La pédagogie (du grec παιδαγωγία / paidagôgía, direction ou éducation des enfants) est l'art d'enseigner. Le terme rassemble les méthodes et pratiques d'enseignement requises pour transmettre un savoir (connaissances), un savoir-faire (compétences), un savoir-penser (capacités de réflexion, métacognition, auto-feed-back) et un savoir-être (attitudes).
Plus généralement, l'expression « faire preuve de pédagogie » signifie l'aptitude à enseigner et à transmettre à un individu ou un groupe d'individus — de tous âges et de toutes conditions — un savoir ou une expérience par l'usage des méthodes les plus adaptées à l'audience concernée. La pédagogie implique l'ensemble des comportements de l'enseignant, ou de l’éducateur, envers les élèves. Elle suppose également une adaptation constante aux contextes d’apprentissage et aux outils utilisés, notamment les technologies numériques, afin de favoriser l’engagement et la participation active des apprenants.
Le mot « pédagogie » dérive du grec παιδαγωγία / paidagôgía, de παιδός / paidόs, « enfant », et ἄγω / ágô, « conduire, mener, accompagner, élever ». Dans l'Antiquité, le pédagogue était un esclave qui accompagnait l'enfant à l'école, portait ses affaires, mais aussi lui faisait réciter ses leçons et faire ses devoirs. « Pédagogie » est un mot remontant à 1495 d'après le dictionnaire Le Robert. L'Académie française l'intègre à la quatrième édition de son dictionnaire, paru en 1762.
Ferdinand Buisson, qui fut inspecteur général de l'instruction publique, donne cette définition : « science de l'éducation, tant physique qu'intellectuelle et morale » (Dictionnaire de pédagogie, 1887, col. 2 238 a).
Selon Émile Durkheim, la pédagogie est une « réflexion appliquée aussi méthodiquement que possible aux choses de l'éducation » (L'évolution pédagogique en France, Paris, PUF, 1938, p. 10). « L'éducation est l'action exercée par les générations adultes sur celles qui ne sont pas encore mûres pour la vie sociale. Elle a pour objectif de susciter et de développer chez l'enfant un certain nombre d'états physiques, intellectuels et mentaux que réclament de lui et la société politique dans son ensemble et le milieu social auquel il est particulièrement destiné ». Pour É. Durkheim « la pédagogie est une théorie pratique », comme la médecine ou la politique. La pédagogie est à la fois une théorie et une pratique : une théorie ayant pour objet de réfléchir sur les systèmes et sur les procédés d'éducation, en vue d'en apprécier la valeur et, par là, d'éclairer et de diriger l'action des éducateurs.
Pour Françoise Clerc, la pédagogie est « l'ensemble des savoirs scientifiques et pratiques, des compétences relationnelles et sociales qui sont mobilisées pour concevoir et mettre en œuvre des stratégies d'enseignement ».
Franc Morandi considère que la pédagogie signifie « étude et mise en œuvre des conditions d'apprendre ».
Quelles différences entre pédagogie et didactique ? « Pédagogique réfère plus à l'enfant et didactique plus à l'enseignement, en raison de leurs étymologies respectives ». D'autre part, la pédagogie est généraliste, tandis que la didactique est spécifique, elle concerne telle ou telle discipline (« didactique des mathématiques », « didactique du français langue étrangère »…) : la didactique porte sur l'enseignement d'un contenu particulier. « La didactique fait l'hypothèse que la spécificité des contenus est déterminante dans l'appropriation des connaissances, tandis que la pédagogie porte son attention sur les relations entre l'enseignant et les élèves, et entre les élèves eux-mêmes ». Selon Marguerite Altet, « L'enseignement couvre donc deux champs de pratiques :
celui de la gestion de l'information, de la structuration du savoir par l'enseignant et de leur appropriation par l'apprenant, domaine de la Didactique ;
celui du traitement et de la transformation de l'Information en Savoir par la pratique relationnelle et l'action de l'enseignant en classe (en), par l'organisation de situations pédagogiques pour l'apprenant, c'est le domaine de la Pédagogie ».
Dans l'histoire de la pédagogie, il faudrait distinguer méthodes, systèmes, mouvements, démarches, dispositifs, modèles, approches, pratiques.
Le contrat pédagogique est une notion introduite pour signifier que l'enseignement ne peut produire ses fruits que s'il y a accord entre l'enseigné et l'enseignant sur les objectifs mêmes de la formation ; les comportements attendus des enseignants et enseignés ressortant, eux, du contrat didactique.
Les démarches pédagogiques sont des attitudes méthodologiques et progressives de pensée insistant soit sur les phases, les moments d'un travail, soit sur les formes, les aspects d'un objet de recherche, en matière d'enseignement. Par exemple, l'approche ou démarche expérimentale se déroule en au moins trois phases (observation, hypothèse, contrôle) et se concentre sur au moins deux points (la reproduction du phénomène, la modification des variables). On peut citer les démarches comparative, déductive, historique, scientifique, transversale, complexe, innovante, analytique, systémique, que l'on trouve autant chez les élèves que chez les professeurs ou les pédagogues.
Les dispositifs pédagogiques sont des structures administratives, des agencements au sein du système éducatif, en lieux, personnels, finances, règlements, matériels. Comme exemples en France, on peut citer les zones d'éducation prioritaire (ZEP, 1981), l'organisation de l'école primaire en trois cycles (loi Lionel Jospin, 1989), le socle commun de connaissances et de compétences (Gilles de Robien, 2006), les stages de remise à niveau (Xavier Darcos, 2008), la prévention du piratage informatique (Christine Albanel, 2009), le dispositif d'évaluation des acquis des élèves en CE1 et CM2 (2009).
Les doctrines pédagogiques sont de grands ensembles théoriques, complexes, mêlant théories et procédures. Ce sont des philosophies, des visions du monde, des idéologies. Elles supposent, clairement identifiées, une psychologie de l'enfant, une philosophie de l'éducation, une sociologie de l'institution scolaire ou universitaire. Les principes comptent. Dès La République de Platon, on trouve des doctrines. On peut considérer comme doctrines pédagogiques la pédagogie traditionnelle, la pédagogie négative (Jean-Jacques Rousseau) ou non directive (Carl R. Rogers, 1969), la pédagogie soviétique (Anton Makarenko, 1917), l'Éducation nouvelle (dont Freinet), la pédagogie Steiner-Waldorf.
Les méthodes pédagogiques consistent en des règles et des procédés pour mettre en œuvre un enseignement du maître ou un apprentissage de l'élève, de façon théorique ou pratique. On s'en sert pour gérer, expliquer, découvrir, évaluer. Les réalisations comptent plus que les principes. En ce sens, la maïeutique de Socrate (dite méthode interrogative), la pédagogie de projet (project-based learning), la pédagogie de contrat, la pédagogie différenciée, l'enseignement programmé (Burrhus F. Skinner, 1958), la pédagogie par objectifs, la pédagogie par situation-problème (problem-based learning), l'enseignement assisté par ordinateur sont des méthodes pédagogiques.
Les modèles pédagogiques sont des types, des références, des idéaux, des principes utilisés dans l'acte pédagogique, plutôt que des professeurs idéalisés ou des recettes d'enseignement toutes faites, prêtes à être utilisées. Marcel Lesne (1977) cite : transmission, incitation, appropriation. Jean-Pierre Astolfi (1992) : empreinte, conditionnement, construction. Franc Morandi (1997) : tradition, pédagogies actives, maîtrise, différenciation, autonomisation. Selon Labédie et Amossé : transmission (pédagogie traditionnelle), stimulus-réponse (pédagogie béhavioriste), construction (pédagogie active), socio-construction, métacognition.
Les mouvements pédagogiques sont des « organisations militantes, inspirées par une idéologie éducative novatrice, regroupant des enseignants mus par le même idéal ». Exemples : le Groupe français d'éducation nouvelle (1921, Paul Langevin et Henri Wallon), l'Institut coopératif pour l'école moderne (1948, inspiré de Freinet).