Pōmare IV, née ‘Aimata, le 28 février 1813 à Tahiti et morte le 17 septembre 1877 à Papeete (Tahiti), est reine de Tahiti, de Moorea et dépendances — les Tuamotu de l'ouest, ainsi que Raivavae et Tubuai aux Australes — de 1827 à 1877, d'abord sous l'influence des missionnaires britanniques, puis sous le protectorat français. Seule reine régnante de Tahiti, elle appartenait à la dynastie tahitienne des Pōmare et régna pendant cinquante ans, le plus long règne de toute l'histoire de l'île.
Elle lutta en vain contre l'intervention française, écrivant au roi Louis-Philippe Ier de France et à la reine Victoria, demandant en vain une intervention britannique et s'exilant à Raʻiatea en signe de protestation. Ce qui suivit fut la sanglante guerre franco-tahitienne qui dura de 1843 à 1847, impliquant tous les autres royaumes voisins de Tahiti. Les Tahitiens ont subi de nombreuses pertes, mais les pertes françaises ont également été importantes. Bien que les Britanniques n'aient jamais assisté les Tahitiens, ils ont activement condamné la France et la guerre a presque éclaté entre les deux puissances du Pacifique. Ces conflits se sont soldés par la défaite des forces tahitiennes au fort de Fatahua. Les Français ont été victorieux, mais ils n'ont pas pu annexer l'île à cause de la pression diplomatique de la Grande-Bretagne. Tahiti et Moorea ont donc continué à être dirigés par les Pōmare sous le protectorat français. Une clause du règlement de guerre stipulait que les alliés de la reine Pōmare, c'est-à-dire les royaumes de Huahine, Raʻiatea et de Bora-Bora, seraient autorisés à rester indépendants. Le protectorat français est confirmé en 1847 par la convention franco-anglaise de Jarnac.
Pōmare IV finit par céder et gouverne sous l’administration française de 1847 jusqu'à sa mort. La reine est enterrée dans le mausolée royal, Papa’oa, Arue. Son fils, Pōmare V, lui succède comme roi de Tahiti en 1877.
Son nom de naissance, ‘Aimata (‘ai, « manger » et mata, « œil ») vient selon Teuira Henry, repris par Alexandre Juster, « de l'ancienne coutume qui voulait que l'on présentât au souverain l'œil d'une victime humaine à l'occasion de cérémonies religieuses au marae ».
Le nom de Pōmare n'est quant à lui pas un prénom, ni un patronyme, mais un titre de la dynastie Pōmare.
Jeunesse et accession au trône
Nommée ‘Aimata à la naissance, elle est officiellement la fille de Pōmare II, roi de Tahiti et de la princesse Teremoemoe Tamatoa, fille de Tamatoa III, roi de Raiatea. Cependant, son père rejette cette version de son vivant, la qualifiant avec les missionnaires comme étant la fille issue d'un adultère, ou la fille d'une concubine.
Sa naissance se déroule dans une société en pleine transition qui accueille de nouvelles conceptions religieuses. Pōmare II est un roi autoritaire et despotique qui convoite les intérêts d'un rapprochement avec les Britanniques. Il entame cette politique par l'intermédiaire des missionnaires qui le baptisent en 1812. Il fait instruire 'Aimata dès ses deux ans en anglais. En 1819, il édicte un code de loi sur les indications des missionnaires. Ces derniers accordent peu d'importance à l'éducation d'Aimata et se concentrent sur celle de Pōmare III. Ces changements mettent fin à de nombreuses traditions, provoque la levée du tapu des cultes polynésiens.
À l'âge de neuf ans, un mariage est arrangé avec Tapoa, chef de Bora-Bora âgé de seize ans, leur mariage a lieu en 1822.
Lorsque le 7 décembre 1821 Pōmare II meurt, son fils Pōmare III n’a qu’un an. Sa tante Teriitaria, son oncle et les religieux assurent alors la régence, jusqu’au 21 mai 1824, date à laquelle les missionnaires procèdent à son couronnement, cérémonie inédite à Tahiti. Profitant de la faiblesse des Pōmare, les chefs locaux récupèrent une partie de leur pouvoir et prennent le titre héréditaire de Tavana (issu de l’anglais governor). Les missionnaires en profitent aussi pour modifier l’organisation des pouvoirs, et rapprocher la monarchie royale tahitienne d’une monarchie constitutionnelle plus proche du modèle anglais. Ils créent ainsi l’assemblée législative tahitienne, qui siège pour la première fois le 23 février 1824.
En 1827, le jeune Pōmare III meurt subitement. Sa demi-sœur, 'Aimata, âgée de 13 ans, unique enfant survivant du roi Pōmare II, lui succède et prend le titre de Pōmare IV. Cependant, sa légitimité pose question puisque, de son vivant, Pōmare II assure qu'Aimata est la fille d'un autre homme. À cause de cela, le couronnement de Pōmare IV se fait en toute discretion. Son nom polynésien complet, en tant que reine, est ʻAimata Pōmare IV Vahine-o-Punuateraʻitua.
Début de règne : l'influence des missionnaires
Dans les premières années, elle semble avoir voulu s'écarter de la religion protestante, devenue officielle sous le règne de son père, en favorisant un culte local, la secte des Mamaia. Jacques-Antoine Moerenhout indique qu'elle « réintègre de nombreuses dances et musiques tahitiennes que les missionnaires jugent obscènes ». Elle participe activement aux différentes pratiques, ainsi qu'à la promiscuité sexuelle de ces rites, si bien que les missionnaires pensent qu'elle contracte la syphilis.
Dès son début de règne, elle se montre également hostile aux nouvelles lois établies par son père en 1819, se retrouvant parfois proche de provoquer un conflit avec les chefs prompts à renforcer leur pouvoir au travers du To'ohitu. Sa participation à des danses proscrites provoque la colère de deux membres de la cour judiciaire, qui invoquent la menacent d'engager un procès public.
En 1830, lors d'une visite à Raiatea, elle exige la tenue d'une cérémonie traditionnelle interrompue en 1819 par Pōmare II. Les missionnaires suggèrent à Pōmare IV d'exiger une taxe annuelle au lieu d'effectuer cette cérémonie, mais elle refuse. L'influence des missionnaires installés dans la baie de Papeete depuis 1818 s'est suffisamment développée pour que plusieurs chefs s'opposent à la décision de la reine et la menacent de destitution. Invoquant une rébellion, Pōmare IV envisage une répression militaire mais les missionnaires parviennent à l'en dissuader et trouver un compromis entre les chefs, acceptant la tenue de la cérémonie traditionnelle.
En 1832, la situation conflictuelle interne pousse son mari Tapoa à diriger les chefs de Bora-Bora dans une attaque malavisée contre Tamatoa IV de Raiatea. Perçu comme une trahison, Pōmare IV demande le divorce et épouse Ariifaaite Tenani'a, le frère aîné de Tamatoa IV. Cette union lui permet de renforcer les connexions sur les Îles Sous-le-Vent. Cependant, les différents chefs qui s'opposent au pouvoir politique de Pōmare IV invoquent les missionnaires et les lois relatives aux mariages afin de l'invalider ; cependant ces derniers ne sont pas unanimes. En parallèle, les adeptes du culte de Mamaia saisissent l'opportunité pour gonfler le conflit en demandant que le code de loi de 1819 soit supprimé. Les forces de Pōmare IV l'emportent et les chefs hostiles à la reine sont bannis de Tahiti.
Durant ce conflit, Pōmare IV se rapproche de certains missionnaires qui lui sont favorables, afin de légitimer ses actions et renforcer son statut d'Ari'i Ahi (monarque de Tahiti). Cependant, elle se retrouve confrontée à une ingérence croissante des différents européens qui transitent par l'île et ne parvient pas à imposer les lois sur les marins. William Ellis indique que les navires américains pervertissent les habitants en vendant du rhum à bas prix. Sous les conseils des missionnaires et avec l'accord des juges du droit polynésien, Pōmare IV fait interdire la vente d'alcool en 1834. Cependant, malgré cela, de nombreux marchands bravent l'interdit sans être poursuivi. La situation est telle qu'elle est considérée comme une forme d’agression étrangère.
Après un début de règne hostile au christianisme, Pōmare IV décide de se convertir en 1836 dans un espoir de rapprochement avec l'Empire britannique. Dans les années 1830, un rôle essentiel est joué par le pasteur George Pritchard, son principal conseiller, qui suggère à la reine d'effectuer cette démarche dans le cadre d'engager des relations bénéfiques. En réalité, l'arrivée du prêtre belge Jacques-Antoine Moerenhout, engagé par les Américains, motive ses intentions à accélérer cette conversion quitte à ce qu'elle ne soit que de façade. Le choix du protestantisme se fait dès lors en opposition aux ingérences des missions catholiques françaises nouvellement arrivées. Le pouvoir des Pōmare est devenu plus symbolique que réel, et à plusieurs reprises la reine Pōmare demande en vain le protectorat de l’Angleterre. Pritchard suggère en 1839 à Palmerston de faire de Tahiti un protectorat britannique, mais celui-ci refuse.