise »), ce qui par la suite deviendra le titre d'un ouvrage qui lui sera consacré. Au moment de prendre un pseudonyme, il a voulu lui rendre hommage, tout comme son frère Pepe de Lucía, alors que leur frère aîné Ramón de Algeciras avait choisi, comme beaucoup de chanteurs de rue, et aussi comme leur père Antonio, de prendre le nom de leur ville ou village.

Après leur travail, les tocaores (« musiciens, guitaristes de flamenco : variante dialectale andalouse du castillan tocadores=musiciens ») que fréquente leur père (entre autres les guitaristes Melchor de Marchena et El Titi de Marchena, qui sera son premier professeur), prolongent les nuits festives dans le patio de la maison familiale. Puis ses frères aînés stimuleront aussi son premier apprentissage : Ramón de Algeciras déjà reconnu comme guitariste de talent et Pepe de Lucía qui mène très tôt une carrière de chanteur de flamenco. Il explique lui-même ainsi sa vocation et sa précocité : « Avant même de poser les doigts sur un manche de guitare, je connaissais tout du flamenco : les rythmes les plus complexes, le langage. » Il quitte définitivement l'école à onze ans. Son père estime que les finances familiales ne permettent plus à son fils de suivre une formation scolaire, et préfère qu'il se consacre exclusivement à la guitare, espérant que le talent qu'il a décelé en lui puisse aider à subvenir aux besoins de la famille. Le travail acharné que fournit Paco, tout au long d'un apprentissage étroitement encadré par son père, finit par payer. En 1958, à seulement onze ans, il donne sa première représentation à la radio locale d'Algésiras. Sa prestation est alors considérée comme stupéfiante, sa technique déjà très sûre.

« Quand à douze ans il a commencé à monter sur scène dans son Algésiras natal, Francisco Sánchez Gómez n’était qu’un garçon extrêmement studieux avec un seul objectif dans sa vie : être un grand guitariste de flamenco. Les années passant, Francisco, le fils d’Antonio et de Lucía, est parvenu beaucoup plus loin et s’est métamorphosé en une référence musicale pour le monde entier. »

Premières prestations, premiers prix et engagements

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Paco de Lucía | World in Stories