Ottavio Bottecchia, né le 1er août 1894 à San Martino di Colle Umberto, une frazione de la commune de Colle Umberto, dans la province de Trévise et mort le 15 juin 1927 à Gemona del Friuli, est un cycliste italien.
Double vainqueur du Tour de France en 1924 et 1925, il est le premier coureur italien à remporter l'épreuve dont il compte également neuf victoires d'étapes.
Engagé dans une compagnie cycliste de bersagliers pendant la Première Guerre mondiale, il est fait prisonnier à trois reprises mais parvient à s'échapper à chaque fois. Surnommé « le charretier », « le bûcheron du Frioul » ou encore le « maçon du Frioul », il découvre tardivement la compétition cycliste mais se fait vite remarquer par les meilleurs coureurs de l'époque : Luigi Ganna, le premier vainqueur du Tour d'Italie, le fait passer professionnel en 1922 et le Français Henri Pélissier l'engage sur le Tour de France l'année suivante. Ottavio Bottecchia s'y classe deuxième.
Excellent grimpeur, il est également doté d'une bonne pointe de vitesse qui lui permet de remporter plusieurs victoires au sprint. Respecté par ses adversaires, il est reconnaissable à son nez particulièrement pointu et suscite l'admiration des journalistes de l'époque, à l'image d'Albert Londres.
Il meurt en 1927 dans des circonstances étranges. Retrouvé inanimé sur le bord d'une route de campagne du Frioul lors d'une sortie d'entraînement, il meurt quelques jours plus tard à l'hôpital. Les causes de sa mort ont soulevé de nombreuses hypothèses, du simple malaise au meurtre en passant par le crime politique, mais demeurent inexpliquées.
Ottavio Bottecchia naît le 1er août 1894, à San Martino di Colle Umberto, tout près de Trévise, en Vénétie. Ses parents l'ont appelé Ottavio parce qu'il est le huitième (otto en italien) enfant (cinq garçons et trois filles) de la famille. Issu d'un milieu modeste, il quitte très tôt l'école pour apprendre le métier de maçon. Au début de la guerre mondiale, il est affecté comme estafette à bicyclette dans une section cycliste des bersagliers, tout comme son frère Giovanni. Il est engagé dès le début du conflit sur le front italien, à la frontière autrichienne, dans le nord du pays. Fait prisonnier à trois reprises, il parvient à s'échapper à vélo. En 1917, il reçoit la médaille de bronze de la valeur militaire, puis contracte le paludisme lors d'une offensive autrichienne en juin 1918. De retour chez lui à la fin de la guerre, il reprend son travail de maçon, malgré l'insistance de son ami Alfonso Piccin, originaire du même village que Bottecchia et qui cherche à le convaincre de se lancer dans la carrière cycliste. Bottecchia commence néanmoins à disputer un certain nombre de courses amateurs le dimanche.
Ainsi en 1920, après plusieurs places d'honneur dans des épreuves régionales, il remporte le Giro del Piave, une course de 110 kilomètres, puis est disqualifié sur le Championnat de Vénétie dilettanti alors qu'il a franchi la ligne d'arrivée en tête. Il s'impose sur la Coppa della Vittoria, disputée à Meolo, puis se fracture la clavicule lors d'une épreuve sur piste à Pordenone. De retour à la compétition tout juste un mois plus tard, il se classe troisième d'une course remportée par son ami Alfonso Piccin à Prata di Pordenone. Engagé sur le Giro del Friuli, il s'échappe seul en tête durant près de 200 kilomètres, mais négligeant son ravitaillement, il marque le pas et se fait rejoindre à quelques kilomètres de l'arrivée. En novembre, Bottecchia se marie et sa femme tombe enceinte. Ces engagements familiaux remettent en cause sa participation régulière aux épreuves cyclistes, mais n'empêchent pas Bottecchia de signer quelques bons résultats au cours de l'année 1921. Le 17 avril, il prend la 2e place de la Gran Corsa Pirelli à Vicence. Il remporte la victoire sur la Coppa Gallo puis le Giro del Friuli avec une avance de 17 minutes sur ses poursuivants.
Débuts chez les professionnels et deuxième place sur le Tour de France (1922-1923)
En 1922, Ottavio Bottecchia qui est alors âgé de 28 ans est repéré par Luigi Ganna, premier vainqueur du Tour d'Italie, après sa deuxième place sur le Giro d'Irpinia e Sannio et sa huitième place sur le Tour de Lombardie, remporté par le campionissimo Costante Girardengo. Luigi Ganna le fait alors passer professionnel au sein de son équipe, contre un salaire très modeste. C'est également à cette période que son ami Alfonso Piccin lui apprend à lire sur des pages de la Gazzetta dello Sport et des publications clandestines antifascistes.
En 1923, Bottecchia se distingue dès sa première course en prenant la 9e place de la classique Milan-San Remo. Puis il finit 5e du Tour d'Italie qu'il court dans la catégorie des isolés. Le Français Henri Pélissier reconnait son talent et l'embauche à ses côtés dans l'équipe Automoto-Hutchinson. Bottecchia dispute ensuite son premier Tour de France. Il se classe 2e de la première étape au Havre derrière Robert Jacquinot, puis s'impose lors de la suivante à Cherbourg en devançant le Belge Louis Mottiat au sprint. Il prend alors la tête du classement général et devient le premier Italien à endosser le maillot jaune sur le Tour. Troisième à Brest lors de la troisième étape remportée par Henri Pélissier, Bottecchia est dépossédé du maillot jaune lors de la suivante au profit du Français Romain Bellenger. Il endosse à nouveau cette tunique au terme de la sixième étape disputée entre Bayonne et Luchon, au cours de laquelle il démontre ses qualités de grimpeur dans la montée du col d'Aubisque. Finalement 4e de l'étape, il reprend suffisamment de temps à Bellenger pour s'emparer de la tête du classement général, qu'il conserve pendant quatre étapes, jusqu'à Nice. Henri Pélissier, vainqueur à Briançon, remporte finalement le Tour de France devant Bottecchia et déclare que ce dernier sera son successeur l'année suivante. Avec une victoire d'étape et une deuxième place au classement général pour sa première participation au Tour de France, Ottavio Bottecchia soulève l'enthousiasme en Italie. La Gazzetta dello Sport lance une souscription nationale en sa faveur, à raison d'une lire par souscripteur, parmi lesquels le président du conseil Benito Mussolini.
Révélation du Tour de France, il est invité à participer au début du mois d'août au Critérium des routiers, organisé par le Vélo-Club de Plainpalais et qui rassemble vingt-cinq des meilleurs coureurs professionnels. La victoire revient au Suisse Henri Suter tandis que Bottecchia est septième. Le 27 octobre, pour la dernière course de la saison, il prend la quatrième place du Tour de Lombardie.
Double victoire sur le Tour de France (1924-1925)
Ottavio Bottecchia commence la saison 1924 en prenant la 5e place de Milan-San Remo puis la 8e de Paris-Tours. Il affiche ses ambitions dès la première étape du Tour de France en s'imposant au sprint au Havre. Il prend alors la tête du classement général. Discret lors des étapes suivantes, Bottecchia se présente à l'entrée des Pyrénées avec trois minutes d'avance sur son plus proche poursuivant, le Belge Léon Scieur. La sixième étape entre Bayonne et Luchon lui permet d'asseoir sa domination sur l'ensemble des concurrents. Léon Scieur abandonne et Bottecchia gagne avec près de dix-neuf minutes d'avance sur Lucien Buysse, plus de trente-trois minutes sur Louis Mottiat et plus de trente-cinq sur Nicolas Frantz. Vainqueur également de l'étape suivante qui s'achève à Perpignan, Bottecchia assomme la concurrence. Il fait preuve par la suite d'une grande régularité en se classant cinq fois consécutivement dans les cinq premiers d'une étape, maintenant son écart avec son premier poursuivant, le Luxembourgeois Nicolas Frantz. Pour couronner son parcours sans faute, il remporte la dernière étape du Tour de France en battant au sprint Arsène Alancourt, pourtant entré le premier sur la piste du vélodrome du Parc des Princes. Au classement général, Ottavio Bottecchia s'impose avec plus de 35 minutes d'avance sur Nicolas Frantz. Il est le premier Italien vainqueur du Tour de France, mais également le premier coureur à porter le maillot jaune de bout en bout. Après sa victoire, la société Automoto qui l'engage organise un banquet en son honneur, réunissant des membres de la société, des membres de l'organisation du Tour de France et des représentants de la presse.