La pédophilie (du grec ancien παῖς / paîs « enfant » et φιλία / philía, « amitié ») est un trouble paraphilique caractérisé par l'attirance sexuelle ou par des sentiments amoureux persistants d'un adulte ou d'un adolescent envers les enfants, filles ou garçons, généralement prépubères ou au début de leur puberté. Bien que les filles commencent généralement la puberté à 10 ou 11 ans et les garçons à 11 ou 12 ans, les critères diagnostiques psychiatriques de la pédophilie prolongent la limite de la prépuberté jusqu’à l’âge de 13 ans. Une attirance envers un enfant âgé de 11 à 14 ans sera généralement appelée hébéphilie.
Cette attraction doit par ailleurs être associée soit à un passage à l'acte des pulsions sexuelles, soit à une souffrance cliniquement significative ou à une altération du fonctionnement social, professionnel ou dans d'autres domaines importants pour remplir les critères diagnostiques du trouble pédophilique. Une personne ayant cette attirance est décrite comme étant « pédophile ».
Dans la société moderne, ce type d'attirance est reconnu comme une perversion sexuelle et, dans le cas des adultes, les activités s'y rapportant sont condamnées par la loi, notamment en raison du fait qu'une personne n'ayant pas la majorité sexuelle ne peut apporter un consentement éclairé. Les passages à l'acte de pédophiles, dans le cas des relations sexuelles entre un adulte et un enfant — au-dessous de la majorité sexuelle — constituent, juridiquement, des abus sexuels sur mineur.
La « pédophilie » n'est pas une notion juridique, le terme n'est pas utilisé dans la loi, mais il est parfois improprement utilisé dans le langage courant pour désigner la pédocriminalité, la pédopornographie et les abus sexuels sur mineur dans leur ensemble, y compris pour des victimes mineures pubères. De nombreuses associations de défense des droits des enfants militent pour employer plutôt le terme de « pédocriminalité » pour qualifier les abus sexuels et la pédopornographie, ce qui reflète mieux la notion de violence et d'infraction.
La pédophilie n'apparaît dans le diagnostic psychiatrique que de 25 à 50 % des personnes abusant sexuellement d'enfants, les autres souffrant d'un autre type de trouble.
L'étymologie du mot « pédophilie », formé des radicaux grecs παῖς / paîs (« enfant ») et φιλία / philía (« amitié »), correspondrait à de l'amitié pour les enfants. Mais celle du mot « pédérastie » conviendrait mieux à l'acception actuelle puisqu'il est formé des radicaux παῖς / paîs (« enfant ») et ἔρως / érôs (« amour sexuel »).
Sous la graphie « pædophile », le mot est attesté en français dans un sens moderne en 1788 dans une traduction des œuvres de Lucien de Samosate, et le mot « pédophilie » est attesté en 1847. La notion de « pédophilie érotique » a été créée en 1896 par le psychiatre autrichien Richard von Krafft-Ebing, qui a employé l’expression latine pædophilia erotica. Auguste Forel, en la traduisant en français (« pédophilie érotique »), a préféré lui substituer le néologisme, jamais repris, de « pédérose ».
Par la suite, on a abrégé en « pédophilie ». Le mot, rarement employé depuis le début du XXe siècle, est réapparu dans les années 1960 et surtout 1970 dans le contexte de la révolution sexuelle (voir le § Années 1960-1980).
Au XXe siècle, le terme prend une valeur très négative : dès lors que le consentement d'un enfant pour un rapport sexuel avec un adulte ne peut être reconnu, tout acte pédophilique est un abus sexuel, et s'il comporte une pénétration, un viol.
Dans le langage courant, le terme « pédophilie » est souvent utilisé pour désigner les abus sexuels sur mineur dans leur ensemble , quels que soient l'âge des victimes mineures ou le diagnostic psychiatrique émis sur les personnes commettant ces faits. Le criminel Marc Dutroux a ainsi été considéré par les experts comme étant, au sens purement psychiatrique du terme, non pas un pédophile, mais un pervers sadique non focalisé sur la jeunesse de ses victimes. L'affaire Dutroux est néanmoins l'une des affaires criminelles les plus notoirement associées au mot pédophilie en Belgique
Le terme « pédophilie » peut également être utilisé pour désigner la pornographie mettant en scène des enfants et la consommation de celle-ci. L'expression « pédocriminalité » est parfois employée pour qualifier les délits relevant de la pédophilie, qu'il s'agisse d'abus sexuels ou de pédopornographie.
La comorbidité avec des maladies psychiatriques a été identifiée (des troubles de l'humeur et un plus grand nombre de psychopathologies). Une étude sur des pédophiles en traitement estime à deux tiers un passé de troubles de l'humeur et d'anxiété, 60 % avec un passé d'abus de substances et 60 % correspondant à des troubles de la personnalité.
Les abuseurs ont, sur le plan de la personnalité, une plus grande prépondérance d'avoir des traits hystériques et hypocondriaques ainsi que psychotiques (paranoïde, schizophrénique et psychasthénique). Une autre étude diagnostique 61 % de patients avec troubles de la personnalité, dont principalement le trouble de la personnalité évitant et le trouble de la personnalité borderline. La dépression, l'introversion sont également des traits prépondérants chez ces patients. Cependant, ces indications ne concluent pas qu'il existe un lien direct avec la pédophilie. Concernant les tendances suicidaires, 46 % affirment l'avoir sérieusement envisagé à cause de leur intérêt sexuel, 32 % l'envisagent et 13 % l'ont déjà tenté.
La pornographie enfantine est un indicateur plus fiable que l'abus sexuel sur mineur, bien que des non-pédophiles consomment aussi ce genre de pornographie. Parmi les pédophiles ayant commis des abus, 37 % admettent consommer de la pornographie enfantine uniquement, 21 % admettent avoir commis des attouchements uniquement, tandis que 42 % admettent avoir commis les deux.
La pédophilie est classée comme trouble de la préférence sexuelle (trouble mental) par la classification internationale des maladies (CIM) et comme paraphilie (qu'elle entraîne ou non un comportement répréhensible et/ou une détresse chez le sujet) par le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM).
Le DSM-5 retient trois critères diagnostiques de ce trouble :
Présence de fantaisies imaginatives sexuellement excitantes, d'impulsions sexuelles, ou de comportements, survenant de façon répétée et intense, pendant une période d'au moins 6 mois, impliquant une activité sexuelle avec un enfant ou des enfants prépubères ;
Les fantaisies, impulsions sexuelles, ou comportements sont à l'origine d'une souffrance cliniquement significative ou d'une altération du fonctionnement social, professionnel ou dans d'autres domaines importants ;